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dimanche 24 février 2013

Perpétuité pour des opinions politiques, et que fait la France ?



Le ridicule « procès » des 24 sahraouis de Gdaym Izik s’est enfin tenu, puis enfin terminé le 17 février 2013 après 9 jours de mascarade.
Sans surprise, ces civils militants pour l’indépendance de leur pays le Sahara Occidental ont été condamnés par le tribunal militaire marocain - la puissance colonisatrice - à des peines allant de 20 ans de prison à la perpétuité.
25 condamnations pour 24 accusés et leurs 24 chefs d’accusation. Le 25ème condamné avait été arrêté, gardé 3 jours et relâché. Il est maintenant condamné à perpétuité, alors qu’il  n’a pas été accusé, et à fortiori ni entendu ni défendu. Il est probable qu’il reste en Espagne jusqu’à la fin de ce « malentendu ».

Pour être plus exact sur le verdict, deux inculpés ont été libérés, puisque les condamnations ont été de la période effectuée, et un condamné à 20 ans de prison avec sursis. En priant les ex-prisonniers d’excuser la formulation, les « petits poissons » et les « trop mal en point » - sont à l’origine de nouvelles façons marocaines de faire des verdicts. Peine de « ce qui a été fait » !

24 moins 3, il reste donc de ce groupe de Sahraouis prisonniers, 21 personnes qui payent en fait les frais de la tentative marocaine de décapitation de la résistance sahraouie. Parce qu’en définitive, qu’importe qu’ils aient pu faire - ou non - ce dont on les a accusé, la question n’est pas là.

Et à part ça ?
Le lendemain de ce verdict, suite à la visite au quai d’Orsay français du représentant spécial de l’ONU dont l’objectif est de trouver une solution avec les pays amis du Sahara Occidental, la France s’affirme comme le meilleur ennemi.
Dans le communiqué du quai d’Orsay, la France de François Hollande écrit noir sur blanc son soutien à la proposition du Maroc d’une autonomie du Sahara Occidental, considérant les sahraouis comme les Azawad au Mali.

On peut se demander qui est l’auteur de la question qui dénote d’une grande méconnaissance de la question sahraouie et de la zone, la réponse elle, est précise, c’est celle de la période Sarkozy.
Et c’est souffrir encore d’un mépris affligeant du droit international.

Parce que le droit international est clair sur la question du Sahara Occidental.
Sont incontestables : la qualification de territoire occupé, l’interdiction de vendre des armes au Maroc, le crime de guerre que constitue le déplacement des colons marocains au Sahara Occidental, la violation du droit international pour chaque recherche, chaque prélèvement d’une ressource naturelle du territoire, poisson, phosphate, sel , pétrole …
Le droit international est clair mais rien ni personne de contraint efficacement le Maroc à le respecter.

Alors ? Que reste t il ?
Finalement pour le Sahara Occidental, rien ne bouge, rien ne change au niveau international. Les petites avancées servent d’écran pour mieux reculer, pour amuser la galerie.
Il reste les millions de dollars ou d’euros que le Roi du Maroc tire des ressources naturelles du Sahara Occidental, il reste la violence arbitraire et la peur pour les sahraouis en territoires occupés, les maladies, la malnutrition pour les Sahraouis réfugiés, l’exil et l’errance… et de nouvelles tortures pour les 21 du groupe de Gdaym Izik.

Il ne reste qu’à être pessimiste.  L’humanité n’a pas atteint son âge de raison et reste enfermé dans une vision intéressée et à court terme.
L’inéluctable explosion du peuple marocain harassé par la dictature, lassé de la mort de ses jeunes, ceux qui veulent construire un autre avenir, entrainera un changement de la situation des Sahraouis.

L’intérêt de la France à rester au Sahel pour surveiller ses intérêts et poursuivre son pillage néocolonial ne pourra se faire sans la bienveillance de l’Algérie. Alors il faudra infléchir les discours sur le Sahara Occidental, il faudra au minimum adopter une réelle neutralité pour approcher le même respect du droit  international que les algériens sur la question sahraouie. Il faudra cesser de soutenir et couvrir les exactions marocaines, de collaborer à main mise de toute l’économie du Maroc par son dirigeant.

Après tant de douleurs infligées à ce continent, on se serait bien pris à rêver d’un meilleur sort pour la dernière colonie d’Afrique… Mais peut-on encore espérer que, comme dans les beaux discours, les valeurs des droits de l’homme et du droit international dépassent un jour les intérêts économiques de nos élites ? Ces intérêts jamais avoués, qui s’éloignent toujours plus des préoccupations du peuple, qu’il soit français, sahraoui, algérien ou même marocain ?

APSO, 24 février 2013


mardi 19 février 2013

Lettre ouverte aux Evêques d'Algérie



Lettre ouverte aux Évêques d'Algérie

J'entends dire, à qui veut bien l'entendre, que le temps de carême est un temps de partage.
 Alors permettez-moi de partager avec vous la proximité d’une souffrance, à défaut de partager l'immense misère du monde.
 Permettez-moi de partager pendant quelques minutes de votre temps des  années passées dans les camps de réfugiés Sahraouis, dans cette partie du désert évitée des nomades, où cependant trois générations se partagent presque 40 ans d'exil.
Permettez que nous partagions  au moins pour information et par empathie ces conditions climatiques inimaginables si on ne les vit pas, ces maladies chroniques que les mesures alimentaires déséquilibrées d'urgence finissent par installer, cet espoir d'une solution pacifique et juridique qui s'amenuise d'années en années au point qu'il ne pourrait bientôt plus se partager ;
Et cette souffrance, sous leur fierté cachée, tant et si bien qu'elle a sans doute tant de mal pour cela, à être partagée.
Permettez que nous partagions l'injustice d’une centaine de  résolutions juridiques internationales admises mais non appliquées pour la libre détermination de leur avenir, mais également l'injustice de procès d'exceptions bafouant les mêmes résolutions et règles internationales et condamnant des militants des Droits de l'Homme de 20 ans de réclusion à perpétuité par des aveux signés de leurs empreintes, yeux bandés lorsqu'ils refusent de le faire par écrit sous la torture.
Et nous, à quel tribunal appartenons-nous pour condamner les enfants qui continuent de naître dans les camps ?
Pouvons-nous admettre et partager cette détermination de l'avenir d'un peuple?
Notre part offerte du partage n’est elle donc que cet assourdissant silence et cette lâcheté des « grands de ce monde », une part séparatrice comme ce mur et ce champ de mines qui divisent un même peuple ?
Nous avons divisé, colonisé, « dévelopillée » l’Afrique selon nos notions de partage et de profits confusément mêlées. Le Sahara Occidental, dernière colonie d’Afrique en est l’exemple. Aujourd’hui l’humanitaire tente de  réparer les conséquences de ces fautes quand il n’est pas instrumentalisé par ceux qui les commettent.
Faudra t’il continuer d’échanger indifférence contre souffrance ou de partager solidarité et espoir ?
Permettez que nous partagions quelques instants d’un carême, non de 4O jours, mais de bientôt 40 années au désert.
 Mon amie Nuena, femme sahraouie, un jour m’a  dit : « Quand tu lis, tu oublies. Quand tu entends, tu oublies. Mais si tu vois, tu n 'oublies jamais ». C'est pourquoi vous êtes les bienvenus au milieu du peuple Sahraoui, invités à découvrir et voir la vérité, invités à la déclarer ensemble. Ces quelques signes de partage sont à votre portée, à la portée de tous ; quelques jours passés dans les familles de réfugiés, témoigner de cette petite vérité vécue, rester éveillés à leurs côtés…
…Pour avoir entendu et compris que le temps de carême est un temps de partage.

Jean-François Debargue
Secrétaire Général de Caritas Algérie
Alger, le 18 février 2013 

Publié par APSO avec l'autorisation de l'auteur

samedi 12 janvier 2013

L'oasis de la mémoire, présentation en français

L'oasis de la mémoire, Mémoire historique et violation des droits au Sahara Occidental

« Dans ce travail de recherche, synthétisé dans le rapport « l’Oasis de la mémoire », le Dr. Carlos M. Beristain essaie de récupérer la Mémoire Historique et la situation des droits de l'homme au Sahara Occidental, développant un point de vue selon la méthodologie des Commissions de la Vérité dans lesquelles il est intervenu, selon la démarche psycho-sociale que le Dr Beristain a apportée au REMHI (Projet de Récupération de la Mémoire Historique) au Guatemala, ayant recueilli des témoignages directs des victimes » (Adolfo Pérez Esquivel, Prix Nobel de la Paix).

Ce rapport analyse de graves violations des droits de l'homme sur la population sahraouie, depuis 1975 jusqu'à aujourd’hui. Il est basé sur une étude de 261 cas et interviews de victimes sahraouies avec une méthodologie de travail de terrain semblable à celle suivie par des projets de Mémoire Historique et des Commissions de la Vérité dans différents pays du monde.

Ce rapport est divisé en deux tomes. Le premier inclut une analyse des violations des droits de l'homme, à travers des cas individuels et collectifs à différentes périodes historiques :
- bombardements de la population civile comme celui d'Um Dreiga
- pillages et déplacement forcé de la population nomade
- exécutions extrajudiciaires et fosses communes
-  disparitions forcées, aussi bien les disparitions temporaires dans les centres clandestins que les disparitions forcées jusqu'à aujourd’hui; pratique de la torture
- détentions arbitraires et usage excessif de la force contre la population qui revendique ses droits, spécialement à partir de l'Intifada de 2005
- et quelques cas emblématiques comme le démantèlement du campement de Gdeim Izik en novembre 2010.
De la même manière, on analyse le modus operandi de la violence pratiquée sur la population civile sahraouie pendant 37 ans et les mécanismes qui l'ont rendue possible.

Le deuxième tome aborde l'impact que ces violations ont représenté pour les victimes, d'un point de vue individuel et familial, en incluant une vision des enfants, filles et garçons, ainsi que l'impact sur les femmes et la violence sexuelle.
Sont également analysées les manières dont les victimes ont fait face à cette violence. Finalement sont abordées les demandes de vérité, de justice et de réparation des victimes en personne en relation avec les standards internationaux, l'expérience internationale comparée et les réponses données jusqu'à présent par l'État du Maroc.
L'étude se concentre sur la situation des victimes dans le contexte du Sahara Occidental ainsi que dans les campements de réfugiés à Tindouf, incluant les différences de genre et le type de violations subies.

Dans le résumé (édité en anglais et en espagnol) sont incluses les données de l’étude psycho-sociale quantitative, les références juridiques les plus importantes ainsi que la liste des personnes interviewées.
La valeur de ce travail réside, précisément, dans la force et la véracité des témoignages des victimes de violations de droits de l'homme interviewées. Ces témoignages font partie de la mémoire historique d'un peuple nomade qui n'a pas été écouté pendant toutes ces années de résistance, de dépouillement et de refuge.

Ce n'est pas une vérité soumise à l'intérêt politique. C'est une histoire qui doit être écoutée et tenue en considération pour la recherche d’issues au conflit, la gouvernabilité de la région et le respect des droits de l'homme au Maghreb. Ce mémoire ne concerne pas seulement le passé ou le présent. Cette étude présente une urgence pour un avenir différent, où la population sahraouie ne sera pas soumise à la violence parce qu’elle pense différemment ou qu’elle exprime ses idées. La valeur de ce mémoire est la transformation de la vie. Le sens de la mémoire est de transformer la vie. Ce rapport est dédié aux victimes et aux survivants sahraouis qui l'ont rendu possible grâce à leur courage et à leur générosité.

Les deux volumes ainsi que les résumés en anglais et espagnol peuvent être téléchargés respectivement ici : http://publicaciones.hegoa.ehu.es/publications/281 et  http://publicaciones.hegoa.ehu.es/publications/284

El Oasis de la Memoria: Memoria Histórica y Violaciones de Derechos en el Sáhara Occidental
Tomo I, II y Resumen , Carlos M. BERISTAIN et Eloisa GONZALEZ HIDALGO. Bilbao, Hegoa, 2012 3vol; 24cms, 978-84-89916-72-2, Español.

Présentation traduite en français par APSO, publication autorisée par les chercheurs

jeudi 8 novembre 2012

Depuis Gdaym Izik, le Maroc triche toujours plus


Petit tour d'horizon pour le deuxième anniversaire, ce 8 novembre 2012, de la destruction de la manifestation populaire et pacifique de Gdaym Izik au Sahara Occidental occupé.
Plus de 20 000 Sahraouis étaient sortis de la ville pour protester contre l'occupation de leur terre par le Maroc et son cortège hélas banal de tentatives multiples pour les détruire, par la marginalisation et les discriminations, la violence et les assassinats. Le village de tentes s'était organisé démocratiquement, les Sahraouis goûtaient pour certain pour la première fois à la sérénité de pouvoir se dire Sahraoui sans avoir peur. C'était le premier soulèvement de cette envergure des pays arabes contre la dictature, le despotisme. Les chercheurs l’ont dit, et les pays arabes ne l'ont pas ignoré, ils ont pris feu à la suite.

Depuis ce mois de manifestation en 2010, les rafles, arrestations arbitraires, meurtres sur les Sahraouis se sont multipliés au Sahara Occidental, des oeuvres du Maroc.
Les 23 civils sahraouis, défenseurs des droits du peuple, gestionnaires du campement, journalistes, sont en prison militaire depuis bientôt 2 ans, sans inculpation ni jugement, en toute illégalité.
Les casques bleus de l'ONU présents sur place n'ont toujours pas l'ordre de protéger les Sahraouis, ils assistent comme nonchalant aux attaques féroces sur les manifestations pacifiques presque quotidiennes...
M. Christopher Ross, envoyé spécial de l'ONU, est venu pour la première fois à El Aaiun, la semaine dernière, faire le bilan des 5 années de négociations qu'il a conduites.
Et pendant qu'il rencontrait notables ou associations à El Aaiun, les policiers chargeaient, et blessaient les manifestant(e)s et les passant(e)s, saccageait les maisons des militants.
De sa visite avec le roi, qui ordonne la répression, et de son discours, adressé aux peuples marocains et sahraouis, il reste une vidéo visiblement censurée, dans laquelle l'essentiel est tronqué. Une nouvelle mise devant le fait accompli, nouvelle preuve de la partialité de la presse marocaine. Un acte qui a marqué en quelques minutes, quand le démenti et rectificatif prendra des semaines et sera probablement escamoté.

Ce jour de commémoration, les sahraouis pansent leurs coeurs au souvenir des disparus, et leurs plaies pour les coups reçus aujourd'hui quand ils ont voulu crier leur fierté d'être Sahraouis.
À El Aaiun, à Guelmim, les Sahraouis ont manifesté et la police marocaine a chargé. Beaucoup de femmes, de vieillards, des enfants sont blessés, ce sont des proies faciles. Un journaliste a été attrapé, frappé, insulté et laissé salement blessé à l'extérieur de la ville selon une méthode habituelle des policiers marocains.
Les Européens venus en visite ont été expulsés hier d'El Aaiun, et certains n'ont même pas pu approcher de la ville.  4 politiciens norvégiens voulaient entendre les Sahraouis sur la question de la pêche, et une quinzaine d'espagnols voulaient être présents sur place pour ce jour anniversaire.

L'impunité et l'arrogance du gouvernement marocain est flagrante. Le programme malhonnêteté au Sahara Occidental est en route, sans que rien ne le fasse dévier. Ross désavoué par le Maroc, soutenu par la communauté internationale dans sa fonction, a accompli ce qu'il avait annoncé, venir sur place. Un avertissement au Maroc ? peu importe. Le programme a été retardé de 6 mois.
Les actions du Maroc en sont à un point de provocation qui dépasse la compréhension, sauf - à suivre les estimations de WSRW-, si l'on considère les 200 millions de dollars gagnés sur les phosphates volés à la terre sahraouie par le colonisateur pour la même période de 6 mois. Combien de millions de dollars pour la pêche, le sable, le sel, les fruits et légumes arrivés tout droit dans les poches du roi, de ses généraux et de quelques complices étrangers ?

La prochaine visite de Ross en France pourrait peut-être permettre à notre pays de redorer son blason, si le chef de l'état choisissait de respecter le droit international et ses promesses électorales. Du changement dans la France Afrique ?
La question des millions tirés des ressources naturelles est aussi une question de droit international. Ce vol est illégal, comme la violence et la déportation de colons. L’ONU, L’Union Africaine, l’Europe l’ont dit, les actes doivent suivre les paroles. À l’heure où la Suède s’apprête à reconnaître la République Sahraouie, il est plus que temps.

APSO, le 8 novembre 2012

samedi 4 février 2012

Sahraouis et Marocains, un même oppresseur soutenu par la France

La France politique soutient les lointains peuples libyens, syriens à grand renfort de déclarations.
Mais la France politique est sourde aux souffrances des Sahraouis, à 2000 km.

Alors que les eurodéputés ont reconnu la légitimité des revendications juridiques des Sahraouis sur leur terre et ses ressources naturelles, par le rejet de la prolongation de l'accord de pêche UE-Maroc, la France risque de recommencer la même erreur de positionnement envers les peuples Sahraoui et Marocain que lors du soulèvement populaire tunisien. Même erreur qui entraînera la même conséquence : la mésestime de la France par les Peuples en lutte.

La France ignore les Sahraouis, et concourt à les détruire par une partialité complice. Cette ignorance maintes fois décriée n'est paradoxalement pas nouvelle, et persiste malgré les massifs soulèvements sahraouis, comme la manifestation de Gdaim Izik d’octobre et novembre 2010.

Mais la France ignore aussi le formidable mouvement marocain du 20 février, ses morts violentes et immolations de désespoir. Ce mouvement du peuple marocain parviendra un jour à se débarrasser du régime féodal et dictatorial en place, ce roi soutenu par l'hexagone pour des intérêts néocoloniaux évidents. Le peuple jettera hors de chez lui tous les profiteurs de main d'œuvre pas cher et autres cautionneurs d'inégalités et de corruption massive, de détournement de l'argent public national et international.

Les tortures physiques et psychologiques sont quotidiennes au Sahara Occidental, ou sur les prisonniers politiques sahraouis incarcérés au Maroc.
Le colonisateur marocain pratique les petites mesquineries domestiques comme l’interdiction pour les Sahraouis de prénommer leurs enfants de prénoms vénérés comme Aminatou ou Elouali, l’interdiction de parler hassanya à l’école, ou pour les hommes de porter des chèches ou des vêtements kaki.
Il y a aussi les pratiques inhumaines caractérisées, quand 23 civils sahraouis sont emprisonnés et torturés depuis plus d’un an en attente d’un procès devant la cour militaire. Ils ont fait partie du groupe des négociateurs avec les autorités marocaines lors de la manifestation de Gdaim Izik, ou ils ont transmis des informations sur ce qui se passait pendant cette période d’intense ébullition qui s’est soldée par une démonstration de la violence de l’occupation marocaine. Discuter démocratiquement, communiquer les informations aux familles et amis est donc aussi interdit.

Le peuple marocain est aux prises avec le même oppresseur qui ne renouvelle pas ses méthodes, sus les yeux d’une communauté internationale sourde à ses appels à l’aide. Des jeunes Marocains sont eux aussi actuellement emprisonnés arbitrairement, torturés, condamnés à mort, tués … le couvre-feu a été décrété à Taza. Tout cela avec ce qui ressemble à la complicité de la cécité de la France, meilleure amie du Roi, meilleure ennemie des peuples.

Il est à craindre dans le désordre et l'absence de clairvoyance politique actuelle, que la France joue à nouveau un rôle aberrant lorsqu'il s'agira pour l'ONU en avril de renouveler le mandat de la Minurso.
Cette mission onusienne chargée de surveiller le cessez-le-feu entre le Maroc et le Polisario, front armé de libération du Sahara Occidental, n'a pas pour mandat de surveiller tout ce qui concerne les droits humains et leurs violations dans cette situation larvée de "ni paix, ni guerre".
En avril, les pays du monde se prononceront sur la prolongation de la présence de la Minurso, et sur la définition de son rôle. Il est à souhaiter que la France, membre permanent du conseil de sécurité, et membre du groupe de « amis » du Sahara Occidental ne mettra pas à nouveau sa dignité de pays des droits de l’homme en berne, au point de refuser l'adjonction d’une mandat surveillance des droits humains à la mission.

La bataille de la campagne présidentielle française ne devra pas s’affranchir de ce point incontournable qu’est notre responsabilité dans la décolonisation inachevée du Sahara Occidental, ni occulter les conséquences éthique et économique que cela a jusque dans nos foyers.

APSO, le 4 février 2012


mardi 6 décembre 2011

"L'autre côté du mur", les indignés du désert...

"L'autre côté du mur" est un nouveau film documentaire sur le Sahara Occidental.

A suivre les Sahraouis nous confiant leur histoire, ou les images des derniers mouvements massifs de résistance, nous découvrons comment plus de 35 ans de lutte du peuple Sahraoui ont mené au tout premier soulèvement du Printemps Arabe.

Dernière colonie d’Afrique, le Sahara Occidental voit depuis 35 ans sa population coupée en deux. D’un côté, les Sahraouis vivent sous l’occupation marocaine, sans aucune liberté d’expression et confrontés à la violente répression du régime ; de l’autre, plus de 165.000 réfugiés subissent l’exil en survivant dans les campements de réfugiés de la région de Tindouf en Algérie.
Séparées par un mur de sable de 2700 km érigé par le Maroc, les familles sahraouies ne perdent pourtant pas l’espoir d’être un jour réunies pour pouvoir exercer leur droit : celui à l’autodétermination.

Fin 2010, les Sahraouis se réunissent à Gdeim Izik en territoires occupés, pour un mouvement de protestation historique. Un soulèvement qui sera le premier du “Printemps Arabe”.
Le film donne la parole aux Sahraouis pour qu’ils nous racontent l’Histoire de leur pays, son passé, son présent et l’espoir qu’ils placent dans l’avenir. Des deux cotés du mur, les témoins et les acteurs de l’Histoire Sahraouie nous emmènent à la rencontre des indignés du désert.

"L'autre côté du mur", 2011, 49 minutes, réalisation Denis Véricel, production APSO, est disponible.
Pour voir la bande annonce, les autres informations utiles, rdv sur http://lautrecotedumur.wordpress.com

Pour tout renseignement concernant les projections publiques, projections-débats, pour les commandes du DVD du film, ...
Envoyez nous un message à : lautrecotedumur(@)yahoo.fr
ou à l'adresse mail d'Apso : apsolument(@)yahoo.fr (Les parenthèses sont à ôter)

Le DVD est disponible aux amis à 10 € l'unité + les frais de port pour l'envoi en France (1,45 €)
Paiement par chèque ou virement :
Compte APSO, Crédit Mutuel
IBAN : FR7610278073130002019410194, BIC ou Swift : CMCIFR2A

Pour les envois en nombre, voir les détails des frais de port ici http://ap-so.blogspot.com/p/lautre-cote-du-mur-le-film.html

jeudi 10 novembre 2011

Sahara Occidental, la guerre des pierres


À El Aaiun, au Sahara Occidental occupé, alors que les services municipaux de ramassage des ordures ne font plus leur travail depuis de nombreux mois, laissant cette fonction de la collectivité aux initiatives individuelles, d'autres fonctionnaires du royaume, policiers et miliaires, se montrent très actifs et caillassent les Sahraouis pour les empêcher de rester dans les rues.
Voir http://youtu.be/qLziWmOJwW0 édifiant à partir de la 6ème minute, et http://youtu.be/pXg-Z6LU-kA idem à partir de la 2ème minute.

Les rues sont donc autorisées aux ordures mais pas aux Sahraouis. Si cette politique qui semble s'être instaurée depuis un an est un défi à la propagande angéliste du Maroc sur le territoire occupé, c'est aussi une technique inédite de promotion du tourisme !

Les terrains vagues couverts de poubelles jalonnent la ville occupée autant que les débuts de constructions en parpaing toutes identiques qui témoignent de la volonté effrénée du Maroc d'attirer toujours plus de colons marocains dans ce désert qu'ils n'apprécient que pour les subventions qu'on leur donne pour s'y installer.

Pour les touristes non avertis, le Sahara Occidental est un territoire non autonome, la dernière colonie d'Afrique, qui attend qu'aboutisse le processus de l'autodétermination de son peuple originaire, le peuple Sahraoui. Le Sahara Occidental n’est pas le Maroc.

Les Marocains qui y vivent, et qui par pan-Sahraouisme peuvent s'affirmer sahraoui et porter les vêtements traditionnels, sont des instruments de la colonisation, déplacés là en pleine infraction à la légalité internationale.

Les tonalités orangées des murs des bâtiments, - couleur de crépis imposée de force par les autorités -, comme les places publiques en carton-pâte digne des cartes postales, sont des mirages proposés aux crédules, pour démontrer la bienveillance des autorités coloniales. Cela n'a cependant pas de rapport avec les immenses profits que le roi, ses généraux, les invités étrangers de marque, les entreprises marocaines, espagnoles, françaises... tirent directement ou indirectement des ressources naturelles volées à la terre sahraouie, contre la volonté du peuple.

Bien sûr, les choses dites ne sont pas les choses écrites, et les mensonges ont des impacts plus durables que la réalité qui se doit de se démontrer… alors il faut lire entre autres, l’avis du conseil de sécurité de 1975 et la déclaration 34/37 de l’ONU en 1979 :
"L'Assemblée générale [...] déplore vivement l'aggravation de la situation découlant de la persistance de l'occupation du Sahara occidental par le Maroc et de l'extension de cette occupation au territoire récemment évacué par la Mauritanie"…

Dans notre 21ème siècle, il reste une colonie en Afrique, la Sahara Occidental. L’Espagne son ancien colonisateur n’assume pas la responsabilité de l’administration qui lui échoit, pas plus qu’elle n’est cohérente dans son attitude avec le Maroc qui a colonisé partiellement le territoire à partir de 1975.

Les sahraouis vivent dans des campements de réfugiés, ou sous l’occupation avec ses violences quotidiennes. En territoires occupés, ils résistent contre le colonisateur quand la valse des diplomaties internationales ne démontre que leur inefficacité. Ils ripostent à coups de pierres au caillassage débridé des autorités.

APSO, le 10 novembre 2011

mardi 8 novembre 2011

Il y a un an, le Maroc attaque Gdem Izik, c'est la guerre civile à El Aaiun

Le 8 novembre 2010, au Sahara Occidental, les autorités marocaines lancent l'assaut contre un village de 7000 tentes dans lesquelles dorment des civils sahraouis, femmes enfants et vieillards.
20 000, 30 000 sahraouis s'étaient rassemblés dans le désert à proximité d'El Aaiun pour protester contre la confiscation de tous leurs droits dans leur pays occupé, dont celui primordial à l'autodétermination.

L'attaque a été d'une violence sans commune mesure, doublée d'un blocus sur la ville empêchant les familles sahraouies de venir secourir les leurs. Les colons marocains ont surenchéri à la violence, comme dans le plus mauvais des scénarii d'une occupation armée. Les scènes de guerre civile qui ont suivi ont laissé des traces encore visibles aujourd'hui sur la ville occupée.

Lors de l'attaque du campement par toutes les forces répressives marocaines associées, ce sont les postes de surveillance qui ont été d'abord neutralisés.
Parmi les jeunes hommes qui composaient les équipes de protection, Lfrir Kaziza, 21 ans, explique aujourd'hui comment la violence s'est déchaînée sur lui et ses compagnons, le 8 novembre avant l'aube et les jours suivants.

Les blessures et tortures que lui ont infligé les militaires marocains, restées sans réels soins depuis un an, le font souffrir constamment surtout après qu’il ait été récemment roué de coups par la police. Mais aller à l'hôpital pour les Sahraouis, c'est risquer d'y être refusé ou enlevé, torturé par les forces répressives marocaines.


Si c'est aujourd'hui le bras en écharpe de Lfrir qui attire l'attention, la douleur qui lui fait perdre connaissance quand il s'agit de changer ses bandages, l'insensibilité dans sa main qui semble morte, on remarque aussi ce qu'il tait. Une boiterie dont il dit finalement que c'est une autre trace de violence de la police marocaine, dans une bataille précédente pour l'indépendance de son pays.

Il est amaigri, fragile et comme aiguisé, mais la conscience de son identité sahraouie, l'aspiration à la liberté de son peuple, pour laquelle il agit depuis son adolescence ont lentement forgé une force qui dépasse sa souffrance, et qui le pousse à agir, et à oser parler aussi.

Lire ci-dessous son témoignage.

APSO, le 8 novembre 2011

Témoignage de Lfkrir KAZIZA

Je suis né le 15 octobre 1990 à El Aaiun, au Sahara Occidental occupé, j’ai 21 ans.
J’habite Avenue Smara, quartier Qouts, El Aaiun

En 2005, j’ai participé à l’intifada. J’étais dans les manifestations au collège et toutes les manifestations dans la rue. Je n’étais pas connu de la police marocaine qui ne m’a jamais attrapé.

En 2008, tous les Sahraouis ont commencé à parler de la question sahraouie : des violences et de la revendication pour l’autodétermination.
J’étais en 4ème dans un collège public, et j’ai été exclu de l’école.
Je participais puis j’organisais les manifestations dans mon école depuis 2005. On appelle ça les manifestations scolaires.
Je faisais aussi les drapeaux sahraouis sur les murs de la ville, mais personne ne savait que c’était moi.
La police venait régulièrement me chercher à l’école parce que je participais aux manifestations dans les rues et je me sauvais à chaque fois.
Une nuit, je suis entré dans l’école pour descendre le drapeau marocain et le remplacer par le drapeau Sahraoui. Le directeur m’a vu.
Ensuite il m’a convoqué pour me dire que j’étais exclu. J’ai demandé un document pour changer d’école, ce que le directeur m’a remis. Mais aucun directeur des autres écoles n’a accepté de me prendre.

Depuis que je suis jeune, je suis musicien, je joue de la guitare et je chante dans un groupe avec des amis.
Après 2005, nous avons écrit et composé des chansons pour la résistance et l’intifada.
Nous avons enregistré les chansons et filmé. Nous les avons mises sur youtube, et les Sahraouis se les transmettaient par leurs téléphones. Beaucoup de Sahraouis connaissaient nos chansons qui parlaient de la révolution, du pays, de chaque actualité, des événements de la lutte, comme Aminatou Haidar, les violences sur les militants…

En octobre 2010, je suis allé avec les premiers qui ont planté la tente à Gdem Izik. Nous avons planté la tente avec des amis.
Quand les familles ont commencé à être nombreuses, j’ai appelé ma mère qui est venue aussi avec la famille.
Je participais à l’organisation de notre campement et ma fonction était la surveillance du barrage des Marocains. Je faisais aussi les patrouilles qui surveillaient les alentours du camp pour la sécurité des femmes, des enfants et des vieux dans le camp.

La nuit d’avant l’attaque du campement par les forces de sécurité marocaines, j’étais de garde pour la sécurité d’une partie du campement.
Les Marocains nous ont attaqué en premier avant d’entrer dans le campement.
Nous étions 4 jeunes sahraouis, les soldats marocains sont arrivés dans deux camionnettes pour nous frapper et nous emmener dans les voitures.
A ce moment-là, j’ai été frappé violemment à l’épaule, avec la crosse d’une Kalachnikov.
La voiture dans laquelle j’étais et beaucoup d’autres sont allées dans le désert. Nous avons su après qu’il y avait une immense manifestation dans El Aaiun.
Dans le désert, nous sommes restés jusqu’à 16h.
Les soldats m’ont accroché les mains et bandé les yeux, et dans la voiture, ils m’ont frappé avec leurs mains leurs pieds, les matraques.
Il y avait 8 soldats pour me battre, j’étais tout seul, et je ne savais pas ce qui se passait pour mes amis. J’ai su après que c’était la même chose pour eux.
Ils m’ont battu jusqu’à ce que je perde connaissance. Je me suis réveillé dans le bâtiment dans lequel je suis resté au secret pendant 20 jours. Ma famille pensait que j’étais mort.

Ce bâtiment, je l’ai reconnu en sortant, il est avenue de Smara, proche de la caserne militaire, et c’est un orphelinat qui n’a jamais été en service. Un bâtiment vide d’habitude mais nous savons que c’est un endroit où les militaires de renfort sont hébergés et cachés quand il y a la guerre ici (les manifestations).

Dans le bâtiment où j’étais retenu, j’étais dans un groupe de 40 personnes. Nous étions dans une petite pièce. Chaque jour à partir de 6h du matin, les soldats venaient nous chercher par 5 pour nous emmener et nous torturer pendant 1 à 2 h.
Tous les jours j’ai été torturé d’une manière différente. J’étais blessé à l’épaule droite, je n’avais pas été soigné et j’avais très mal.
J’ai été brûlé avec les cigarettes et suspendu et battu dans la position que nous appelons le poulet en méchoui.
Un jour, on m’a conduit dans une pièce dans laquelle des cordes descendaient du plafond.
Les soldats m’ont demandé à quelle épaule j’étais blessé et j’ai répondu en pensant que c’est par l’autre qu’ils voulaient me suspendre.
Pendant 7 heures, ils m’ont suspendu par le bras de mon épaule blessée et ils m’ont frappé jusqu’à ce qu’elle casse. Les os de ma clavicule sont sortis de ma peau et l’os de mon bras s’est détaché de mon épaule.

J’ai été libéré au bout de 20 jours, le 28 novembre 2010. Ils m’ont conduit jusque ma maison, les yeux bandés. Après la libération d’un premier groupe 15 jours après Gdem Izik, ma famille avait appris que j’étais dans ce lieu.
Je suis allé tout de suite à l’hôpital, mais il était plein de militaires qui m’ont empêché d’entrer.

Je suis retourné à l’hôpital deux semaines après parce que mon bras était tout bleu et très gonflé.
Le médecin a dit qu’il ne pouvait rien faire d’autre que me couper le bras, et qu’il fallait que j’aille chercher une autre solution ailleurs.
Je suis retourné plusieurs fois à l’hôpital et on m’a toujours dit la même chose.
J’ai décidé de rester à la maison et d’utiliser les médicaments sahraouis : dsem et el hemera. C’est comme une crème qu’on fait avec des herbes et de la terre, et qu’on m’a mis tous les jours sur mon bras et mon épaule avant de bander.
Les hématomes et les gonflements sont petit à petit partis. Mais l’épaule était toujours cassée.
J’ai peur d’aller à l’hôpital parce que qu’un ami y a été attaqué par la police qui a essayé de le tuer. D’autres amis y ont été frappés et torturés par la police marocaine.

C’est un ami infirmier qui m’a soigné. Mon bras est bandé. Mon épaule et mon bras sont immobilisés depuis un an. Le bandage sert à me protéger du froid.
Petit à petit j’ai perdu la sensibilité dans mon avant-bras et dans ma main droite. Maintenant je ne peux plus rien attraper ni rien faire avec ma main droite. La douleur est toujours très forte dans mon épaule.

Il y a une semaine, la police m’a attrapé et m’a frappé à nouveau sur tout le corps.
Nous avons fait une manifestation dans la cour de notre école avec tous les étudiants pour fêter le retour du prisonnier politique El louali Amaidan. Au début il n’y avait que nous puis tous les Sahraouis des environs sont arrivés.
J’ai fait monter le drapeau sahraoui et nous avons crié les slogans pour l’indépendance.
La police est arrivée et tout le monde a essayé de fuir. Les élèves sont entrés dans les classes et ceux qui n’étaient pas étudiants sont sortis en courant de l’école.
La police m’a attrapé et conduit au grand commissariat. Je suis resté là 1 jour et demi. Les policiers m’ont frappé avec la nouvelle arme qu’ils utilisent. Une grosse matraque en bois.
Ils m’ont interrogé pour savoir pourquoi nous étions calmes depuis un an et que maintenant nous faisons des manifestations.

La douleur à mon épaule est devenue plus forte après les coups. C’est difficile de changer mon bandage. Il m’arrive de perdre connaissance dans la journée.

Je n’ai pas le droit d’étudier, ni de travailler. Le Maroc occupe mon pays par la force. Plutôt lutter et risquer la mort plutôt que de ne rien faire.

Recueilli par APSO Sahara, le 21 octobre 2011, à El Aaiun.

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