samedi 7 mai 2011

Sahara Occidental : Immolation lente

Immolation lente

Une fois de plus un accord des Nations unies vient de sceller pour une année supplémentaire le sort des Sahraouis en reconduisant pour la vingtième fois le mandat de la Minurso. Les responsables et les médias s'étonneront encore de n'avoir rien vu venir. On peut craindre cependant que ne finissent par arriver des actes désespérés, bien que jusqu'ici maitrisés par un peuple qui préfère mourir à petit feu dans les négociations plutôt que de recourir au terrorisme.

Face à ce peuple oublié, la barbarie peut se réclamer de son pouvoir et de ses richesses, s’affubler des Droits de l’homme, elle n’en demeure pas moins la barbarie, lorsqu’elle met en exergue l’un de ses principes les plus cyniques: « Il n’est pas de problème politique qu’une absence de solution ne finisse par résoudre ! » Car la reconduction du mandat de la Minurso est bien « une absence de solution ». La démission politique, le laisser faire des majorités silencieuses et l’aide humanitaire prennent alors possession de ce désert.

Face aux décideurs arbitraires, un peuple. Un peuple séparé en deux par un mur miné de plus de 2500kms de long. Un peuple dont la moitié vit en exil depuis 35 ans, réfugiée dans le Sahara algérien, zone à ce point inhospitalière que même les nomades les plus avertis ne s’y hasardaient pas. L’autre moitié est restée dans son pays, le Sahara Occidental, dernière colonie d’Afrique, classé «non autonome» depuis les années 60 par les Nations unies et à qui l’ONU promettait «un référendum d’autodétermination ». Que l’on soit de part ou d’autre de ce mur de la honte séparant l’exil du colonialisme, la vie y est en danger ; et ne cessera de l’être. Pour combien de temps encore ?
Qui expliquera à ces enfants que leur situation n’est pas le choix d’une décision familiale mais la résultante d’une démission internationale ? Face à des intérêts économiques et géopolitiques, que pèsent les générations nées dans les camps, frappées d’anémies chroniques, de retards de croissance harmonieuse, de diabètes, de problèmes de thyroïde …Quels arguments faudra t’il trouver pour mener à bien des missions souvent financées par des filiales humanitaires d’ Organisations ou d’Unions qui leur refusent par ailleurs la possibilité de choisir un retour prôné par des décisions internationales ou de garantir leurs droits élémentaires ? Qui convaincra qu’un mieux vivre dans les camps peut remplacer une terre promise ? Qui peut accepter que des innocents payent les pénalités de ceux qui ne se donnent aucune obligation de résultat depuis vingt ans ?  

Je pense à tous ces amis sahraouis, prisonniers chez eux ou à ciel ouvert dans les camps à qui l'aide humanitaire est une honte offerte en compensation d'une réparation de justice qui ne viendra pas, d'une restauration de dignité qu'on a choisi d'ignorer, d'une application des Droits de l'Homme à chaque fois rejetée. Chacun sait que les positions défendues par les deux parties sont inconciliables. Le problème est là et pourtant l’Onu dont le rôle est d’organiser un référendum ne mandate pas sa mission pour le faire expressément, préférant geler une situation de rente en des discussions informelles et inutiles. 
L’heure n’est pas à de nouvelles propositions de moins en moins négociables mais à la mise en œuvre du référendum prévu en 1992 sur lequel chaque partie s’accordait, proposant soit le rattachement au Maroc, soit l’autonomie sous responsabilité marocaine ou, troisième alternative, l’indépendance totale. Le refus reïtéré d’habiliter la seule mission de l’Onu au monde qui n’ait pas ce droit, de l’observation de l’application des Droits de l’Homme, notamment par le pouvoir d’abstention ou de véto d’un état membre du Conseil de sécurité, la France, pose cette seule question : Faut il que les enjeux soient si importants pour brader jusqu’à l’honneur ? Avant même qu’on ne le lise en Une, j’ai entendu des voix sahraouies le dire : « ONU, dégage ! » Il nous faut souhaiter aujourd'hui la violence d'un ultime engagement pacifique afin d'éviter l'engagement d'une violence destructrice.

Jean-François Debargue
Publié par APSO le 7 mai 2011.

mardi 3 mai 2011

Nouveau mandat de la Minurso : ni Droit de l’Homme, ni référendum


La résolution 1979 a été adoptée le 27 avril 2011 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la question du prolongement du mandat de la Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental, la Minurso.

Présente depuis aujourd’hui 20 ans au Sahara Occidental, la mission onusienne a pour tâche la surveillance du cessez-le-feu entre les forces marocaines et les forces sahraouies du Polisario, ainsi que l’organisation du référendum prévu par l’ONU. 20 ans de présence sur place pour des résultats pourtant bien maigres, car non seulement le référendum paraît plus dur à réaliser aujourd’hui que dans les années 90, mais surtout, la situation sur place n’a jamais été aussi tendue.

La Minurso est la seule mission actuelle de maintien de la paix des Nations Unies qui ne possède pas de mandat pour la surveillance des Droits de l’Homme. Depuis des années, les associations militantes d’un côté et les ONG qui surveillent les Droits de l’Homme de l’autre (tels Amnesty International et Human Rights Watch) demandent au Conseil de Sécurité de pourvoir la Mission de ce mandat afin que les exactions contre les civils soient enfin surveillées dans la zone occupée par le Maroc.

Or, une fois de plus, suite notamment aux pressions françaises, cette demande a été ignorée par le Conseil de Sécurité dans sa résolution 1979. Pas de surveillance des Droits de l’Homme dans une région où l’armée et la police surveillent tous les activistes sahraouis, où les arrestations arbitraires sont quotidiennes, où les violences policières sont de règle, où l’impunité règne, où la liberté de la presse et d’expression est inexistante. Pas de surveillance des Droits de l’Homme mais l’optimisme du Conseil "Se félicitant de la création d’un Conseil national des droits de l’homme au Maroc et de son antenne envisagée pour le Sahara occidental, ainsi que de l’engagement qu’a pris le Maroc d’accorder un accès sans réserves ni restrictions à tous les titulaires de mandats relevant des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme"

Mais plus encore, c’est le projet même du référendum qui a disparu de la résolution. Plus de référendum, mais la recherche d’une "solution politique juste, durable et mutuellement acceptable".

Ni Droits de l’Homme, ni référendum.

La Minurso repart donc pour un an, pour aller dans une direction qui semble être celle du statu quo, alors même qu’aux yeux des Sahraouis, qu’ils vivent dans les campements de réfugiés ou bien dans les territoires occupées, cette mission a depuis longtemps déjà perdu beaucoup de son sens et de sa crédibilité.

APSO, le 2 mai 2011

mardi 19 avril 2011

Maigre bakchich : la libération de 3 prisonniers politiques sahraouis


Brahim Dahan, Ahmed Naciri et Ali Salem Tamek sont sortis de la prison de Salé il y a 5 jours. Ils sont sahraouis et éminents défenseurs des droits de l’homme.
Depuis le 8 novembre 2009, ils étaient détenus dans les prisons marocaines, le colonisateur du Sahara Occidental, leur pays.
La cause de leur arrestation ? Une visite à leurs familles dans les campements de réfugiés sahraouis dans le sud ouest algérien. Après un an de privation de liberté, la réponse de la cour martiale dont ils étaient censés relever pour cet acte d’intelligence avec l’ennemi ? Nous ne sommes pas compétent…
Et pourtant, ils ont finalement passé 18 mois en prison sans raison, sans jugement, sans billet retour… avec torture, avec déchainement de la presse marocaine, avec risque d’exécution, avec 42 jours d’une grève de la faim pathogène et inutile.

Et pourtant aussi et en vrac :
- l’ONU s’est insurgée de ce que les familles sahraouies étaient séparées depuis plus de 35 ans pour certaines, et tente de mettre en place un programme de visites familiales
- il est interdit d’enfermer quelqu’un pour ses opinions
- le Sahara Occidental est un Territoire Non Autonome, une colonie, les règles internationales imposées au colonisateur sont strictes et précises
- le Maroc est une démocratie

Le Maroc vient d’annoncer la grâce royale pour 190 détenus politiques, dont des islamistes et des sahraouis. L’escroquerie se poursuit. Seul 90 vont sortir tout de suite, et parmi ceux la, il ne restait à certains que quelques mois avant la fin de la peine.

Effet d’annonce pour les dupes, écran de fumée nauséabond quand le conseil de sécurité de l’ONU doit se prononcer dans les jours à venir pour le renouvellement du mandat de la Minurso, sa mission au Sahara Occidental.
Cette mission, chargée de mettre en place le référendum d’autodétermination par lequel les colonisés devront se prononcer pour leur rattachement au colonisateur ou pour leur indépendance, ne fait pas sont travail depuis 20 ans. http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=25064&Cr=Sahara&Cr1=
C’est aussi la seule mission onusienne qui n’a pas le mandat de surveillance des droits de l’homme, parce que la France, pays des droits de l’homme menace d’user de son veto pour empêcher que ce mécanisme soit adjoint.

Et pourtant les rapports se multiplient, ONG sahraouis, marocaines, internationales, attestent encore et toujours des violations quotidiennes des droits humains des sahraouis vivant sous occupation marocaine.
Dans le nouveau bras de fer qui s’engage - alors que le secrétaire général des nations unies n’a pu passer sous silence que les agents de sa force ont assisté impuissants et entravés aux violences sur les civils, qui ont accompagné et suivi le démantèlement du camps de Gdem izik - c’est encore l’influence française qui pousse à une hypocrite ersatz de mesure.

Quand les dirigeants français s’impliquent à ce point pour empêcher toute avancée vers la résolution d’un conflit de décolonisation, quand ils nous isolent complètement sur la scène internationale par une attitude aberrante… Quelle peut bien être la forme de leur intérêt personnel ?
Surtout si l’on ajoute que le Maroc exploite à son grand profit et en toute illégalité les ressources naturelles du Sahara Occidental, et que la France, toujours elle, soutient l’accord de pêche UE Maroc, illégal lui aussi parce que les navires de l’UE pêchent dans les eaux sahraouies.

Brahim Dahan, Ahmed Naciri et Ali Salem Tamek sont enfin libérés, mais des centaines d’autres sahraouis sont encore emprisonnés pour leurs opinions, et nous, français, ne pouvons tolérer encore la mise à mort sur l’autel de l’hypocrisie des valeurs qui fondent notre fier héritage identitaire.

APSO, 19 avril 2011


vendredi 8 avril 2011

Sahara Occidental : Juppé n’est pas informé


Le 30 mars 2011, le ministre français des affaires étrangères s’est prononcé sur la situation politique de nombreux pays du Maghreb et plus particulièrement sur celle du Maroc, partenaire privilégié de la politique étrangère de la France.

En novembre dernier, le parlementaire Jean-Paul Lecoq était intervenu à propos du Sahara Occidental après les événements qui ont suivi le démantèlement du campement de Gdeim Izik, véritable soulèvement de la population sahraouie, réprimé sans commune mesure par les autorités marocaines.

Alain Juppé vient de marquer sa position sur la question :
"M.Lecoq a évoqué avec beaucoup de sévérité ce qui se passe au Maroc. Je ne connais aucun rapport d’aucune ONG internationale sérieuse qui ait fait état de violations des droits de l’homme au Sahara occidental telles qu’il les a présentées."

Par ONG sérieuses, le ministre français des affaires étrangères exclut sans aucun doute les rapports des ONG sahraouies tels celui de l'
ASVDH, celui du CODESA et celui du CODAPSO. Rapports selon lui sans doute trop partiaux car écrits par des Sahraouis eux-mêmes, alors qu'ils réunissent les critères de rigueur et d’objectivité des rapports de droit de l’homme agréés. Ces organisations citent un nombre très impressionnant de témoignages sur les arrestations, tortures et autres violences policières commises à l'encontre de citoyens sahraouis par les autorités marocaines.

Pour affirmer cela, notre ministre des affaires étrangères ne doit pas avoir eu accès aux rapports d'ONG plus "sérieuses" telles qu'Amnesty International, Human Rights Watch ou le Centre Robert F. Kennedy pour les Droits de l'Homme. Car si Monsieur Juppé taxe de « sévère » le jugement sur le Maroc en l’état de ses connaissances partielles, peut-être changerait-il d’avis s’il était bien renseigné.

En effet, le
rapport d'Amnesty International mentionne lui que "de nombreux Sahraouis ont été arrêtés et frappés ou soumis à des actes de torture ou autres mauvais traitements" mais aussi que : "tous les Sahraouis interviewés par Amnesty international ont décrit la façon dont ils ont été battus, torturés ou les mauvais traitements qui leur ont été infligés au moment de leur arrestation ou lors de leur garde à vue par les autorités marocaines ; la plupart d'entre eux avaient des cicatrices et des blessures visibles à l'appui de leur témoignage. Malgré cela, les autorités marocaines n'ont pris aucune mesure pour enquêter sur les allégations de torture et autres mauvais traitements comme le prévoient la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels le Maroc est État partie."

Human Rights Watch rapporte pour sa part : "Human Rights a interrogé sept Sahraouis détenus suite aux violences du 8 novembre puis libérés. Tous ont affirmé que la police ou les gendarmes les avaient maltraités en détention, les passant même à tabac dans certains cas jusqu'à ce qu'ils perdent conscience, leur jetant de l'urine dessus, et les menaçant de viol. Les avocats représentant ceux restant en détention ont raconté à Human Rights Watch qu'au moins l'un des détenus avait déclaré à un juge d'instruction qu'il avait été violé en détention, tandis que nombre d'autres ont indiqué au juge d'instruction et au procureur des passages à tabac et autres abus qu'ils auraient endurés en détention. Les témoins interrogés par Human Rights Watch présentaient de graves contusions et d'autres blessures récentes suggérant qu'ils avaient été passés à tabac en détention." L'ONG mentionne aussi le fait que l'un des chercheur de Human Rights Watch a lui aussi subit des violences de la part des autorités marocaines.

Le
Centre Robert F. Kennedy pour les Droits Humains note à propos des mêmes évènements les arrestations arbitraires, les violences policières, l'usage de la torture, le saccage des maisons des Sahraouis.

Il est question là d’un regain de violence et de terreur sur les sahraouis vivant dans leur pays occupé, violences psychologiques et physiques, interdiction de s’exprimer, de circuler, tortures, menaces de viol, viol sur les hommes et les femmes…

Seule une présomption d’ignorance de la part de notre ministre français des affaires étrangères pourrait atténuer le ridicule de sa déclaration quand il affirme que "de nouvelles mesures viennent d’être prises par le gouvernement marocain pour assurer un suivi du respect des droits de l’homme sur ce territoire".
Ce fait est pourtant contredit aujourd’hui par toutes les ONG travaillant au Maroc, quand les manifestations presque quotidiennes sont encore et toujours réprimées par les forces policières et militaires marocaines , à Casablanca, Rabat, Marrakech, Kenitra, Mohammedia, Tétouan, Khouribga...

Sur le Sahara Occidental, Alain Juppé va plus loin en déclarant dans cette même intervention que "le Maroc a fait des efforts considérables, en proposant notamment un statut d’autonomie qui lui permet de se diriger vers ce que souhaitent les Nations unies."

Ce « plan d’autonomie », vieil artifice sémantique destiné à maintenir le statu quo de la situation et la poursuite du pillage des ressources naturelles du Territoire Non Autonome par son colonisateur marocain, est une proposition impossible. L’autonomie n’est pas indépendance, et le principe que tente d’imposer la Maroc avec son complice français va à l'encontre du Droit International et de l’obligation conventionnelle des Nations Unies d'organiser un référendum pour l'autodétermination du Sahara Occidental.

A ce propos, le mandat de la MINURSO, Mission des Nations Unies pour le Référendum du Sahara Occidental doit prochainement être renouvelé. Cette mission présente sur place depuis maintenant 20 ans est la seule mission de maintien de la paix des Nations Unies qui ne possède pas de mandat de surveillance des Droits de l'Homme.
Cette surveillance est pourtant demandé depuis de nombreuses années et les ONG "sérieuses" insistent toutes sur la nécessité d'un tel mandat au Sahara Occidental.
Or depuis que cette question de l’élargissement du mandat de la Minurso est fortement à l’ordre du jour du conseil de sécurité, chaque année le processus est bloqué par l'utilisation de la France de son pouvoir de veto au Conseil de Sécurité.

En 2011, la surveillance des Droits Humains au Sahara Occidental doit être une priorité afin de protéger des populations civiles à la merci des forces armées du pays occupant.

Combien de temps la France va t elle soutenir le régime marocain et son occupation illégale du Sahara Occidental ?

Combien de temps encore la France va t elle mentir aux citoyens français, marocains et sahraouis sur de la situation des Droits de l'Homme sur place, pour protéger un régime qui continue son oppression sur les protestations pacifiques qui durent depuis des années?

Monsieur Juppé, nous, citoyens français, citoyens sahraouis, défenseurs des Droits Humains et militants pour le respect du Droit International, nous refusons de tolérer vos propos et vos prises de positions.
Elles n’engagent en aucun cas le peuple français car elles vont à l'encontre des valeurs que nous défendons.

APSO, le 7 avril 2011.

dimanche 6 mars 2011

Malgré le silence, le soulèvement sahraoui continue

A l’heure du soulèvement de tout le Monde Arabe, certain pays sont étrangement passé sous silence. Le Maroc fait ainsi figure d’exception aux yeux des médias internationnaux alors même que des manifestations historiques ont eu lieu et que la répression a encore une fois été très violente de la part des autorités marocaines.

Mais plus encore que le soulèvement de la population marocaine, c’est celui des Sahraouis qui est étouffé. Dans de récents entretiens à propos des événements dans les pays arabes, Noam Chomsky est revenu sur l’origine de cette révolte et a placé les protestations des Sahraouis en novembre dernier et la destruction du camp de protestation de Gdeim Izik par les forces paramilitaires marocaines, comme le point de départ de tous les soulèvements.

Depuis bientôt cinq mois, la résistance sahraouie est passée à une nouvelle étape et les manifestations se multiplient sur tout le territoire. Tout comme les voisins tunisiens, algériens, égyptiens et libyens, les protestations montrent la colère des citoyens contre un régime qui les opprime, qui ne leur laisse aucun accès au travail, au logement et à une vie décente. Mais plus encore qu’ailleurs, les Sahraouis protestent contre une autorité qui les gouverne injustement et illégalement. Dans la dernière colonie d’Afrique, les Sahraouis attendent encore 20 ans après le cessez-le-feu que le référendum promis soit enfin mis en place.

Et si les médias ont quelque peu parlé des événements de novembre au Sahara Occidental, les manifestations qui se poursuivent sont tout bonnement passées sous silence. Pourtant, à El Aaiun, à Dakhla, à Smara et dans toute la zone occupée, la résistance ne fléchie pas et continue sa lutte malgré la répression policière, militaire, et même les attaques par les colons marocains sur les civils sahraouis et leurs biens (vidéo suivante).



Manifestations, grèves des salariés, grèves de la faim des prisonniers politiques... Les moyens de protestation restent toujours pacifiques alors que les autorités marocaines utilisent systématiquement la violence.



Aujoud’hui encore, la lutte continue, et les Sahraouis, solidaires des soulèvements populaires de tous les pays Arabes, continuent leur résistance malgré le silence.

Pour des informations en direct :
-
Sahara Press Service
-
Sahara Thawra
Minuto a minuto desde los territorios occupados

APSO, 6 mars 2011

dimanche 6 février 2011

Le Sahara Occidental au Toboggan de Décines


Lundi 31 janvier, le Toboggan de Décines a consacré sa journée au Sahara Occidental et au peuple Sahraoui dans le cadre du cycle « A la découverte de notre Terre ». Après les projections du film « Une république en exil » de Cheikh Djemai, des débats avec des membres d’APSO parmi lesquelles le sportif de haut niveau sahraoui Salah Amaidane, ont permis aux spectateurs de s’interroger sur ce peuple oublié.

Le public s’est dit très touché par la situation vécue par les Sahraouis aussi bien dans les campements de réfugiés que dans les territoires sous occupation marocaine. La discussion a soulevé de nombreuses questions, mais a aussi montré une grande incompréhension face au silence et à la passivité de la communauté internationale et des médias à propos du Sahara Occidental.
« Comment se fait-il que nous ne connaissions pas la situation d’un pays aussi proche que le Sahara Occidental ? Et pourquoi avons nous si peu d’information sur les agissements de cet autre pays proche qu’est le Maroc ? »

L’actualité des pays arabes est bien entendu venue s’immiscer dans le débat. Car là où on voyait il y a très peu de temps des régimes intouchables sans le moindre espoir de changement, le vent de révoltes conduit par les populations elles-mêmes commence à faire espérer du contraire. En Tunisie, en Egypte, en Algérie et aussi au Maroc.
Et là où la situation du Sahara Occidental apparaissait pour beaucoup comme éternellement bloquée et vouée au statu quo, une vague d’espoir et de réformes est en train de nous prouver que rien n'est immuable. Si tout le Maghreb et les pays arabes se soulèvent, le Sahara Occidental pourrait bien être le prochain pays à profiter de cette vague de soif de liberté et de rejet des dictatures.

APSO, le 6 février 2011

jeudi 13 janvier 2011

Le Maghreb s’enflamme. Tout le Maghreb !

Après les émeutes en Tunisie, puis en Algérie, on ne compte plus les morts et encore moins les blessés lors des manifestations qui ont eu lieu dans les deux pays. Si les causes directes de ces événements ne sont pas les mêmes, les réponses des deux gouvernements sont par contre similaires et se résument à un mot : répression.

Manque de travail, augmentation des prix, crise du logement, la population et surtout la jeunesse des deux pays se retrouvent autour de ce même constat : la situation est intenable et ne peut plus continuer comme cela. Si on ajoute à l'alchimie un régime corrompu qui refuse de céder la place et un manque flagrant de respect des droits essentiels comme la liberté d’expression, cette vague de protestation devient non seulement plus claire mais légitime et inévitable.

Et le Maroc dans tout cela ? Certains voient le royaume comme immunisé contre ces protestations populaires. C’est pourtant oublier les manifestations contre le coût de la vie ou pour la liberté d’association comme à Tinghir en décembre dernier. Des mouvements de protestation qui ont vite été réprimés par les autorités et dont les participants finissent souvent en prison.

Mais surtout, il y a tout juste deux mois, se sont déroulées au Sahara Occidental les plus importantes manifestations depuis des années. La population civile sahraouie, tout comme les Tunisiens et les Algériens, a décidé de dire non au manque de travail, de logement et à la hausse des prix. Non au racisme d'état, non à la discrimination à l’embauche, non au manque de liberté civique, en bref, non à un système qui perdure depuis trop longtemps. Les Sahraouis manifestent pacifiquement depuis des années et cette fois ils ne sont pas sortis dans la rue, mais ont, au contraire, quitté les villes pour se réunir dans le désert, dans ce qui est devenu un camp de protestation : Gdeim Izik. Au bout de quelques semaines, le camp comptait 10.000 tentes et entre 20 et 30.000 personnes.

La réponse de l’occupant marocain a été la même qu’en Algérie et en Tunisie : la répression par la destruction du camp et une réaction des forces policières et militaires d’une très grande violence. Arrestations arbitraires, tortures, viols, disparitions forcées, le tout dans la plus totale impunité et sans qu’aucun observateur étranger, journaliste ou ONG, n’ai eu le droit de mettre le pied sur le territoire. Les rapports des organisations qui se sont penchées sur ces événements sont unanimes. Amnesty International rapporte que toutes les personnes qui ont été interrogées ont signalé avoir été maltraitées ou torturées durant leur arrestation.

C’était le 8 novembre 2010. Et si les revendications de nombreux Sahraouis étaient aussi politiques, demandant qu’enfin leur droit à l’autodétermination soit appliqué, la protestation dénonçait une situation économique qui ne peut plus durer, contre un régime injuste et méprisant, contre tout un système qui les contraint à vivre dans l’indigence et à ne rien pouvoir espérer de mieux ni dans les prochaines années, ni pour les prochaines générations.

C’est tout le Maghreb qui s’enflamme. Une protestation populaire et légitime à laquelle la communauté internationale doit faire échos. En Tunisie. En Algérie. Au Maroc. Et aussi : au Sahara Occidental.

APSO, le 13 janvier 2011

dimanche 2 janvier 2011

Lettre à Naâma, Sahraoui en prison pour ses opinions

Jean-François est Français, il vit dans les campements de réfugiés sahraouis (désert du sud-ouest algérien) depuis bientôt trois ans. Naama est Sahraoui et Français d’adoption, il a vécu comme réfugié en France. Il est défenseur des droits de l’homme et revendique l’application du droit international au cas de son pays, le Sahara Occidental, la dernière colonie d’Afrique. Il est en prison au Maroc et relève selon le colonisateur de son pays de la cour martiale, pour avoir planté la tente dans le désert à quelques kilomètres de la ville d'El Aaiun avec 20 000 autres Sahraouis, en signe de protestation contre leurs situations, et pour avoir expliqué cela clairement à ceux qui lui demandait.

Lettre à Naama

Dans ce cœur de la nuit où la raison des hommes vacille, ne plie pas Naâma.
En ce dernier jour de l'année, comme tous ces derniers jours, je viens à ton parloir, celui de ta pensée. Ce parloir où ta voix se pose, claire, juste et pacifique. Ce parloir où ta dignité supplante l'indécence bruyante des gardiens, la dissuasion rampante des barbelés et l'humiliation de tes mains menottées.

Ce n'est pas la première fois que sur un grabat ou par terre sommeillent tes douleurs.
Smara, Marrakech, Tan Tan, Tiznit, Salé. On ne s'habitue pas, on ne s'endurcit pas. Même à penser que ton père, ton oncle ont été emprisonnés par le père de celui qui t'emprisonne une fois de plus, une fois de trop et que la roue continue de tourner, cherchant à broyer de génération en génération, la graine jetée dans les sables du Sahara par les fils des nuages.
Tu as connu la promiscuité des cellules surchargées, d'amis raflés ou de droits communs, dans l'attente de procès en procès repoussés. Ton corps se rappelle des brûlures et des coups, tes yeux des lunettes cassées et des bandeaux portés. Sur l'échelle du supportable, n'était ce pas moins dur que l'attente des jugements et des parodies de procès ?

Ce quartier neuf et inconnu où la raison politique cette fois ci t'a jeté, plus qu'ailleurs coupé du monde malgré le bruit organisé, comme une torture de plus. Il est moins enviable d'être « disparu forcé », qu'au « secret » ou que visité dans des conditions dégradantes et frustrantes. Il existe une graduation de l'innommable qu'il faut surpasser pour sauvegarder des parcelles de soi, pour constituer ton intégrité, cette porte en toi que tu peux refermer, sans totalement t'isoler pourtant du bruit des bottes. Fragile protection contre les assauts des douleurs physiques et des images blessantes.

Dans ce cœur de la nuit où la raison des hommes vacille, je t'en prie, ne plie pas Naâma.
Je n’ai jamais connu les prisons que dans les livres ou depuis peu par les récits des Sahraouis. Toi le militant du Respect des Libertés et des Droits de l’Homme, guide en ma main ce crayon que l’on te refuse, mets sur nos lèvres ces mots qu’on étouffe dans ta gorge. Ta seule réclamation ne revendique pas le respect des libertés ou les droits de l’homme qui te sont pourtant si chers, mais tes droits fondamentaux de détenu, simplement. Toi, l’enlevé, où est ta liberté ? Toi l’homme de paix, où sont tes droits ? Tu n’es plus qu’un prisonnier qui demande tes droits fondamentaux de détenu !

Pendant que ceux qui auront des comptes à rendre à la postérité, voire à l’éternité, jouissent d’un incommensurable présent volé, tu ramasses les miettes de ce temps qu’on te prend. Dans cet espace de survie où tu rentres, tu organises ta pensée autour de ce que tu ne veux pas céder. Tu écartes tout ce qui peut t’affaiblir, tout ce qui peut te rappeler la douceur, l’affection de tes proches, tout ce qu’ils pourraient utiliser pour te faire craquer. Tu gères tes forces pour les minutes à venir, au maximum une demi-journée pour ne pas devenir l’objet de ce jeu cruel qui consiste à passer d’un isolement calculé à un interrogatoire scénarisé. Tu concentres ta volonté pour atteindre ce rocher, puis cette colline, puis cet oued, comme autant de territoires libérés.
Dans quelques heures des chefs d’états vénaux souhaiteront publiquement et indécemment leurs vœux à des indices, à des taux, à des marges, et accessoirement à leurs sujets.

Dans le silence de ta cellule je souhaite simplement te prendre par la main, toi et tous les réfugiés, tous les enfermés, tous les bafoués…
Pour qu’au cœur de cette nuit où la raison des hommes vacille, tu ne plies pas, Naâma.

Jean-François Debargue
Le 31 décembre 2010
19 autres Sahraouis attendent dans la prison de Salé, de passer devant la cour Martiale marocaine, soupçonnés d'avoir participé de prêt ou de loin au campement de Gdem Izik.

jeudi 23 décembre 2010

Les marocains revendiquent... un petit déjeuner !!



Quand la monarchie Marocaine impose l'usage d'une expression démocratique à ses sujets, en les travestissant en Sahraouis... il arrive parfois que cela se retourne contre elle !!

Manifestation organisée le 19 décembre 2010 par l'autorité marocaine au Port d'El Aaiun contre les militants espagnols.

Les manifestants marocains changent de cible et protestent contre l'organisateur, resté à l'abris sous la tente, qui leur a imposé d'être là sans même leurs donner un petit déjeuner et un dîner...

APSO Sahara, 23 décembre 2010.

samedi 18 décembre 2010

Deux poids, deux mesures

L’un des objectifs des Nations Unies est de faciliter la coopération dans les domaines du Droit et de la sécurité internationale, du progrès social et des Droits de l'Homme. Il y a quelques jours, nous avons pu voir comment les Nations Unies ainsi que toute la diplomatie internationale peuvent être efficaces dans le cadre d’une violation flagrante des droits des citoyens.

À l’issue des présidentielles en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo a refusé de laisser le pouvoir à Alassane Ouatarra, vainqueur des élections. Cette atteinte aux Droits en présence d’observateurs internationaux ainsi que les violences qui ont suivi ont entraîné une condamnation unanime de la part de la communauté internationale.

Toutefois, la réaction internationale n’est pas toujours aussi rapide dans la condamnation des atteintes au droit international ni aux Droits de l’Homme. Presque muette après les 35 ans d’occupation illégale du Maroc au Sahara Occidental, cette même communauté internationale, si véloce à défendre les Droits du Citoyen et à protéger les principes des Droits de l’Homme, n’a pourtant pas bougé il y a moins de deux mois lorsque les forces militaires marocaines ont détruit avec violence un campement pacifique de Sahraouis.

Le secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-moon a déclaré, il y a deux jours, que le maintien de Laurent Gbagbo conduirait à une « parodie de démocratie ».

Mais qu’en est-il de la démocratie marocaine lorsque des manifestants sont attaqués et arrêtés par des forces armées et leurs biens détruits ? Qu’en est-il de la démocratie lorsque les disparus se comptent par centaines et que les témoignages de torture des Sahraouis dans les lieux de détention de la police nous arrivent tous les jours ? Ban Ki-moon trouve inacceptable que les observateurs internationaux, journalistes et ONG, ne soient pas libres de travailler en Côte d’Ivoire, alors qu’à aucun moment il n’ai parlé du fait qu’aucun journaliste étranger ni membre d’ONG n’ai été autorisé à mettre le pied sur le sol du Sahara Occidental. Deux poids, deux mesures ?

L’Union Européenne ainsi que les Etats-unis se disent prêts à prendre des sanctions économiques et diplomatiques contre Gbagbo et ses proches. Par contre, sur la question sahraouie, le Conseil de l’Europe se cache derrière le fait que « le Sahara occidental est en dehors du champ d'application géographique du Conseil de l'Europe. En conséquence, l’organisation n'est pas directement impliquée dans les efforts internationaux visant à trouver une solution au conflit dans cette partie du monde. »

Pour Nicolas Sarkozy, "Ce qui se passe en Côte d'Ivoire est parfaitement inadmissible ». Le président français non seulement parle de sanctions, mais surtout fait de cette question un problème urgent à résoudre au plus vite. Lors de l’attaque des soldats marocains sur les civils sahraouis, la réaction n’a pas été aussi prompte et la seule action de la France a été d’utiliser au Conseil de Sécurité son droit de veto pour faire en sorte qu’une mission d’enquête indépendante ne soit pas envoyée sur place pour une investigation sur les derniers événements.

Protéger le Maroc et son roi à tout prix ? Pourtant Nicolas Sarkozy le dit : c’est « à lui de choisir quelle est l'image qu'il veut laisser dans l'Histoire. S'il veut laisser l'image d'un homme de paix, il est encore temps, mais le temps presse ». Une phrase que devraient aussi bien méditer Laurent Gbagbo que Mohamed 6.

Parfois, certains scrutins prennent aux yeux de la communauté internationale plus d’importance que d’autres. Entre les élections présidentielles de la Côte d’Ivoire et le référendum d’autodétermination de la dernière colonie d’Afrique, le choix semble avoir été fait.

APSO, le 18 décembre 2010.