Affichage des articles dont le libellé est algérie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est algérie. Afficher tous les articles

dimanche 1 décembre 2013

Soyez sur les lignes de départ du Sahara Marathon 2014 !

 


Les inscriptions sont ouvertes pour la quatrozième édition du Sahara Marathon, 4 courses de solidarité avec le peuple Sahraoui. 

Soyez sur la ligne de départ le 24 février 2014.

Les distances proposées sont selon vos prédilections le marathon – 42km195, le semi - 21km, ou les 10km ou 5km.
Les courses ont lieu dans les campements de réfugiés sahraouis, près de Tindouf, dans le désert du sud-ouest algérien. Elles relient symboliquement les villes importantes des campements et se déroulent pendant la semaine de la fête nationale.

Cette compétition internationale permet d’allier sportivité, solidarité, et découverte, dans un cadre inimaginable, une température très agréable. Épreuve sportive et partage solidaire sont au programme de la semaine passée aux côté des réfugiés sahraouis, au coeur de leur extraordinaire hospitalité.

Pour toutes les informations, les résultats et classements des années précédentes, des photos et vidéo sont disponibles sur www.saharamarathon.org. Les détails techniques des courses sont disponibles sur demande.

Les dates du séjour 2014 sont à définir selon les vols proposés, sa durée de 5/6 jours, mais peut être raccourci à 4. Les coûts (hors adhésion + frais de voyage -> l'AR France/Alger et Alger/Tindouf + visa) sont de 200 euros.
Cela comprend : inscription à la course, hébergement (gîte et couvert chez l'habitant), visites, participation au projet sportif solidaire défini par les sahraouis selon les besoins identifiés pour soutenir le sport des réfugiés.

Les documents de voyage nécessaires sont un passeport encore valide 6 mois, et un visa pour l'Algérie.

Cet événement sportif et solidaire international est aussi l’occasion pour les organisations sportives de faire parvenir leurs dons et soutiens aux clubs ou équipes de sports scolaires des campements de réfugiés. Les organisations intéressées sont invitées à se mettre en contact par mail avec la coordination française.

Renseignements et inscriptions : marathondusahara@free.fr

APSO, le 1er décembre 2013


jeudi 21 novembre 2013

Rencontre

Photo APSO
Une petite centaine. Autant que de cadavres retrouvés dans cette partie du désert, entre le Niger et l’Algérie. Essentiellement des femmes, petites, fluettes, maigres, accompagnées d’enfants, à peine adolescents pour les plus âgés, comme les restes de ceux trouvés entre Sahel et Sahara. On les signale dans plusieurs villes d’Algérie. Leur provenance ? Le Niger, dernier pays au monde au classement de l’indice de développement humain, pays pourtant fournisseur d’uranium, d’or, de pétrole et de fer. A qui profite le développement ?

La petite centaine de femmes et de jeunes enfants, accompagnée de moins d’une dizaine d’hommes vient de la région de Zinder. Habituellement les migrations de cette région essentiellement agricole étaient saisonnières et en cas de difficultés plutôt tournées vers la Libye. La sécheresse et les conflits depuis 2011 ainsi que la révolution libyenne les ont poussés vers l’Algérie. Depuis une année, ils sont arrivés à Ghardaïa. Après avoir posé leurs haillons le long du mur de la gare routière et dans l’Oued, les voilà déplacés plus discrètement dans un terrain vague, près de la poste. Par petits groupes de trois enfants ou d’une femme accompagnée de deux enfants, ils mendient toute la journée dans Ghardaïa.

Après la prière du soir, nous sommes allés les rencontrer. En sortant de l’oued nous avons vu leurs quatre à cinq feux. Les pauvres baluchons alignés le long du mur pendant la journée délimitaient chaque foyer autour desquels vingt à trente personnes s’étaient regroupées. Quelques toutes petites filles revenaient de la gare, des bouteilles d’eau en équilibre sur la tête. Nous étions brusquement dans un village de la région de Zinder. Comme chaque soir cette petite caravane, qui avait traversé nous ne savions comment le Sahara, rapportait au bivouac quelques pièces d’aumône et de quoi se restaurer.

La plus belle natte a été dépliée pour les trois visiteurs que nous étions, rois mages aux mains vides. Les rares hommes nous ont accueillis, puis quelques femmes ont approché leurs nattes. En quelques minutes seulement, nous étions devenus le noyau d’un fruit  de femmes et d’enfants. Le plus ancien de nous trois ayant vécu au Niger, connaissant leurs traditions et parlant Haousa  fit naitre sourires, puis rires et applaudissements en cherchant parfois ses mots ou en les mimant. Notre situation de dépendance rétablissait une forme de partage. C’est eux qui venaient à notre aide. De notre côté, nous avions du mal à croire que ces femmes aient pu changer leur plainte mendiante en une parole retrouvée. De leur côté, certaines nous ayant croisé durant la journée ont dû aussi s’étonner de ne plus voir sur nos visages une indifférence gênée, mais un vrai regard.

A cet instant précis, nous étions les invités des personnes les plus pauvres de la terre. Au moment de partir, une heure plus tard, les mains se sont tendues, non plus horizontalement mais verticalement. La dignité se joue parfois à un quart de tour. Nous avons serré des dizaines de mains vivantes.

Puis nous sommes montés, sur la colline éclairée par la pleine lune, de l’autre côté de l’Oued. Une bonne demi-heure de marche pour arriver aux ghettos Autre visage de la migration. Des hommes jeunes exclusivement, la plupart entre 16 et 30 ans, du Libéria, du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Togo, du Mali, du Congo,  de Centre-Afrique… Certains suivent les routes séculaires d’une migration saisonnière qui mêle le caractère initiatique et le besoin économique, d’autres ont fuit des massacres comme au Libéria et en Sierra Leone, ont trouvé un refuge provisoire dans des pays voisins avant d’être à nouveau chassés. D’autres encore cherchent à gagner l’Europe par le Maroc, ou reviennent expulsés. Leurs espoirs, leurs déceptions, la fatigue se lisaient sur la quarantaine de visages.  Avant le lever du jour les hommes partent sur les chantiers, certains y vivent la semaine, remplaçant les bétonnières, d’autres travaillent dans les palmeraies. Certains économisent pour poursuivre la route, d’autres renvoient l’argent au pays.

De la présence du peuple Sahraoui exilé sur son sol depuis 38 ans, aux Harragas, jeunes algériens fuyant le mal vivre, en passant par les migrations subsaharienne ou du Moyen-Orient, l’Algérie continue d’être pays de transit et devient  pays d’accueil forcé de ces différentes formes de migration. Six mille kms de frontières désertiques ou minées sont limitrophes de pays en guerre ou en grande difficulté. Et après la mortelle traversée du Sahara, l’ultime frontière, la Méditerranée, est devenue un véritable  cul de sac renforcé par l’externalisation des frontières.  Veut-on faire du plus grand pays d’Afrique, ou du Maghreb un centre de rétention à ciel ouvert, un terminal de la migration ? Rappelons que  l’Afrique est le continent où les flux migratoires internes sont les plus importants.

Nous étions là, dans cette pièce cimentée d’une carcasse d’immeuble, à nous demander si nous aurions accepté de mourir légalement chez nous, de famine, de guerre ou de simple misère ou  de survivre « irrégulièrement » au-delà des frontières tracées par ceux-là même qui étaient entrés « légalement » pour coloniser et qui aujourd’hui encore, par les multinationales et la mondialisation, « développillent » et entretiennent l’insécurité dans cette même Afrique.

Je suis resté touché par la dignité et l’humanité de ces personnes rencontrées. Et pourtant  nous avons vu ce soir là ceux qui font trembler  l’Europe.  Ces hommes, ces femmes et ces enfants qui justifient que  Frontex, Eurosur et autres agences déploient drones et matériels de haute technologie, non pas pour sauver des vies mais pour protéger la citadelle Europe. Ces mêmes agences de l’UE qui  ont également la barbarie d’envisager de réinstaller des lames coupantes au sommet de la triple clôture frontalière de Melilla.

Nous avons partagé des moments de convivialité, des échanges simples bien loin des grands discours, la possibilité de vivre décemment, dans le respect des Droits. Une journée ordinaire de mendicité, de travail, d’espoir d’une vie meilleure. Une journée que l’on peut choisir d’ignorer ou de simplement partager. En quittant nos hôtes, cette constatation. Pourquoi  ne croise t’on pas les gens censés trouver des solutions sous les tentes Sahraouies, dans les ghettos ou les pateras ? Pourquoi avoir intérêt à transformer un phénomène en problème ? Pourquoi choisir de gérer toujours plus les conséquences et refuser de s’attaquer aux causes ? A qui profite la situation ?
 
Jean-françois Debargue, Ghardaïa, novembre 2013
Publié  par APSO avec l’autorisation de l’auteur, le 21/112013.

Suite...

Au court texte de Ghardaia sur les migrants nigériens, je voudrais ajouter ces quelques informations :
- Une ampoule sur trois éclaire en France grâce à l'uranium Nigérien, exploité par Areva.
- Le Niger, dernier pays au classement de l'indice humain est donc le premier fournisseur de la cinquième puissance mondiale (de par son PIB)
- Depuis 1970, Areva aurait extrait près de 120 000 Tonnes d'uranium pour un coût estimé à 13% de sa valeur totale d'exportation. Bien entendu, aucune certitude que l'État Nigérien redistribue ces  "sous-recettes" qui ne représente par an que 5% du budget de l'État.
- Le Président du Niger, Mr Issoufou est un ex ingénieur des Mines formé en France, ex cadre d'Areva et ex directeur de la mine d'Arlit.
- 90% de la population Nigérienne n'a pas accès à l'électricité ! Et si on éteignait une ampoule sur trois ce soir. Pour commencer...
 

mardi 19 février 2013

Lettre ouverte aux Evêques d'Algérie



Lettre ouverte aux Évêques d'Algérie

J'entends dire, à qui veut bien l'entendre, que le temps de carême est un temps de partage.
 Alors permettez-moi de partager avec vous la proximité d’une souffrance, à défaut de partager l'immense misère du monde.
 Permettez-moi de partager pendant quelques minutes de votre temps des  années passées dans les camps de réfugiés Sahraouis, dans cette partie du désert évitée des nomades, où cependant trois générations se partagent presque 40 ans d'exil.
Permettez que nous partagions  au moins pour information et par empathie ces conditions climatiques inimaginables si on ne les vit pas, ces maladies chroniques que les mesures alimentaires déséquilibrées d'urgence finissent par installer, cet espoir d'une solution pacifique et juridique qui s'amenuise d'années en années au point qu'il ne pourrait bientôt plus se partager ;
Et cette souffrance, sous leur fierté cachée, tant et si bien qu'elle a sans doute tant de mal pour cela, à être partagée.
Permettez que nous partagions l'injustice d’une centaine de  résolutions juridiques internationales admises mais non appliquées pour la libre détermination de leur avenir, mais également l'injustice de procès d'exceptions bafouant les mêmes résolutions et règles internationales et condamnant des militants des Droits de l'Homme de 20 ans de réclusion à perpétuité par des aveux signés de leurs empreintes, yeux bandés lorsqu'ils refusent de le faire par écrit sous la torture.
Et nous, à quel tribunal appartenons-nous pour condamner les enfants qui continuent de naître dans les camps ?
Pouvons-nous admettre et partager cette détermination de l'avenir d'un peuple?
Notre part offerte du partage n’est elle donc que cet assourdissant silence et cette lâcheté des « grands de ce monde », une part séparatrice comme ce mur et ce champ de mines qui divisent un même peuple ?
Nous avons divisé, colonisé, « dévelopillée » l’Afrique selon nos notions de partage et de profits confusément mêlées. Le Sahara Occidental, dernière colonie d’Afrique en est l’exemple. Aujourd’hui l’humanitaire tente de  réparer les conséquences de ces fautes quand il n’est pas instrumentalisé par ceux qui les commettent.
Faudra t’il continuer d’échanger indifférence contre souffrance ou de partager solidarité et espoir ?
Permettez que nous partagions quelques instants d’un carême, non de 4O jours, mais de bientôt 40 années au désert.
 Mon amie Nuena, femme sahraouie, un jour m’a  dit : « Quand tu lis, tu oublies. Quand tu entends, tu oublies. Mais si tu vois, tu n 'oublies jamais ». C'est pourquoi vous êtes les bienvenus au milieu du peuple Sahraoui, invités à découvrir et voir la vérité, invités à la déclarer ensemble. Ces quelques signes de partage sont à votre portée, à la portée de tous ; quelques jours passés dans les familles de réfugiés, témoigner de cette petite vérité vécue, rester éveillés à leurs côtés…
…Pour avoir entendu et compris que le temps de carême est un temps de partage.

Jean-François Debargue
Secrétaire Général de Caritas Algérie
Alger, le 18 février 2013 

Publié par APSO avec l'autorisation de l'auteur

jeudi 13 janvier 2011

Le Maghreb s’enflamme. Tout le Maghreb !

Après les émeutes en Tunisie, puis en Algérie, on ne compte plus les morts et encore moins les blessés lors des manifestations qui ont eu lieu dans les deux pays. Si les causes directes de ces événements ne sont pas les mêmes, les réponses des deux gouvernements sont par contre similaires et se résument à un mot : répression.

Manque de travail, augmentation des prix, crise du logement, la population et surtout la jeunesse des deux pays se retrouvent autour de ce même constat : la situation est intenable et ne peut plus continuer comme cela. Si on ajoute à l'alchimie un régime corrompu qui refuse de céder la place et un manque flagrant de respect des droits essentiels comme la liberté d’expression, cette vague de protestation devient non seulement plus claire mais légitime et inévitable.

Et le Maroc dans tout cela ? Certains voient le royaume comme immunisé contre ces protestations populaires. C’est pourtant oublier les manifestations contre le coût de la vie ou pour la liberté d’association comme à Tinghir en décembre dernier. Des mouvements de protestation qui ont vite été réprimés par les autorités et dont les participants finissent souvent en prison.

Mais surtout, il y a tout juste deux mois, se sont déroulées au Sahara Occidental les plus importantes manifestations depuis des années. La population civile sahraouie, tout comme les Tunisiens et les Algériens, a décidé de dire non au manque de travail, de logement et à la hausse des prix. Non au racisme d'état, non à la discrimination à l’embauche, non au manque de liberté civique, en bref, non à un système qui perdure depuis trop longtemps. Les Sahraouis manifestent pacifiquement depuis des années et cette fois ils ne sont pas sortis dans la rue, mais ont, au contraire, quitté les villes pour se réunir dans le désert, dans ce qui est devenu un camp de protestation : Gdeim Izik. Au bout de quelques semaines, le camp comptait 10.000 tentes et entre 20 et 30.000 personnes.

La réponse de l’occupant marocain a été la même qu’en Algérie et en Tunisie : la répression par la destruction du camp et une réaction des forces policières et militaires d’une très grande violence. Arrestations arbitraires, tortures, viols, disparitions forcées, le tout dans la plus totale impunité et sans qu’aucun observateur étranger, journaliste ou ONG, n’ai eu le droit de mettre le pied sur le territoire. Les rapports des organisations qui se sont penchées sur ces événements sont unanimes. Amnesty International rapporte que toutes les personnes qui ont été interrogées ont signalé avoir été maltraitées ou torturées durant leur arrestation.

C’était le 8 novembre 2010. Et si les revendications de nombreux Sahraouis étaient aussi politiques, demandant qu’enfin leur droit à l’autodétermination soit appliqué, la protestation dénonçait une situation économique qui ne peut plus durer, contre un régime injuste et méprisant, contre tout un système qui les contraint à vivre dans l’indigence et à ne rien pouvoir espérer de mieux ni dans les prochaines années, ni pour les prochaines générations.

C’est tout le Maghreb qui s’enflamme. Une protestation populaire et légitime à laquelle la communauté internationale doit faire échos. En Tunisie. En Algérie. Au Maroc. Et aussi : au Sahara Occidental.

APSO, le 13 janvier 2011