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mercredi 16 novembre 2016

Agounia

Un grand jardin de parcelles en damier fait un pied de nez au désert. Depuis trois générations une famille le cultive dans la daïra d’Agounia, à l’intérieur du camp de réfugiés sahraouis d’El Aaiun.

Agounia sonne comme agonie. Enfants des nuages ne les poursuivant plus pour mener les troupeaux en transhumance, mais fuyant leurs brulures de phosphore. Peuple ne traversant plus la surface du désert, mais la creusant en tombes où s’enterrer vivants pour échapper aux bombes et aux tirs, se mettant à creuser pour fabriquer des briques de toub pour s’abriter, la grattant pour pouvoir se nourrir, et la creusant, encore et encore en tombes où enterrer ses enfants, ne pouvant échapper à la mortelle absence de solution négociée.

Agounia, agonie silencieuse. Pendant que d’autres creusent leur pays, volent les richesses naturelles, raclent les fonds marins, enfouissent les Droits Humains au fond des geôles, trois générations cultivent les seules parcelles qu’on veut bien leur laisser. Celles d’une situation mise en jachère par l’ONU, d’une injustice comme autant d’adventices invasives tolérée par des pays  coupables et complices, d’une assistance déculpabilisante, celle d’une négociation dont les semences seraient stériles.

Agounia, agonie qui n’en finit pas. Et toujours aucun germe d’espoir. Pourtant cette année riche en évènements exceptionnels aurait du faire craqueler cette terre d’exil.
Les inondations de novembre 2015 et d’août 2016 offrant une fois de plus le choix d’un provisoire Sahraoui de toub ou de tente à consolider, ou bien d’un avenir algérianisé de parpaings.
La mort du Président sahraoui le 31 mai 2016 et quarante jours plus tard l’élection d’un nouveau Président à la fois combattant de la première heure et diplomate chevronné permettra t’elle de sortir de l’impasse ? « Chaque jour je me dis qu’aujourd’hui n’est pas un bon jour pour combattre et qu’il fallait combattre hier. Chaque jour », me disait un ami Sahraoui….
Les provocations marocaines : chasser la Minurso pour son emploi de l’euphémisme « occupation » ; expulser à tour de bras journalistes, avocats et défenseurs des Droits Humains ;  transgresser le mur de leur honte dans la zone d’Alguergarat, en violer le cessez-le-feu. Ces provocations n’ont jamais été aussi nombreuses et n’ont toujours pas entamé l’indifférence ni dérangé les intérêts de quelques « États voyous ». Dans ce monde où la provocation et l’outrance mènent  au pouvoir, la place des Sahraouis restera t’elle l’exil et la prison ?

Agounia, agonie négociée. Malgré ces évènements inédits depuis un an, la terre n’a pas bougé, l’espoir ne germe pas. Cette part d’humanité légitime d’un pays viable, ces hommes en attente de justice ne sont ils destinés qu’à devenir part d’humus d’une terre d’exil désertique et définitive ?

Agounia, c’est pourtant sous une de tes tentes que sans me connaitre on m’offre les seules richesses, une couverture pliée dans un coin, pour réchauffer corps et âme, du thé et du lait pour que je cesse de m’altérer. Je n’ai vécu cela que sous les tentes de réfugiés. Le « si peu » est offert sans délai et sans hésitation. « Celui que tu accueilles aujourd’hui, peut être t’abritera t’il ce soir... »


L’agonie , cette bataille livrée par le froid du cœur, par qui est elle vraiment perdue ?


Jean-François Debargue
Agounia, 10 novembre 2016

Nota
campements de réfugiés sahraouis : proximité Tindouf, désert salin sud ouest algérien
daira : ville
toub : sable argileux
minurso : mission des Nations Unies pour le referendum au Sahara Occidental

samedi 11 janvier 2014

La France versatile et frivole, et le Sahara Occidental

La France tergiverse, pouvoir et média, sur les nuances de la liberté d'expression quand il s'agit du président et de ses amours, d'un humoriste et de ses excès... Serions-nous encore ensuqués par les excès multiples de la fin d'année pour supporter aussi peu de sérieux, tout ce bruit pour rien ? N'y a t'il pas matière à pessimisme ?

Sur une échelle géographique aléatoire, il pourrait être plus intéressant de se pencher sur "la courbe du chômage inversée de façon imperceptible" et la hausse de la TVA, un peu plus loin sur Fukushima et ses fuites radioactives, les baleines pilotes et poulpe géant qui s'échouent, sur l'Europe et ses accords étrangement hyper-capitalistes et très discrets pour la protection des banques...

Vue d'ailleurs, notre France des droits de l'Homme est sûrement ridicule. Empâtée à ignorer son peuple, son devoir éthique d'éducation pour emplir les têtes et s'opposer à la haine, empâtée à oublier d'entendre les vigilants, penseurs et intellectuels.
Ou alors, l’ailleurs soit nous raille comme l'excellent "Demainonline" indépendant marocain en exil, soit ne se soucie pas de notre pauvre France démagogique.

En Tunisie, on s'occupe de choses sérieuses, et suite à une pression très forte de la population, de la société civile, des syndicats ouvriers, patronaux, des avocats et des associations de droits de l'Homme, le parti islamiste Ennahdha a accepté de céder le pouvoir à un gouvernement de compétence nationale pour assurer la dernière période de transition démocratique, préparer les prochaines élections et terminer la constitution et le processus électoral.

Les Congolais de la RDC en diaspora ont décidé qu'on ne s'amuserait plus tant que la situation de leur pays, champ de bataille et théâtre d'un génocide absent des médias autant que démesuré ne serait pas sur la voie de l'amélioration, et le despotisme d'État dégagé. On ne danse plus sur scène ni on ne s'amuse congolaisement en France (ni ailleurs) et le combat multiforme est devoir d'information internationale et de vigilance, quand la révolte gronde au pays et que continuent les massacres civils en masse. Cela se fait sans la France, mauvaise amie qui oublie encore de soutenir les aspirations et les efforts vers la démocratie de ce peuple en marche.

Les Sahraouis, amis des précédents, eux, se soucient de la France. Ils ont célébré en novembre dernier le troisième anniversaire de la manifestation qui en territoires occupés du Sahara Occidental avait réuni à Gdaim Izik 20 000 d’entre eux pendant un mois, avant l'attaque des forces de sécurité du colonisateur marocain. Depuis lors, fin 2010, des civils journalistes, militants de droits de l'homme, médiateurs, sont en prison à Salé 2 près de Rabat, et ont été condamnés sans preuve par un tribunal militaire à des peines allant de 20 ans à la perpétuité.  Condamnés pour leur identité.
2013 a encore été une année de continuité dans la lutte et la résistance, certes, mais aussi dans l'immobilisme international. La France n'a pas changé de ligne en passant de droite à gauche et continue à être responsable du statu quo de la situation. Chaque frémissement favorable a connu son contraire.

La Minurso a été renouvelée sans mandat de protection des populations civiles sahraouies qui affirment leur identité ou revendiquent le respect de leurs droits internationalement établis. La France est probablement victime d’une tergiversation géométrique sur la variabilité de l’intensité et de la quantité des coups donnés… puisqu’elle est responsable de cet état de fait. Les manifestations sahraouies de protestation hebdomadairement attaquées par les forces de sécurité marocaines qui cognent avec la visible jubilation de l’impunité mais ne tuent pas beaucoup ou cachent bien les corps n’y ont pas suffi. On peut avoir la même crainte pour 2014 si l’influence internationale ne pèse pas sur cette même France, malgré la permanence des protestations sahraouies en territoires occupés, et les déchaînements de violence qu’ils ont reçus toute l’année 2013. On appelle ça communément les droits de l’Homme, et les militants internationaux et ceux du Sahara Occidental s’appliquent à rapporter les horreurs commises sans que la France des droits de l’Homme ne s’en soucie.

Le traditionnel nerf de la guerre, l’argent en question, est ici celui tiré illégalement par le Maroc de l’exploitation des richesses naturelles du Sahara Occidental, et celui donné pour son protectionnisme hypocrite par l’Europe au même Maroc. Accord de voisinage, accord agricole, accord de pêche, statut avancé sont effectifs, l’ALEAC se profile dangereusement. Tous ces accords écrits sur le dos du peuple sahraoui puisque les textes souffrent d’amnésie quand il s’agit d’indiquer les frontières internationalement admises du Maroc, qui ne comprennent pas le Sahara Occidental.

Que payent donc aux uns et aux autres les entreprises françaises Total, Véolia, Idyl, Azura et autres pour être au Sahara Occidental, et que reçoivent-elles pour agir illégalement puisque contrairement à la volonté des Sahraouis ?

Javier Bardem dans son film récent sur la question sahraouie « Hijos de las nubes » fait une grande part à la démonstration de l’indiscutable culpabilité diplomatique de la France, probablement parce que la rouerie espagnole est consommée.

Alors ? Que font les Sahraouis en France ?
D’où viendra la prise de conscience que les méthodes anciennes ne fonctionnement manifestement pas et qu’il faut s’adapter à la situation et faire bouillonner les jeunes têtes. La délicate tradition sahraouie de ne jamais dire non, de passer par un détour ou un intermédiaire pour agir sur les coordonnées d’un problème ressemble à l’obligation de moyens quand il lui manque l’obligation de résultat. Les mouvements de l’Allemagne découvrant les atteintes marocaines aux droits humains des Sahraouis pourraient-ils vraiment faire bouger la France ? Justification de la procrastination …

Et si les Sahraouis et leur République faisaient bouger la France ? Foin de plaisanterie, à l’aune du temps occidental il faut aller tout droit ! La jeunesse sahraouie qui bouillonne ici et souffre des violences subies sous l’occupation ou de l’exil connaît la France et ses travers. Ceux là ont l’intuition que la lutte pacifique est possible et en auront le courage une fois sur le chemin, même si les coups reçus par leurs sœurs et mères en territoires occupés, les carences alimentaires et maladies des femmes et enfants des campements de réfugiés poussent certains à dire qu’une reprise de la guerre serait une solution.
Si les institutions pèsent trop lourd, la résistance doit trouver une autre forme…

Les Sahraouis résistent et bougent, cherchent et tâtonnent, et nous Français ? résistons-nous ?

APSO, le 11 janvier 2014

Vidéo EM, El aaiun  occupé, activité de nuit des policiers marocains, ordre ou terreur ?
 

jeudi 21 novembre 2013

Rencontre

Photo APSO
Une petite centaine. Autant que de cadavres retrouvés dans cette partie du désert, entre le Niger et l’Algérie. Essentiellement des femmes, petites, fluettes, maigres, accompagnées d’enfants, à peine adolescents pour les plus âgés, comme les restes de ceux trouvés entre Sahel et Sahara. On les signale dans plusieurs villes d’Algérie. Leur provenance ? Le Niger, dernier pays au monde au classement de l’indice de développement humain, pays pourtant fournisseur d’uranium, d’or, de pétrole et de fer. A qui profite le développement ?

La petite centaine de femmes et de jeunes enfants, accompagnée de moins d’une dizaine d’hommes vient de la région de Zinder. Habituellement les migrations de cette région essentiellement agricole étaient saisonnières et en cas de difficultés plutôt tournées vers la Libye. La sécheresse et les conflits depuis 2011 ainsi que la révolution libyenne les ont poussés vers l’Algérie. Depuis une année, ils sont arrivés à Ghardaïa. Après avoir posé leurs haillons le long du mur de la gare routière et dans l’Oued, les voilà déplacés plus discrètement dans un terrain vague, près de la poste. Par petits groupes de trois enfants ou d’une femme accompagnée de deux enfants, ils mendient toute la journée dans Ghardaïa.

Après la prière du soir, nous sommes allés les rencontrer. En sortant de l’oued nous avons vu leurs quatre à cinq feux. Les pauvres baluchons alignés le long du mur pendant la journée délimitaient chaque foyer autour desquels vingt à trente personnes s’étaient regroupées. Quelques toutes petites filles revenaient de la gare, des bouteilles d’eau en équilibre sur la tête. Nous étions brusquement dans un village de la région de Zinder. Comme chaque soir cette petite caravane, qui avait traversé nous ne savions comment le Sahara, rapportait au bivouac quelques pièces d’aumône et de quoi se restaurer.

La plus belle natte a été dépliée pour les trois visiteurs que nous étions, rois mages aux mains vides. Les rares hommes nous ont accueillis, puis quelques femmes ont approché leurs nattes. En quelques minutes seulement, nous étions devenus le noyau d’un fruit  de femmes et d’enfants. Le plus ancien de nous trois ayant vécu au Niger, connaissant leurs traditions et parlant Haousa  fit naitre sourires, puis rires et applaudissements en cherchant parfois ses mots ou en les mimant. Notre situation de dépendance rétablissait une forme de partage. C’est eux qui venaient à notre aide. De notre côté, nous avions du mal à croire que ces femmes aient pu changer leur plainte mendiante en une parole retrouvée. De leur côté, certaines nous ayant croisé durant la journée ont dû aussi s’étonner de ne plus voir sur nos visages une indifférence gênée, mais un vrai regard.

A cet instant précis, nous étions les invités des personnes les plus pauvres de la terre. Au moment de partir, une heure plus tard, les mains se sont tendues, non plus horizontalement mais verticalement. La dignité se joue parfois à un quart de tour. Nous avons serré des dizaines de mains vivantes.

Puis nous sommes montés, sur la colline éclairée par la pleine lune, de l’autre côté de l’Oued. Une bonne demi-heure de marche pour arriver aux ghettos Autre visage de la migration. Des hommes jeunes exclusivement, la plupart entre 16 et 30 ans, du Libéria, du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Togo, du Mali, du Congo,  de Centre-Afrique… Certains suivent les routes séculaires d’une migration saisonnière qui mêle le caractère initiatique et le besoin économique, d’autres ont fuit des massacres comme au Libéria et en Sierra Leone, ont trouvé un refuge provisoire dans des pays voisins avant d’être à nouveau chassés. D’autres encore cherchent à gagner l’Europe par le Maroc, ou reviennent expulsés. Leurs espoirs, leurs déceptions, la fatigue se lisaient sur la quarantaine de visages.  Avant le lever du jour les hommes partent sur les chantiers, certains y vivent la semaine, remplaçant les bétonnières, d’autres travaillent dans les palmeraies. Certains économisent pour poursuivre la route, d’autres renvoient l’argent au pays.

De la présence du peuple Sahraoui exilé sur son sol depuis 38 ans, aux Harragas, jeunes algériens fuyant le mal vivre, en passant par les migrations subsaharienne ou du Moyen-Orient, l’Algérie continue d’être pays de transit et devient  pays d’accueil forcé de ces différentes formes de migration. Six mille kms de frontières désertiques ou minées sont limitrophes de pays en guerre ou en grande difficulté. Et après la mortelle traversée du Sahara, l’ultime frontière, la Méditerranée, est devenue un véritable  cul de sac renforcé par l’externalisation des frontières.  Veut-on faire du plus grand pays d’Afrique, ou du Maghreb un centre de rétention à ciel ouvert, un terminal de la migration ? Rappelons que  l’Afrique est le continent où les flux migratoires internes sont les plus importants.

Nous étions là, dans cette pièce cimentée d’une carcasse d’immeuble, à nous demander si nous aurions accepté de mourir légalement chez nous, de famine, de guerre ou de simple misère ou  de survivre « irrégulièrement » au-delà des frontières tracées par ceux-là même qui étaient entrés « légalement » pour coloniser et qui aujourd’hui encore, par les multinationales et la mondialisation, « développillent » et entretiennent l’insécurité dans cette même Afrique.

Je suis resté touché par la dignité et l’humanité de ces personnes rencontrées. Et pourtant  nous avons vu ce soir là ceux qui font trembler  l’Europe.  Ces hommes, ces femmes et ces enfants qui justifient que  Frontex, Eurosur et autres agences déploient drones et matériels de haute technologie, non pas pour sauver des vies mais pour protéger la citadelle Europe. Ces mêmes agences de l’UE qui  ont également la barbarie d’envisager de réinstaller des lames coupantes au sommet de la triple clôture frontalière de Melilla.

Nous avons partagé des moments de convivialité, des échanges simples bien loin des grands discours, la possibilité de vivre décemment, dans le respect des Droits. Une journée ordinaire de mendicité, de travail, d’espoir d’une vie meilleure. Une journée que l’on peut choisir d’ignorer ou de simplement partager. En quittant nos hôtes, cette constatation. Pourquoi  ne croise t’on pas les gens censés trouver des solutions sous les tentes Sahraouies, dans les ghettos ou les pateras ? Pourquoi avoir intérêt à transformer un phénomène en problème ? Pourquoi choisir de gérer toujours plus les conséquences et refuser de s’attaquer aux causes ? A qui profite la situation ?
 
Jean-françois Debargue, Ghardaïa, novembre 2013
Publié  par APSO avec l’autorisation de l’auteur, le 21/112013.

Suite...

Au court texte de Ghardaia sur les migrants nigériens, je voudrais ajouter ces quelques informations :
- Une ampoule sur trois éclaire en France grâce à l'uranium Nigérien, exploité par Areva.
- Le Niger, dernier pays au classement de l'indice humain est donc le premier fournisseur de la cinquième puissance mondiale (de par son PIB)
- Depuis 1970, Areva aurait extrait près de 120 000 Tonnes d'uranium pour un coût estimé à 13% de sa valeur totale d'exportation. Bien entendu, aucune certitude que l'État Nigérien redistribue ces  "sous-recettes" qui ne représente par an que 5% du budget de l'État.
- Le Président du Niger, Mr Issoufou est un ex ingénieur des Mines formé en France, ex cadre d'Areva et ex directeur de la mine d'Arlit.
- 90% de la population Nigérienne n'a pas accès à l'électricité ! Et si on éteignait une ampoule sur trois ce soir. Pour commencer...
 

lundi 18 mars 2013

Apso avec M. Christopher Ross

Alors que Christopher Ross, envoyé spécial du Secrétaire Général de l'ONU pour le Sahara Occidental annonce une nouvelle tournée en Afrique du nord du 20 mars au 3 avril, retour sur une rencontre qui a marqué notre association. C'était le 13 novembre 2012. 

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Mardi 13 novembre M. Christopher Ross, l’Envoyé Personnel du Secrétaire Général des Nations Unies pour le Sahara Occidental, a rencontré à Paris trois membres de l’association française Amis du Peuple du Sahara Occidental.

Au delà d’une occasion d’apprécier la démarche du représentant, la réunion a eu pour objectifs un échange de points de vue sur le rapport de la France à la problématique Sahraouie et une mise en question du rôle de la société civile française.

Les membres de l’association ont pu informer M. Ross des activités en cours et ajouter quelques informations particulières à la France, qui ont pour certaines trouvé un temps audience dans la presse Française populaire.  Il a ainsi été évoqué l’action de l’organisation française NF Board pour qui la politique n’a pas à empêcher les peuples de jouer au Football et qui est l’organisateur de la VIVA World Cup . La dernière édition en juin dernier au Kurdistan avait été l’occasion de la première participation de l’équipe nationale Sahraouie à une compétition internationale, repris par So Foot et Canal+.

Il a d’autre part été porté à la connaissance du représentant de l’ONU les pratiques de citoyens d’origine marocaine en France ou des représentants consulaires du Maroc en France à l’égard des Français solidaires de la recherche d’une solution au conflit sahraoui, - intimidation et sabotage de réunions publiques-, et à l’égard des Sahraouis - agressions physiques, intimidation, tentative de corruption, interdiction d’entrée au Sahara Occidental.

APSO a aussi informé et questionné le fait que les Sahraouis venant du Sahara Occidental, et cherchant refuge en France contre les persécutions du régime marocain obtenaient le statut de réfugié politique « marocain », alors même que les documents administratifs qu’ils présentent comportent des attestations du UNHCR de leur identité sahraouie et de leur particularité de venir d’un territoire non autonome.

A propos de la cristallisation actuelle des positions des représentants marocains et sahraouis, Kassarat Mohamed Fadel, membre d’APSO, a souligné que le plan James Baker proposait un referendum à trois choix, comportant l’option d’autonomie, et qu'il avait été rejeté par le même gouvernement marocain qui refuse de parler actuellement d’autre sorte de solution que l’autonomie.

Durant l’échange, APSO a soulevé la question des ressources naturelles du Sahara Occidental, et la responsabilité des entreprises françaises présentes sur le terrain dans la culture de fruits et légumes au Sahara, exportés en Europe et vendus sous l’étiquette contestable de provenance du « Maroc ».

La réunion a enfin été l'occasion d'aborder le sujet des élections américaines et de la position des Etats-Unis sur le sujet du Sahara Occidental.

APSO, le 14 novembre 2012 / 18 mars 2013



dimanche 12 juin 2011

2 victoires : pour les grévistes de la faim contre le pillage du Sahara

Salah Eddine Amaidan, sportif sahraoui de haut niveau, a terminé 1er des 10 km de la boucle de Cagnes-sur-Mer et a ensuite fini 1er des 3000m du meeting européen de Valbonne et a dédié ses victoires à ses frères à leur 60ème jour de grèves de la faim de protestation contre le pillage des ressources naturelles du Sahara Occidental.

Hier, samedi 11 juin 2011, le départ de la boucle de Cagnes du Mer était à 19h. La température était encore élevée, mais de saison pour ce département des Alpes-Maritimes.
Salah Eddine Amaidan (dit salah Hmatou) a fini 1er en 31 minutes et 34 secondes devant Luca Molineri, en 31min 35’ et Laurent Dodet, en 32min 37’. Le parcours sur route était de difficulté moyenne et l’arrivée dans le stade de Cagnes chaleureusement accueillie.

Juste après cette course, à 22h, Salah Eddine Amaidan participait au 3000 m du meeting européen de Valbonne dans le même département français, et terminait au sprint 1er de la course tactique en 8’34’’02, après avoir fait la course dans le peloton de tête. Les 2ème et 3ème sont Kais Adli de l’As Monaco en 8'34''35 et le belge Valentin Poncelet en 8'34''46.

Précédemment, le 28 mai 2011, Salah Eddine Amaidan avait terminé 3ème des 1500m du meeting national D2 de Pezennas en 3'49''62, derrière Omar AL-rasheedi en 3'46''40 et Matthieu Le Stum en 3'48''95.
Et le 4 juin, le sportif sahraoui finissait premier des 14km 240 de « la Montagnette », beau parcours de la course en montagne de Barbentane, en 48min 11’, devant Mohamed Lantri arrivé en 52 min 18’ et Mohamed Serghini en 52min 35’.

Salah Eddine Amaidan est Sahraoui, réfugié politique en France où il court actuellement pour le Martigues Sports Athle. Son pays, le Sahara Occidental est la dernière colonie d’Afrique, occupé par la force depuis 1975 par le Maroc. Les sahraouis revendiquent depuis lors l’application de leur droit international à l’autodétermination.

Salah Eddine Amaidan a dédié ses dernières victoires aux 6 jeunes sahraouis protestant contre le pillage des ressources naturelles du Sahara Occidental par une grève de la faim qui dure depuis le 12 avril 2011.
L’athlète militant s’associe à ses frères qui risquent leurs santés et leurs vies pour dénoncer l’accord de pêche de l’Union Européenne et les entreprises américaine PotashCorp (phosphate) et Irlandaise San Leon (protection pétrolière). Voir infos et vidéo ici.

APSO, le 12 juin 2011.

Photos SEA

    

samedi 7 mai 2011

Sahara Occidental : Immolation lente

Immolation lente

Une fois de plus un accord des Nations unies vient de sceller pour une année supplémentaire le sort des Sahraouis en reconduisant pour la vingtième fois le mandat de la Minurso. Les responsables et les médias s'étonneront encore de n'avoir rien vu venir. On peut craindre cependant que ne finissent par arriver des actes désespérés, bien que jusqu'ici maitrisés par un peuple qui préfère mourir à petit feu dans les négociations plutôt que de recourir au terrorisme.

Face à ce peuple oublié, la barbarie peut se réclamer de son pouvoir et de ses richesses, s’affubler des Droits de l’homme, elle n’en demeure pas moins la barbarie, lorsqu’elle met en exergue l’un de ses principes les plus cyniques: « Il n’est pas de problème politique qu’une absence de solution ne finisse par résoudre ! » Car la reconduction du mandat de la Minurso est bien « une absence de solution ». La démission politique, le laisser faire des majorités silencieuses et l’aide humanitaire prennent alors possession de ce désert.

Face aux décideurs arbitraires, un peuple. Un peuple séparé en deux par un mur miné de plus de 2500kms de long. Un peuple dont la moitié vit en exil depuis 35 ans, réfugiée dans le Sahara algérien, zone à ce point inhospitalière que même les nomades les plus avertis ne s’y hasardaient pas. L’autre moitié est restée dans son pays, le Sahara Occidental, dernière colonie d’Afrique, classé «non autonome» depuis les années 60 par les Nations unies et à qui l’ONU promettait «un référendum d’autodétermination ». Que l’on soit de part ou d’autre de ce mur de la honte séparant l’exil du colonialisme, la vie y est en danger ; et ne cessera de l’être. Pour combien de temps encore ?
Qui expliquera à ces enfants que leur situation n’est pas le choix d’une décision familiale mais la résultante d’une démission internationale ? Face à des intérêts économiques et géopolitiques, que pèsent les générations nées dans les camps, frappées d’anémies chroniques, de retards de croissance harmonieuse, de diabètes, de problèmes de thyroïde …Quels arguments faudra t’il trouver pour mener à bien des missions souvent financées par des filiales humanitaires d’ Organisations ou d’Unions qui leur refusent par ailleurs la possibilité de choisir un retour prôné par des décisions internationales ou de garantir leurs droits élémentaires ? Qui convaincra qu’un mieux vivre dans les camps peut remplacer une terre promise ? Qui peut accepter que des innocents payent les pénalités de ceux qui ne se donnent aucune obligation de résultat depuis vingt ans ?  

Je pense à tous ces amis sahraouis, prisonniers chez eux ou à ciel ouvert dans les camps à qui l'aide humanitaire est une honte offerte en compensation d'une réparation de justice qui ne viendra pas, d'une restauration de dignité qu'on a choisi d'ignorer, d'une application des Droits de l'Homme à chaque fois rejetée. Chacun sait que les positions défendues par les deux parties sont inconciliables. Le problème est là et pourtant l’Onu dont le rôle est d’organiser un référendum ne mandate pas sa mission pour le faire expressément, préférant geler une situation de rente en des discussions informelles et inutiles. 
L’heure n’est pas à de nouvelles propositions de moins en moins négociables mais à la mise en œuvre du référendum prévu en 1992 sur lequel chaque partie s’accordait, proposant soit le rattachement au Maroc, soit l’autonomie sous responsabilité marocaine ou, troisième alternative, l’indépendance totale. Le refus reïtéré d’habiliter la seule mission de l’Onu au monde qui n’ait pas ce droit, de l’observation de l’application des Droits de l’Homme, notamment par le pouvoir d’abstention ou de véto d’un état membre du Conseil de sécurité, la France, pose cette seule question : Faut il que les enjeux soient si importants pour brader jusqu’à l’honneur ? Avant même qu’on ne le lise en Une, j’ai entendu des voix sahraouies le dire : « ONU, dégage ! » Il nous faut souhaiter aujourd'hui la violence d'un ultime engagement pacifique afin d'éviter l'engagement d'une violence destructrice.

Jean-François Debargue
Publié par APSO le 7 mai 2011.

dimanche 4 juillet 2010

Manifestation des étudiants et techniciens chômeurs Sahraouis



A El Aaiun, le 21 mai 2010, les jeunes chômeurs diplômés et techniciens Sahraouis manifestaient sous la surveillance hostile des forces de sécurité Marocaines.

Depuis le mois de mars 2010 et aujourd’hui encore, ils manifestent toutes les semaines devant différents lieux de décision de El Aaiun au Sahara Occidental occupé.

Ils revendiquent une place dans le tissu social de leur pays.

Ils sont formés à l’université ou dans des écoles et n’ont pas de travail dans leur ville et leur pays, où tous les postes de travail sont réservés aux colons Marocains, déplacés par l’état pour accomplir la colonisation.

Les étudiants et les techniciens chômeurs Sahraouis appellent au respect du droit international, et dénoncent les marginalisations et exclusions dont ils sont victimes.

Ils protestent contre le vol des richesses naturelles de leur pays, le phosphate et le poisson dont ils affirment qu’elles sont suffisantes pour faire vivre le peuple Sahraoui.

Le Sahara occidental est en partie occupé depuis 1975 par le Maroc. A l’ouest du mur de 2400 km et des champs de mines mis en place par le Maroc dans les années 80, celui ci malgré le droit international, malgré le cessez le feu de 1991, pille les ressources naturelles du Sahara Occidental, impose un blocus médiatique sur le pays et voue au chômage ou aux postes subalternes toute la population Sahraouie vivant au Sahara Occidental.

Les jeunes manifestants sont nés sous l’occupation Marocaine, et n’acceptent pas cet état des faits.

APSO, le 4 juillet 2010.


Vidéo APSO Sahara

jeudi 24 juin 2010

Le Sahara à la fête de la ville de Givors

Sous la pluie et dans le vent, les Amis du Peuple du Sahara Occidental (APSO) étaient présents à la fête de la ville de Givors, les 19 et 20 juin 2010.

Avec le partenariat généreux de l’APCA et le soutien de la Mairie de Givors, l’association a proposé pendant ces deux jours de partager les informations sur la situation des Sahraouis, autour de la chaleureuse cérémonie des trois thés.

Les témoignages de Mustapha Hmatou, Sahraoui venant des Territoires Occupés du Sahara Occidental, ou ceux d’amis – pour certains élus à la ville - ayant partagé quelques jours de la vie des réfugiés Sahraouis des campements (à proximité de Tindouf, sud ouest algérien) ont complété les informations données sur ce pays coupé en deux par le mur de 2400 km, et son immense champs de mines, qui sépare les familles en deux.

Le constat de la malnutrition des enfants réfugiés était au centre des échanges de la Journée Mondiale des Réfugiés, le 20 juin, ainsi que la responsabilité Européenne dans l’accord de pêche illégale UE/Maroc, qui prive les Sahraouis de leurs poissons. Les visiteurs ont tous adhéré à la campagne contre cet accord qui, dans son état actuel, mené contre la volonté des Sahraouis et sans aucun bénéfice pour eux, fait des Européens des voleurs de poissons, complices de l’occupation illégale et brutale d’une partie du Sahara Occidental par le Maroc.

L’actualité de l’association APSO, c’est aussi l’action « écrire à un prisonnier politique Sahraoui », dénoncer les violations quotidienne des droits de l'homme au Sahara Occidental occupé, c'est le soutien au projet d’accueil d’enfants réfugiés pour l’été 2011 par des familles givordines, la constitution d’un dossier d’information sur le mur et les mines en partenariat avec l’association Sahraouie murominassahara.org, mais aussi les projets autour du sport Sahraoui et de l’objectif olympique.

APSO, le 23 juin 2010.

Photos APSO. M. Le Maire de Givors, Martial Passi, soutient APSO et les Sahraouis

mardi 6 avril 2010

APSO/ONU : stop au pillage et surveillance des violations des Droits Humains

Dans ses courriers au Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, et à tous les membres du Conseil de Sécurité, APSO – Amis du Peuple du Sahara Occidental – et le Réseau Sud, appelle à l’inclusion de la surveillance des Droits de l’Homme dans le mandat de la MINURSO. APSO appelle aussi à la mise en place d’un mécanisme qui place les produits de l’exploitation des ressources naturelles du Sahara Occidental sous administration internationale, cela tant que le statut du territoire n’est pas résolu. Lire la lettre ici.

Honorable Ban Ki Moon
Secrétaire général des nations Unies
Nations Unies, New York
Le 27 mars 2010 

Votre Excellence,

Le conseil de sécurité de l’ONU examinera le renouvellement du mandat de la MINURSO durant le mois d’avril.

L’association française APSO, Amis du Peuple du Sahara Occidental, et le Réseau Sud, - APSO Avignon, Solensahr, APSO Togo, OF2PS, Enfants de la Méditerranée - ont pour objet la solidarité au peuple Sahraoui, notamment pour l’application du droit international et le respect de leurs Droits d’Homme. Nous souhaitons vous faire un double appel.

Premièrement, nous vous demandons instamment de faire apparaître dans votre rapport à venir sur la situation au Sahara Occidental la nécessité d’adapter le mandat de la MINURSO pour y inclure la capacité de surveillance des Droits de l’Homme, avec un lien de rapport direct au Conseil de Sécurité de l’ONU. Il a été largement rapporté que la population civile du Territoire Non Autonome du Sahara Occidental est sujette à de nombreux abus des Droits de l’Homme, comme la détention arbitraire, les coups et la torture. L’oppression et la torture psychologique sur les Sahraouis est quotidienne. L’ONU a l’obligation, acceptée comme une mission sacrée, de protéger les populations de tels abus alors qu’ils attendent pour l’organisation d’un référendum d’autodétermination juste et équitable, en conformité avec les résolutions de l’Assemblée Générale de l’ONU, du Conseil de Sécurité de l’ONU, et de l’Union Africaine. La MINURSO est la seule des missions de l’ONU mises en place depuis 1978 sans mandat de surveillance des Droits de l’Homme. Il n’y a aucune raison pour qu’elle reste l’exception à la règle.

Deuxièmement nous demandons que votre rapport aborde l’exploitation continue et illégale par le Maroc des ressources naturelles du Sahara Occidental, un vol qui  sape la confiance entre les parties, et qui est un obstacle-clé dans la résolution de ce long conflit. Les informations détaillées sont présentes sur le site du réseau WSRW en suivant le lien www.wsrw.org.

Les activités du Maroc sont menées en contravention d’une série de résolution du conseil de sécurité, dont les résolutions 62/113, 62/120, 63/102, 63/111, 64/98 et 64/99 parmi d’autres, aussi bien que les obligations relevant de l’article 1 des Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques et Pacte international relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels. Comme l’a établi avec grande clarté le Conseiller Juridique de l’ONU en 2002 :

« … si des activités de prospection et d’exploitation devaient être entreprises au mépris des intérêts et de la volonté du peuple du Sahara occidental, elles contreviendraient aux principes de droit international applicables aux activités touchant aux ressources minérales des Territoires Non Autonomes. »

Toutes les preuves sont faites que le peuple Sahraoui et ses représentants n’ont pas été consultés sur l’exploitation des ressources du Sahara Occidental par les autorités Marocaines et la complicité d’intérêts étrangers. Au nom du peuple Sahraoui, le Front POLISARIO a protesté contre cette activité illégale dans de nombreux courriers adressés au Conseil de Sécurité et à votre excellence. En conséquence, nous vous prions de proposer aux Etats Membres de l’ONU d’établir un mécanisme qui permette de placer les revenus de l’exploitation des ressources naturelles du territoire sous administration internationale jusqu’à ce que le statut du territoire soit résolu.

Sincèrement votre,

Pour APSO et le Réseau Sud 
La présidente