samedi 27 avril 2013

L’ONU trahit les Sahraouis


On s’y attendait, finalement la mission de l’ONU chargée d’organiser au Sahara Occidental le référendum d’autodétermination n’a toujours pas la mission de surveiller les droits de humains sur place, soit de veiller à la sécurité du peuple sahraoui, dernier peuple colonisé en Afrique.

Finalement le groupe des amis du Sahara Occidental, dont la France, tout en sachant pertinemment que les Sahraouis sont quotidiennement la proie de violences policières marocaines arbitraires, qu’il reste plus de 500 disparus sahraouis, que le Maroc pille le pays qu’il occupe par la force… a reconduit la Minurso dans son affligeante incapacité à faire quoi que ce soit. Sauf peut être à valider l’immobilité de la situation, et son bénéfice juteux pour le régime colonisateur marocain.

L’aspect cynique de la présente décision de l’ONU c’est la trahison.

L’ONU ne fait concrètement rien d’autre qu’assister au pourrissement de la situation, en donnant aux réfugiés le minimum légal pour ne pas être complice de leur mort d’inanition, et aux Sahraouis des territoires occupés quelques miettes d’espoir ou de rage leur permettant d’échapper à la schizophrénie.

Chacune des précédentes années de bagarre improductive pour que les Sahraouis soient protégés par la Minurso n’avait été qu’un épisode comme un autre de la froide désillusion.

Cette année 2013, l’annonce par les USA - quelques semaines avant l’étude du renouvellement de la Minurso - de leur volonté que les Droits de l’Homme soient activement surveillés au Sahara Occidental a transformé l’événement en un moment cruel.

Il est presque clairement possible de lire maintenant que cette adjonction de la surveillance des droits de l’homme à la Minurso aurait grandement été préjudiciable à un régime dictatorial marocain déjà bien fragile.

S’est donc opéré le choix du sacrifice de la sécurité des Sahraouis pour la préservation d’une dictature vacillante et corrompue.

Le droit international n’étant qu’une expression savante de la logique basique d’un vivre ensemble respectueusement sur notre planète, comment, nous le peuple, supportons-nous encore la trahison de nos dirigeants pour des petits calculs égoïstes et à courts termes ?

Étant donné l’attitude intrinsèquement destructrice de l’homme, le sachant, comment les dirigeants ne sont-ils pas d’autant plus férocement rigoureux sur l’application qui relève de leur responsabilité des principes communs.

Pour ceux qui connaissent la situation, nous en garderons une grande honte d’être complice du message paradoxal crié entre les lignes aux jeunes Sahraouis, « ne comptez que sur vous si vous voulez l’indépendance de votre terre et peuple, et tous les moyens sont bons… ».

En territoires occupés, les armes civiles face à la police marocaine suréquipée et aux méthodes de voyou sont encore le V de la victoire, les cris et les drapeaux… jusque quand ?

L'inconscience internationale pousse à la violence, l'inconnu reste le moment de l'explosion.

APSO, le 27 avril 2013

vendredi 19 avril 2013

Des prisonniers politiques sont aussi Sahraouis

La journée internationale du prisonnier politique a été l'occasion pour la ville de Grigny d'accueillir ce 17 avril 2013, l'organisation d'une réunion de témoignages et information sur le sujet. Pour cette fois, ce sont les situations de prisonniers politiques palestiniens, kurdes, américains, cubains et sahraouis, qui ont été exposés et pour ces derniers par l'intermédiaire de l'association APSO, Amis du Peuple du Sahara Occidental.

Si les horreurs infligés aux hommes par leurs frères, seulement parce qu'ils n'ont pas les mêmes opinions, convictions ou sentiments d'identité sont hélas similaires dans le monde entier, la particularité des Sahraouis c'est qu'en France, très peu de personnes connaissent jusqu'à leur existence.
Les Sahraouis constituent un peuple dont le pays, le Sahara Occidental, situé entre le Maroc à son nord et la Mauritanie à son Sud et Est, est partiellement occupé par son voisin le Maroc.
Si certains Sahraouis ont fui lors de l'invasion militaire de leur pays en 1975 et vivent depuis cette date dans des campements de réfugiés dans le désert du sud-ouest algérien, les autres sont restés dans la partie encore occupée aujourd'hui.
Le Sahara Occidental, ancienne colonie espagnole, est la dernière colonie d'Afrique, une histoire qui tarde à se résoudre et qui, quand on en découvre l'existence, heurte par l'ampleur de la dignité de ce peuple dans sa souffrance quotidienne - des deux côtés du mur et de son tapis de mines antipersonnel qui balafre leur pays -, mais aussi par l'étendu de notre ignorance.
C'est dans la partie à l'ouest du mur, la partie occupée par le Maroc que les Sahraouis qui revendiquent pacifiquement leur identité, ou simplement l'affirme, démontrent la légitimité de leur cause selon le droit international, sont oppressés, réprimés, torturés, emprisonnés abusivement, disparaissent ou sont assassinés.
Les prisonniers politiques sahraouis sont d'un nombre variable, qui ne diminue jamais. D'une à plusieurs centaines, ce nombre enfle énormément et se dégonfle ensuite au bout de quelques années au rythme des événements qui marquent la résistance pacifique des Sahraouis.
On pourrait presque dire que les peines de première intimidation, premier avertissement de la part du régime marocain sont de 8 mois, puis selon l'âge viennent 2, 4, 10 années... Et quand le Sahraoui - militant pour le respect des droits de son peuple, journaliste, ou bavard - persiste et qu'il acquiert de la notoriété internationale, alors, comme cela s'est passé récemment pour le groupe dit de "Gdaim Izik", le tribunal militaire marocain condamne des civils à des peines allant jusqu'à la réclusion à perpétuité. Les chefs d'accusation, faits, preuves, circonstances, présences ou nom du prévenus sur le lieu des faits instrumentalisés pour l'occasion n'ont aucun importante.
Pour les besoins de l'illustration ou de la précision, nous ciblons certain ici, mais tous les prisonniers politiques sahraouis sont de trop, chacun, hommes, femmes, mineurs, tout jeune ou anciens, avec leurs histoires particulières de courage et de douleur.
Les dernières vagues d'inhumanité policière massive, arrestations et emprisonnements de jeunes hommes raflés arbitrairement dans leur maison, l'ont été suite à la grande manifestation d'octobre 2010. Le premier soulèvement de ce que l'on a appelé le printemps arabe. 20 000 sahraouis sont sortis de la ville occupée de El Aaiun pour planter la tente et y vivre, en signe de protestation contre leur marginalisation constante par le Maroc. Ce campement de Gdaim Izik a été attaqué au bout d'un mois par toutes les instances sécuritaires marocaines. Leur but était de tout détruire, ce qu'ils ont fait. Ils ont attaqué avant l'aube du 8 novembre 2010 des tentes où dormaient les femmes, enfants, vieillards...
De la pagaille qui a suivi et les scènes de guerre civile qui ont éclaté dans la ville d'El Aaiun, les rafles sur les jeunes sahraouis, violences, tortures, il reste 21 Sahraouis en prison militaire, punis de peines allant de 20 ans à la perpétuité. Trois autres, emprisonnés avec le groupe pendant plus de 2 ans sans jugement ont été mis dehors. Ils étaient dans un états de délabrement physique et psychologique trop important... Et un autre condamné, actuellement en exil en Espagne, qui n'a jamais été enfermé avec ce groupe par les marocains, est pourtant condamné à perpétuité.
On pourrait détailler les horreurs des tortures et viols...
Mais en l'occurrence on peut aussi, sans complaisance, regarder les choses sous un autre angle. Cette bataille énergivore pour dénoncer les violences faites aux hommes prend du temps aux Sahraouis et à leur amis, et finalement constitue un écran, un voile maculé de sang devant nos yeux comme fascinés par tant de cruauté.
Et derrière le voile, il y a ce que permet le temps :
- la poursuite de l'exploitation des ressources naturelles du Sahara Occidental occupé par les entreprises appartenant au roi du Maroc ou à ses amis, ou généraux, à des français aussi, dont les entreprises Idyl et Azura inondent la France de tomates dites provenir du Maroc, alors qu’elles poussent au sud du Sahara Occidental
- entre démagogie et duperie, l’injection massive de financements européens au Maroc, pour des accords – pêche ou agricole - qui couvrent aussi le Sahara Occidental en toute illégalité, ou pour une prétendue chasse à l’immigration subsaharienne… Pour du libre échange économique, et bientôt de services qui vont encore enrichir les gros requins et paupériser le sort du peuple marocain, et par ricochet, sahraoui en territoires occupés.
L’autre angle c’est la responsabilité de la France dans le blocage de la situation. Parce que la France oublie ses valeurs et se compromet à soutenir le Maroc dans ses exactions, pousse à la signature des accords UE-Maroc, bloque la possibilité que la mission de l’ONU chargée de la résolution du conflit puisse surveiller le respect des droits de l’homme, et déclencher une réelle protection des civils sahraouis.
La France s’autorise encore en ce mois d’avril par la bouche de son Ministre des affaires étrangères des phrases aussi alambiquées qu’improbables, l’expression des impossibles : « le Maroc, qui a proposé // un plan d'autonomie, que la France considère comme base sérieuse et crédible pour une solution négociée », et « le Président de la République a rappelé que c'était l'organisation des Nations unies qui menait la médiation ». Et puis à la limite de la falaise « Seul le dialogue peut permettre de parvenir à une solution politique réaliste, juste, durable et mutuellement agréée ». Se prendre les pieds dans le tapis, s’ étaler… c’est ridicule quand ce n’est pas grave, et le ridicule le tue pas … Cela s’est avéré tristement vrai quand la France avait proposé à Ben Ali de lui envoyer des renforts militaires, à deux doigts de sa chute fracassante de dictateur patenté.

APSO, le 18 avril 2013


lundi 18 mars 2013

Apso avec M. Christopher Ross

Alors que Christopher Ross, envoyé spécial du Secrétaire Général de l'ONU pour le Sahara Occidental annonce une nouvelle tournée en Afrique du nord du 20 mars au 3 avril, retour sur une rencontre qui a marqué notre association. C'était le 13 novembre 2012. 

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Mardi 13 novembre M. Christopher Ross, l’Envoyé Personnel du Secrétaire Général des Nations Unies pour le Sahara Occidental, a rencontré à Paris trois membres de l’association française Amis du Peuple du Sahara Occidental.

Au delà d’une occasion d’apprécier la démarche du représentant, la réunion a eu pour objectifs un échange de points de vue sur le rapport de la France à la problématique Sahraouie et une mise en question du rôle de la société civile française.

Les membres de l’association ont pu informer M. Ross des activités en cours et ajouter quelques informations particulières à la France, qui ont pour certaines trouvé un temps audience dans la presse Française populaire.  Il a ainsi été évoqué l’action de l’organisation française NF Board pour qui la politique n’a pas à empêcher les peuples de jouer au Football et qui est l’organisateur de la VIVA World Cup . La dernière édition en juin dernier au Kurdistan avait été l’occasion de la première participation de l’équipe nationale Sahraouie à une compétition internationale, repris par So Foot et Canal+.

Il a d’autre part été porté à la connaissance du représentant de l’ONU les pratiques de citoyens d’origine marocaine en France ou des représentants consulaires du Maroc en France à l’égard des Français solidaires de la recherche d’une solution au conflit sahraoui, - intimidation et sabotage de réunions publiques-, et à l’égard des Sahraouis - agressions physiques, intimidation, tentative de corruption, interdiction d’entrée au Sahara Occidental.

APSO a aussi informé et questionné le fait que les Sahraouis venant du Sahara Occidental, et cherchant refuge en France contre les persécutions du régime marocain obtenaient le statut de réfugié politique « marocain », alors même que les documents administratifs qu’ils présentent comportent des attestations du UNHCR de leur identité sahraouie et de leur particularité de venir d’un territoire non autonome.

A propos de la cristallisation actuelle des positions des représentants marocains et sahraouis, Kassarat Mohamed Fadel, membre d’APSO, a souligné que le plan James Baker proposait un referendum à trois choix, comportant l’option d’autonomie, et qu'il avait été rejeté par le même gouvernement marocain qui refuse de parler actuellement d’autre sorte de solution que l’autonomie.

Durant l’échange, APSO a soulevé la question des ressources naturelles du Sahara Occidental, et la responsabilité des entreprises françaises présentes sur le terrain dans la culture de fruits et légumes au Sahara, exportés en Europe et vendus sous l’étiquette contestable de provenance du « Maroc ».

La réunion a enfin été l'occasion d'aborder le sujet des élections américaines et de la position des Etats-Unis sur le sujet du Sahara Occidental.

APSO, le 14 novembre 2012 / 18 mars 2013



mardi 26 février 2013

Sahara marathon 2013, cru exceptionnel

C’est un Sahara Marathon exceptionnel qui s’est couru cette année dans les campements de réfugiés sahraouis ce 26 février 2013. 

Du fait de la guerre au Mali et des violences d’In Amenas,les co-organisateurs Italien et espagnol ont décidé d’annuler leur participation à cette date. La compétition a donc opposé sur les distances habituelles de marathon, semi marathon, 10 et 5 km, les Sahraouis et leurs voisins, en l’occurrence des sportifs algériens venu faire honneur à la course. 

A exceptionnel, exceptionnel et demi cependant la présence de Patrick, un français, sur le 10 km. 

Malgré les 30 degrés brulants, c’est le champion Sahraoui Salah Eddine Amaidan qui est arrivé premier des 10 km, en 33 minutes 58 secondes, acclamé par les youyous et les cris de joie et de fierté. 

Salah Eddine a couru "en hommage à son frère Abachikh, aux prisonniers politiques sahraouis et à tous les combattants pour la résistance et l'indépendance du Sahara Occidental". 
Patrick est arrivé 19 minutes après, bien content finalement d’avoir transformé son inscription initiale au semi marathon en une participation au 10km. 

Les commentaires de Patrick à sont arrivée à Smara, après avoir bu et mangé: 
"J’ai trouvé la course très difficile. Il y a des grandes lignes droites, et je n’ai pas l’habitude du désert. Le terrain c’est parfois des cailloux ou du sable, et je ne retrouvais pas les appuis dont j’ai l’habitude sur route. La chaleur vraiment forte aujourd’hui m’a surpris. 
J’ai beaucoup aimé l’accompagnement des femmes qui faisaient les youyous pour m’encourager, et les enfants qui ont couru sur des petites distances à mes côtés. Je fais les 10km couramment en France, mais ceux la je les ai trouvés longs. Je me projetais sur un semi, et je l’ai échappé belle. Comme ça j’ai vraiment aimé cette course." 

La fête de la république Sahraouie, demain, sera aussi l’occasion d’une démonstration des footballeurs sahraouis dans la finale du tournoi du 27 février, au campement de Smara. 

APSO, 26 février 2013.  

Les chiffres : Inscrits sur toutes les distances : 442 soit 342 Sahraouis, 97 Algériens, 3 Européens Participants : 286 dont 1 français, 1 finlandais Arrivés : 212 dont 1 français

    

dimanche 24 février 2013

Perpétuité pour des opinions politiques, et que fait la France ?



Le ridicule « procès » des 24 sahraouis de Gdaym Izik s’est enfin tenu, puis enfin terminé le 17 février 2013 après 9 jours de mascarade.
Sans surprise, ces civils militants pour l’indépendance de leur pays le Sahara Occidental ont été condamnés par le tribunal militaire marocain - la puissance colonisatrice - à des peines allant de 20 ans de prison à la perpétuité.
25 condamnations pour 24 accusés et leurs 24 chefs d’accusation. Le 25ème condamné avait été arrêté, gardé 3 jours et relâché. Il est maintenant condamné à perpétuité, alors qu’il  n’a pas été accusé, et à fortiori ni entendu ni défendu. Il est probable qu’il reste en Espagne jusqu’à la fin de ce « malentendu ».

Pour être plus exact sur le verdict, deux inculpés ont été libérés, puisque les condamnations ont été de la période effectuée, et un condamné à 20 ans de prison avec sursis. En priant les ex-prisonniers d’excuser la formulation, les « petits poissons » et les « trop mal en point » - sont à l’origine de nouvelles façons marocaines de faire des verdicts. Peine de « ce qui a été fait » !

24 moins 3, il reste donc de ce groupe de Sahraouis prisonniers, 21 personnes qui payent en fait les frais de la tentative marocaine de décapitation de la résistance sahraouie. Parce qu’en définitive, qu’importe qu’ils aient pu faire - ou non - ce dont on les a accusé, la question n’est pas là.

Et à part ça ?
Le lendemain de ce verdict, suite à la visite au quai d’Orsay français du représentant spécial de l’ONU dont l’objectif est de trouver une solution avec les pays amis du Sahara Occidental, la France s’affirme comme le meilleur ennemi.
Dans le communiqué du quai d’Orsay, la France de François Hollande écrit noir sur blanc son soutien à la proposition du Maroc d’une autonomie du Sahara Occidental, considérant les sahraouis comme les Azawad au Mali.

On peut se demander qui est l’auteur de la question qui dénote d’une grande méconnaissance de la question sahraouie et de la zone, la réponse elle, est précise, c’est celle de la période Sarkozy.
Et c’est souffrir encore d’un mépris affligeant du droit international.

Parce que le droit international est clair sur la question du Sahara Occidental.
Sont incontestables : la qualification de territoire occupé, l’interdiction de vendre des armes au Maroc, le crime de guerre que constitue le déplacement des colons marocains au Sahara Occidental, la violation du droit international pour chaque recherche, chaque prélèvement d’une ressource naturelle du territoire, poisson, phosphate, sel , pétrole …
Le droit international est clair mais rien ni personne de contraint efficacement le Maroc à le respecter.

Alors ? Que reste t il ?
Finalement pour le Sahara Occidental, rien ne bouge, rien ne change au niveau international. Les petites avancées servent d’écran pour mieux reculer, pour amuser la galerie.
Il reste les millions de dollars ou d’euros que le Roi du Maroc tire des ressources naturelles du Sahara Occidental, il reste la violence arbitraire et la peur pour les sahraouis en territoires occupés, les maladies, la malnutrition pour les Sahraouis réfugiés, l’exil et l’errance… et de nouvelles tortures pour les 21 du groupe de Gdaym Izik.

Il ne reste qu’à être pessimiste.  L’humanité n’a pas atteint son âge de raison et reste enfermé dans une vision intéressée et à court terme.
L’inéluctable explosion du peuple marocain harassé par la dictature, lassé de la mort de ses jeunes, ceux qui veulent construire un autre avenir, entrainera un changement de la situation des Sahraouis.

L’intérêt de la France à rester au Sahel pour surveiller ses intérêts et poursuivre son pillage néocolonial ne pourra se faire sans la bienveillance de l’Algérie. Alors il faudra infléchir les discours sur le Sahara Occidental, il faudra au minimum adopter une réelle neutralité pour approcher le même respect du droit  international que les algériens sur la question sahraouie. Il faudra cesser de soutenir et couvrir les exactions marocaines, de collaborer à main mise de toute l’économie du Maroc par son dirigeant.

Après tant de douleurs infligées à ce continent, on se serait bien pris à rêver d’un meilleur sort pour la dernière colonie d’Afrique… Mais peut-on encore espérer que, comme dans les beaux discours, les valeurs des droits de l’homme et du droit international dépassent un jour les intérêts économiques de nos élites ? Ces intérêts jamais avoués, qui s’éloignent toujours plus des préoccupations du peuple, qu’il soit français, sahraoui, algérien ou même marocain ?

APSO, 24 février 2013


mardi 19 février 2013

Lettre ouverte aux Evêques d'Algérie



Lettre ouverte aux Évêques d'Algérie

J'entends dire, à qui veut bien l'entendre, que le temps de carême est un temps de partage.
 Alors permettez-moi de partager avec vous la proximité d’une souffrance, à défaut de partager l'immense misère du monde.
 Permettez-moi de partager pendant quelques minutes de votre temps des  années passées dans les camps de réfugiés Sahraouis, dans cette partie du désert évitée des nomades, où cependant trois générations se partagent presque 40 ans d'exil.
Permettez que nous partagions  au moins pour information et par empathie ces conditions climatiques inimaginables si on ne les vit pas, ces maladies chroniques que les mesures alimentaires déséquilibrées d'urgence finissent par installer, cet espoir d'une solution pacifique et juridique qui s'amenuise d'années en années au point qu'il ne pourrait bientôt plus se partager ;
Et cette souffrance, sous leur fierté cachée, tant et si bien qu'elle a sans doute tant de mal pour cela, à être partagée.
Permettez que nous partagions l'injustice d’une centaine de  résolutions juridiques internationales admises mais non appliquées pour la libre détermination de leur avenir, mais également l'injustice de procès d'exceptions bafouant les mêmes résolutions et règles internationales et condamnant des militants des Droits de l'Homme de 20 ans de réclusion à perpétuité par des aveux signés de leurs empreintes, yeux bandés lorsqu'ils refusent de le faire par écrit sous la torture.
Et nous, à quel tribunal appartenons-nous pour condamner les enfants qui continuent de naître dans les camps ?
Pouvons-nous admettre et partager cette détermination de l'avenir d'un peuple?
Notre part offerte du partage n’est elle donc que cet assourdissant silence et cette lâcheté des « grands de ce monde », une part séparatrice comme ce mur et ce champ de mines qui divisent un même peuple ?
Nous avons divisé, colonisé, « dévelopillée » l’Afrique selon nos notions de partage et de profits confusément mêlées. Le Sahara Occidental, dernière colonie d’Afrique en est l’exemple. Aujourd’hui l’humanitaire tente de  réparer les conséquences de ces fautes quand il n’est pas instrumentalisé par ceux qui les commettent.
Faudra t’il continuer d’échanger indifférence contre souffrance ou de partager solidarité et espoir ?
Permettez que nous partagions quelques instants d’un carême, non de 4O jours, mais de bientôt 40 années au désert.
 Mon amie Nuena, femme sahraouie, un jour m’a  dit : « Quand tu lis, tu oublies. Quand tu entends, tu oublies. Mais si tu vois, tu n 'oublies jamais ». C'est pourquoi vous êtes les bienvenus au milieu du peuple Sahraoui, invités à découvrir et voir la vérité, invités à la déclarer ensemble. Ces quelques signes de partage sont à votre portée, à la portée de tous ; quelques jours passés dans les familles de réfugiés, témoigner de cette petite vérité vécue, rester éveillés à leurs côtés…
…Pour avoir entendu et compris que le temps de carême est un temps de partage.

Jean-François Debargue
Secrétaire Général de Caritas Algérie
Alger, le 18 février 2013 

Publié par APSO avec l'autorisation de l'auteur

samedi 2 février 2013

Est-ce que le droit international s’applique au peuple sahraoui ?

A parier sur l’avenir, on souhaite volontiers une bonne année 2013 aux Sahraouis et à leur lutte légitime. Néanmoins l'accumulation d'indices négatifs pourrait bien assommer momentanément même les plus optimistes de leurs amis. Est-ce que tous les fronts se télescopent sans vraiment d’espoir sur la scène du conflit du Sahara Occidental, malmenant encore plus les uns et les autres ?

Le procès des 24 Sahraouis prisonniers politiques après les évènements de Gdaym Izik en 2010, enfermés en prison militaire et relevant du tribunal militaire marocain en tout illogisme vu leur état de civil, devait avoir lieu le 1er février. Il est à nouveau et pour la 3ème fois reporté. Au 8 février. La cour refuse à la défense la comparution de certains témoins. Toute cette mascarade sans fondement est une tentative d’intimidation de la résistance sahraouie. Le tribunal militaire n’est pas compétent à juger des civils, les plus de 2 années en détention provisoire sans inculpation sont illégales au regard du droit international comme du droit pénal marocain. Quant à la lecture des chefs d’accusation, même dans une mauvaise traduction, ils laissent pantois ! Quand on connaît les méthodes de tortures et la capacité de fabrications de charge et de faux aveux du régime marocain, tout est là !

L’accord de pêche entre l’UE et le Maroc semble être hors sujet dans son intitulé, et pourtant. Les deux cherchent de nouveau à s’accorder pour permettre aux navires européens de pêcher dans les eaux sahraouies. Les euro-parlementaires, fin 2011, avaient pourtant rejeté l’accord et mis fin à quelques années d’une pratique européenne peu glorieuse, illégale et très onéreuse de surcroit, dans la mer sahraouie. Il faut à nouveau aux Sahraouis et à leurs amis rappeler les arguments du droit et de l’éthique aux responsables européens. De l’avis des Sahraouis la surpêche qui a vidé les eaux marocaines et mis en péril de nombreuses espèces protégées, est un fléau qui est promis à leurs eaux à très courte durée. Les navires présents dans la Zone Economique Exclusive sahraouie ne sont ni surveillés ni punis.

L’accord agricole entre l’UE et le Maroc est entré en vigueur en octobre dernier. De la même façon, les frontières du Maroc, celles reconnues par l’ONU, ne sont pas spécifiées, laissant au Maroc la possibilité d’importer en toute illégalité des produits venant du Sahara Occidental. L’accord agricole va dans les faits favoriser des grosses entreprises marocaines, notamment celle du roi, et des entreprises françaises, au détriment des Sahraouis, des petits producteurs français et espagnols. 

Des euro-parlementaires dont José Bové, des organisations paysannes espagnoles et françaises, dénoncent cet accord et l’attitude déloyale des entreprises françaises Idyl, et Azura. La confédération paysanne saisie le tribunal de commerce de Tarascon contre Idyl pour ses activités illégales. La confédération espagnole, très engagées dans les progrès vers une agriculture sans produits chimiques dénonce le paradoxe de l’utilisation marocaine de tels produits actifs interdit en Europe mais tolérés à l’importation marocaine selon des seuils affichés. 

Alors que des chaines de distribution suédoises s’accordent avec les principes du droit international et refusent de commercialiser des produits venant du Sahara Occidental, pour ne pas financer la colonisation, la France des droits de l’Homme est envahie à tous les niveaux de la commercialisation via la plateforme de Perpignan et celle de Châteaurenard. 

La compagnie pétrolière française TOTAL, revenue dans les eaux du Sahara Occidental en catimini il y a plus d’un an, y fait de la prospection sur une surface de 100 000 km2, et cela en accord avec le Maroc et malgré la complète opposition des Sahraouis. La conclusion de l’avis juridique de l’Onu en 2002 statue pourtant clairement à l’illégalité d’une telle pratique. Il faudrait de la part de la France l’émission d’un guide intitulé « le droit international expliqué à ses entreprises » tant elles multiplient les infractions*. Idyl, Azura, Total, mais aussi SPIE, Cultimer via les huitres Kandy, Lahaye ont entre autres été vues au Sahara Occidental occupé.

Quand à la guerre française au Mali, vestige d'une Françafrique que nous n’avons pas encore enterrée, elle a des incidences directes sur les Sahraouis. Le Sahara Marathon, rencontre sportive internationale dans les campements de réfugiés, dont la 13ème édition devait avoir lieu le 25 février a été transformée. Les organisateurs ont préféré éviter la présence d’un grand groupe d’’étrangers dans la zone. La compétition sera nationale, ouverte aux seuls pays de la région. Cela fait plusieurs centaines d’occasion de moins pour les Sahraouis d’ouvrir les tentes à des sportifs venus du monde entier et leur expliquer leur histoire et leur vie.

Certains disent que les choses seront pires encore quand la guerre aura vraiment commencé… La vigilance militaire sahraouie déjà renforcée en territoires libérés pourrait prendre l’allure de mobilisation générale.

APSO, 2 février 2013 

*Corell 2002 
 … « si des activités de prospection et d’exploitation devaient être entreprises au mépris des intérêts et de la volonté du peuple du Sahara occidental, elles contreviendraient aux principes de droit international.»

 Une vielle femme Sahraouie manifeste à Rabat

samedi 12 janvier 2013

L'oasis de la mémoire, présentation en français

L'oasis de la mémoire, Mémoire historique et violation des droits au Sahara Occidental

« Dans ce travail de recherche, synthétisé dans le rapport « l’Oasis de la mémoire », le Dr. Carlos M. Beristain essaie de récupérer la Mémoire Historique et la situation des droits de l'homme au Sahara Occidental, développant un point de vue selon la méthodologie des Commissions de la Vérité dans lesquelles il est intervenu, selon la démarche psycho-sociale que le Dr Beristain a apportée au REMHI (Projet de Récupération de la Mémoire Historique) au Guatemala, ayant recueilli des témoignages directs des victimes » (Adolfo Pérez Esquivel, Prix Nobel de la Paix).

Ce rapport analyse de graves violations des droits de l'homme sur la population sahraouie, depuis 1975 jusqu'à aujourd’hui. Il est basé sur une étude de 261 cas et interviews de victimes sahraouies avec une méthodologie de travail de terrain semblable à celle suivie par des projets de Mémoire Historique et des Commissions de la Vérité dans différents pays du monde.

Ce rapport est divisé en deux tomes. Le premier inclut une analyse des violations des droits de l'homme, à travers des cas individuels et collectifs à différentes périodes historiques :
- bombardements de la population civile comme celui d'Um Dreiga
- pillages et déplacement forcé de la population nomade
- exécutions extrajudiciaires et fosses communes
-  disparitions forcées, aussi bien les disparitions temporaires dans les centres clandestins que les disparitions forcées jusqu'à aujourd’hui; pratique de la torture
- détentions arbitraires et usage excessif de la force contre la population qui revendique ses droits, spécialement à partir de l'Intifada de 2005
- et quelques cas emblématiques comme le démantèlement du campement de Gdeim Izik en novembre 2010.
De la même manière, on analyse le modus operandi de la violence pratiquée sur la population civile sahraouie pendant 37 ans et les mécanismes qui l'ont rendue possible.

Le deuxième tome aborde l'impact que ces violations ont représenté pour les victimes, d'un point de vue individuel et familial, en incluant une vision des enfants, filles et garçons, ainsi que l'impact sur les femmes et la violence sexuelle.
Sont également analysées les manières dont les victimes ont fait face à cette violence. Finalement sont abordées les demandes de vérité, de justice et de réparation des victimes en personne en relation avec les standards internationaux, l'expérience internationale comparée et les réponses données jusqu'à présent par l'État du Maroc.
L'étude se concentre sur la situation des victimes dans le contexte du Sahara Occidental ainsi que dans les campements de réfugiés à Tindouf, incluant les différences de genre et le type de violations subies.

Dans le résumé (édité en anglais et en espagnol) sont incluses les données de l’étude psycho-sociale quantitative, les références juridiques les plus importantes ainsi que la liste des personnes interviewées.
La valeur de ce travail réside, précisément, dans la force et la véracité des témoignages des victimes de violations de droits de l'homme interviewées. Ces témoignages font partie de la mémoire historique d'un peuple nomade qui n'a pas été écouté pendant toutes ces années de résistance, de dépouillement et de refuge.

Ce n'est pas une vérité soumise à l'intérêt politique. C'est une histoire qui doit être écoutée et tenue en considération pour la recherche d’issues au conflit, la gouvernabilité de la région et le respect des droits de l'homme au Maghreb. Ce mémoire ne concerne pas seulement le passé ou le présent. Cette étude présente une urgence pour un avenir différent, où la population sahraouie ne sera pas soumise à la violence parce qu’elle pense différemment ou qu’elle exprime ses idées. La valeur de ce mémoire est la transformation de la vie. Le sens de la mémoire est de transformer la vie. Ce rapport est dédié aux victimes et aux survivants sahraouis qui l'ont rendu possible grâce à leur courage et à leur générosité.

Les deux volumes ainsi que les résumés en anglais et espagnol peuvent être téléchargés respectivement ici : http://publicaciones.hegoa.ehu.es/publications/281 et  http://publicaciones.hegoa.ehu.es/publications/284

El Oasis de la Memoria: Memoria Histórica y Violaciones de Derechos en el Sáhara Occidental
Tomo I, II y Resumen , Carlos M. BERISTAIN et Eloisa GONZALEZ HIDALGO. Bilbao, Hegoa, 2012 3vol; 24cms, 978-84-89916-72-2, Español.

Présentation traduite en français par APSO, publication autorisée par les chercheurs