Affichage des articles dont le libellé est Territoires occupés. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Territoires occupés. Afficher tous les articles

mercredi 9 octobre 2013

"Le temps qui passe profite aux Sahraouis"

Deux fois à cinq ans d'intervalle, j'ai entendu cette phrase d'un haut responsable, conseiller du Président Sahraoui. C’était sa conclusion face à des délégations internationales. Deux fois de trop. Outre le fait que ces propos peuvent conforter les dites délégations dans leur immobilisme, ils sont insoutenables pour ceux à qui ils sont vraiment adressés, ceux qui sont concernés ! L'image romantique du nomade capable d'endurer les pires traversées du désert ne peut justifier la lente disparition programmée d'un peuple par ceux à qui profitent vraiment ce temps qui passe !

À ce peuple, chaque jour pillé de ses ressources, le temps profite t’il ?
À ces manifestants des territoires occupés, arrêtés, torturés, le temps profite t’il ?
À ces familles séparées, déchirées, entre camps et territoires occupés, le temps profite t’il ?
À ces femmes des camps, anémiées au point de ne pouvoir porter ou donner la vie, sans le risque de la mort ou du handicap, le temps profite t’il ?
A tous ceux qui endurent les conséquences chroniques alimentaires, sanitaires et morales de ce damné défilé d’années, le temps profite t’il ?
À cette deuxième génération née dans les camps, n’ayant que la mémoire transmise pour nourrir l’espoir, le temps profite t’il ?
À ces prisonniers iniquement condamnés à 20, 30 ans ou à perpétuité, dans ces procès fabriqués et d’un autre temps, le temps profite t’il ?

À tous ceux-là, ce proche de celui qui fut le premier secrétaire et dirigeant emblématique du peuple Sahraoui mort sans avoir profité du temps qui passe, à tous ceux-là, peut-il oser dire face à face, les yeux dans les yeux : « Le temps qui passe profite aux Sahraouis ».

Le temps profite au colonisateur, le temps profite aux multinationales, le temps profite aux pays complices, le temps profite à l’Onu et à ses agences « humanitaires », le temps profite à bon nombre d’ONGs, le temps profite à l’absence de solution comme résolution possible de ce conflit Sahraoui, oublié avec obstination depuis 38 ans.

Pour que le temps qui passe profite vraiment aux Sahraouis, il faudrait installer les négociateurs dans les conditions des personnes qu’ils prennent en otages dans ces tentes en plein désert et ne leur permettre d’en sortir qu’une fois la solution trouvée. Il ne faudrait pas alors 22 ans pour mettre en place le référendum promis par l’Onu.

Pour que le temps qui passe profite vraiment aux Sahraouis, il ne faudrait pas qu’il soit « gelé » par l’inertie fonctionnelle machiavélique du système de veto ou d’abstention d’un état  membre du conseil de sécurité, bloquant toute possibilité d’avancée. Le système onusien est une garantie de gel, et sa devise est : « Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre ! »
 
La perfusion humanitaire s’apparente aujourd’hui à un soin de confort palliatif. L’espoir finit par se dissoudre dans ce temps qui passe. Je partage malheureusement cette impression avec de plus en plus de personnes impliquées depuis suffisamment d’années pour se rendre compte  que le temps qui passe profite à ceux à qui le crime profite !

JF Debargue - Camp de réfugiés d’El Aaiun - Octobre 2013 
Publication APSO autorisée par l'auteur.

 Photo JFD

mardi 7 mai 2013

Il se passe quelque chose au Sahara Occidental


Il se passe quelque chose au Sahara Occidental.
Quelque chose qui gonfle doucement dans le silence habituel des médias de chez nous.
Le conseil de sécurité a refusé à la mission de l’ONU de surveiller la sécurité des Sahraouis dans leur pays occupé. La Minurso qui doit organiser le référendum au Sahara Occidental, malgré tous les appels d’ONG et même de gouvernements, ne sert donc à rien.
La démonstration est faite que le Maroc l’a phagocytée et totalement affaiblie dans la partie que le royaume occupe. Les Sahraouis semblent l’avoir compris. 

Le jour suivant la décision de l’ONU, ils ont manifesté en comité de la taille habituelle - moins d’une centaine de militants - pour protester contre la décision, et le Maroc a agit avec son arrogance habituelle en cognant sur les Sahraouies et Sahraouis. Résultat une quarantaine de blessés.Le régime marocain a parié comme d’habitude sur l’efficacité de la frayeur populaire des sahraouis d’être torturés ou assassinés, crainte distillée patiemment et avec persévérance depuis l’invasion militaire du territoire en 1975 par des actes de ce niveau de barbarie sur tous, y compris femme et enfants.

Suite à cette manifestation, la presse du royaume a publié des communiqués disant que des policiers avaient été blessés, seulement des policiers. La méthode habituelle, elle aussi, de la propagande marocaine, crier qu’on est victime quand on vient de frapper. Avec quelques clés de lecture, les choses se simplifient, et jusque là rien de nouveau. 

Mais dans le désert il y a des grains de sable et parfois ils viennent gripper la machine.
Quel est le plus important des paramètres, et quels sont ceux qu’on ne sait pas encore ? Est-ce important finalement… 

Les USA ont soutenu l’importance de la surveillance des droits de l’homme, et, le jeu vicieux de la France, de l’Espagne et d’autres ont empêché le passage à l’acte…
Le Maroc a cogné, et, la France a eu une petite phrase pour soutenir le droit de manifester pacifiquement.
Les Sahraouis ont manifesté, beaucoup ont été blessés, et, ils ont recommencé le lendemain plus nombreux, et le surlendemain plus encore. 

A regarder les vidéos de la manifestation du 4 mai, il semble que la peur n’opère plus… parce qu’ils étaient ... 100 selon la police et 10 000 selon la lune si l’on calcule comme en France ? 5000 peut être en fait.
Et pourtant les Sahraouis ont tous vu arriver la nuit comme le jour les convois de policiers marocains, avec pour chacun 15 ou 16  bus d’une vingtaine de place et 2 camions, les convois de jeep et camions militaires aussi.
Alors ? Il se passe quelque chose au Sahara Occidental occupé.
Peut être la répression vengeresse sera-t-elle dans quelques mois sans commune perversité de la part du Maroc. 
Ou peut être que les choses sont consommées, consumées et assumées. La machine est lancée, l’autocensure n’est plus de mise chez les Sahraouis.
Le Maroc crie au loup, les méchants civils sahraouis blesseraient ses vaillants militaires et policiers chargés de défendre l’œuvre colonisatrice… 

Mais ce que l’on voit sur les vidéos qui se multiplient sur internet ce sont des Sahraouis qui crient qui chantent, qui sautent et dansent, qui défilent avec les drapeaux de la république qu’ils considèrent comme la leur, et réclament leur indépendance. Ces hommes et femmes sont sur la route, sur les trottoirs et sur les places de Elaaiun et des autres villes sahraouies occupées.
Ils entravent la circulation - autorisée à 30km à l’heure pour qui n’a pas les moyens des bakchichs -, avec bien moins d’efficacité que les barrages de police qui coupent les boulevards tous les 500 mètres… C’est l’excuse qui justifient les charges de police, l‘entrave à la circulation, et le désordre public. 

On voit aussi les charges des policiers marocains, et leurs replis en formation de défense derrière leurs boucliers. Il est bien possible qu’ils se demandent ce qu’ils font là ces tout jeunes marocains, quand les jeunes Sahraouis s’interposent ou forment des cordons de sécurité autour ou devant eux pour les protéger.

A y réfléchir, lorsque l’on regarde à Smara une petite unité de policiers marocains collés les uns aux autres et accrochés à leurs boucliers, comme effrayés par l’enthousiasme et la coriacité populaire sahraouie en attendant l’arrivée des renforts ;  et que l’on trouve aussi des vidéos des manifestations des jeunes marocains au Maroc les mêmes jours… peut être ces jeunes policiers et militaires devraient-ils remonter sur leurs terres s’occuper de leur révolution, et laisser aux anciens et aux gradés le soin de se débrouiller de la situation explosive qu’ils ont créée au Sahara, et pour laquelle il n’y a plus de soupape de sécurité.

 APSO, le 7 mai 2013



 

samedi 27 avril 2013

L’ONU trahit les Sahraouis


On s’y attendait, finalement la mission de l’ONU chargée d’organiser au Sahara Occidental le référendum d’autodétermination n’a toujours pas la mission de surveiller les droits de humains sur place, soit de veiller à la sécurité du peuple sahraoui, dernier peuple colonisé en Afrique.

Finalement le groupe des amis du Sahara Occidental, dont la France, tout en sachant pertinemment que les Sahraouis sont quotidiennement la proie de violences policières marocaines arbitraires, qu’il reste plus de 500 disparus sahraouis, que le Maroc pille le pays qu’il occupe par la force… a reconduit la Minurso dans son affligeante incapacité à faire quoi que ce soit. Sauf peut être à valider l’immobilité de la situation, et son bénéfice juteux pour le régime colonisateur marocain.

L’aspect cynique de la présente décision de l’ONU c’est la trahison.

L’ONU ne fait concrètement rien d’autre qu’assister au pourrissement de la situation, en donnant aux réfugiés le minimum légal pour ne pas être complice de leur mort d’inanition, et aux Sahraouis des territoires occupés quelques miettes d’espoir ou de rage leur permettant d’échapper à la schizophrénie.

Chacune des précédentes années de bagarre improductive pour que les Sahraouis soient protégés par la Minurso n’avait été qu’un épisode comme un autre de la froide désillusion.

Cette année 2013, l’annonce par les USA - quelques semaines avant l’étude du renouvellement de la Minurso - de leur volonté que les Droits de l’Homme soient activement surveillés au Sahara Occidental a transformé l’événement en un moment cruel.

Il est presque clairement possible de lire maintenant que cette adjonction de la surveillance des droits de l’homme à la Minurso aurait grandement été préjudiciable à un régime dictatorial marocain déjà bien fragile.

S’est donc opéré le choix du sacrifice de la sécurité des Sahraouis pour la préservation d’une dictature vacillante et corrompue.

Le droit international n’étant qu’une expression savante de la logique basique d’un vivre ensemble respectueusement sur notre planète, comment, nous le peuple, supportons-nous encore la trahison de nos dirigeants pour des petits calculs égoïstes et à courts termes ?

Étant donné l’attitude intrinsèquement destructrice de l’homme, le sachant, comment les dirigeants ne sont-ils pas d’autant plus férocement rigoureux sur l’application qui relève de leur responsabilité des principes communs.

Pour ceux qui connaissent la situation, nous en garderons une grande honte d’être complice du message paradoxal crié entre les lignes aux jeunes Sahraouis, « ne comptez que sur vous si vous voulez l’indépendance de votre terre et peuple, et tous les moyens sont bons… ».

En territoires occupés, les armes civiles face à la police marocaine suréquipée et aux méthodes de voyou sont encore le V de la victoire, les cris et les drapeaux… jusque quand ?

L'inconscience internationale pousse à la violence, l'inconnu reste le moment de l'explosion.

APSO, le 27 avril 2013

jeudi 8 novembre 2012

Depuis Gdaym Izik, le Maroc triche toujours plus


Petit tour d'horizon pour le deuxième anniversaire, ce 8 novembre 2012, de la destruction de la manifestation populaire et pacifique de Gdaym Izik au Sahara Occidental occupé.
Plus de 20 000 Sahraouis étaient sortis de la ville pour protester contre l'occupation de leur terre par le Maroc et son cortège hélas banal de tentatives multiples pour les détruire, par la marginalisation et les discriminations, la violence et les assassinats. Le village de tentes s'était organisé démocratiquement, les Sahraouis goûtaient pour certain pour la première fois à la sérénité de pouvoir se dire Sahraoui sans avoir peur. C'était le premier soulèvement de cette envergure des pays arabes contre la dictature, le despotisme. Les chercheurs l’ont dit, et les pays arabes ne l'ont pas ignoré, ils ont pris feu à la suite.

Depuis ce mois de manifestation en 2010, les rafles, arrestations arbitraires, meurtres sur les Sahraouis se sont multipliés au Sahara Occidental, des oeuvres du Maroc.
Les 23 civils sahraouis, défenseurs des droits du peuple, gestionnaires du campement, journalistes, sont en prison militaire depuis bientôt 2 ans, sans inculpation ni jugement, en toute illégalité.
Les casques bleus de l'ONU présents sur place n'ont toujours pas l'ordre de protéger les Sahraouis, ils assistent comme nonchalant aux attaques féroces sur les manifestations pacifiques presque quotidiennes...
M. Christopher Ross, envoyé spécial de l'ONU, est venu pour la première fois à El Aaiun, la semaine dernière, faire le bilan des 5 années de négociations qu'il a conduites.
Et pendant qu'il rencontrait notables ou associations à El Aaiun, les policiers chargeaient, et blessaient les manifestant(e)s et les passant(e)s, saccageait les maisons des militants.
De sa visite avec le roi, qui ordonne la répression, et de son discours, adressé aux peuples marocains et sahraouis, il reste une vidéo visiblement censurée, dans laquelle l'essentiel est tronqué. Une nouvelle mise devant le fait accompli, nouvelle preuve de la partialité de la presse marocaine. Un acte qui a marqué en quelques minutes, quand le démenti et rectificatif prendra des semaines et sera probablement escamoté.

Ce jour de commémoration, les sahraouis pansent leurs coeurs au souvenir des disparus, et leurs plaies pour les coups reçus aujourd'hui quand ils ont voulu crier leur fierté d'être Sahraouis.
À El Aaiun, à Guelmim, les Sahraouis ont manifesté et la police marocaine a chargé. Beaucoup de femmes, de vieillards, des enfants sont blessés, ce sont des proies faciles. Un journaliste a été attrapé, frappé, insulté et laissé salement blessé à l'extérieur de la ville selon une méthode habituelle des policiers marocains.
Les Européens venus en visite ont été expulsés hier d'El Aaiun, et certains n'ont même pas pu approcher de la ville.  4 politiciens norvégiens voulaient entendre les Sahraouis sur la question de la pêche, et une quinzaine d'espagnols voulaient être présents sur place pour ce jour anniversaire.

L'impunité et l'arrogance du gouvernement marocain est flagrante. Le programme malhonnêteté au Sahara Occidental est en route, sans que rien ne le fasse dévier. Ross désavoué par le Maroc, soutenu par la communauté internationale dans sa fonction, a accompli ce qu'il avait annoncé, venir sur place. Un avertissement au Maroc ? peu importe. Le programme a été retardé de 6 mois.
Les actions du Maroc en sont à un point de provocation qui dépasse la compréhension, sauf - à suivre les estimations de WSRW-, si l'on considère les 200 millions de dollars gagnés sur les phosphates volés à la terre sahraouie par le colonisateur pour la même période de 6 mois. Combien de millions de dollars pour la pêche, le sable, le sel, les fruits et légumes arrivés tout droit dans les poches du roi, de ses généraux et de quelques complices étrangers ?

La prochaine visite de Ross en France pourrait peut-être permettre à notre pays de redorer son blason, si le chef de l'état choisissait de respecter le droit international et ses promesses électorales. Du changement dans la France Afrique ?
La question des millions tirés des ressources naturelles est aussi une question de droit international. Ce vol est illégal, comme la violence et la déportation de colons. L’ONU, L’Union Africaine, l’Europe l’ont dit, les actes doivent suivre les paroles. À l’heure où la Suède s’apprête à reconnaître la République Sahraouie, il est plus que temps.

APSO, le 8 novembre 2012

samedi 30 juin 2012

Parce que


 A Tfarrah et aux autres mamans, dépossédées de leur seul bien.


Parce que sa naissance gênait un roi qui pillait son pays, l’enfant n'a pas ouvert les yeux.
Parce que sa naissance accusait une organisation de nations soit disant unies de n'avoir pu offrir à ses jeunes parents que leur propre naissance dans ces mêmes camps, l’enfant n'a pas voulu crier.
Parce que sa naissance dénonçait les conséquences de mesures humanitaires incapables de remplacer  l'application de mesures de justice internationales, l’enfant a cessé de respirer.

Parce qu’années après années, la chronicité des problèmes cumulés rend la naissance et la survie des enfants Sahraouis de plus en plus difficile, et parce que dans le même temps,  le Maroc, la France et l’Union Européenne se partagent illégalement le butin des ressources du Sahara Occidental et dilapident l’espoir dans d’inutiles négociations, cet enfant, comme bien d’autres n’a pu vivre.
Parce que survivre du jour de sa naissance à celui de sa mort dépend de notre vitesse à oublier, sa survie a été de deux jours.
Parce que les fausses couches, les enfants morts nés, les enfants nés qui meurent, les enfants handicapés, les enfants qui survivent, les enfants en retard de croissance, les enfants malades ont fait naitre et vivre l’espoir, à défaut de naitre et de vivre eux-mêmes, normalement.

Parce que je suis de ceux qui pensent qu'un enfant ne doit pas mourir, pour avoir eu la malchance de naître en exil dans le désert du Sahara.
Parce que je suis de ceux qui pensent qu'il ne faut plus placer sa confiance en une personne, fut elle Président de la République française, roi du Maroc, Secrétaire Général de l’ONU, je ne vous demande pas d'intervenir.
Parce que c'est trop vous demander de prendre le parti d'un enfant dont la vie n'aura duré que deux jours, à cause d'une injustice vieille de trente sept ans, qui sert peu ou prou vos intérêts, et qui elle, voit l’avenir avec sérénité.
Parce qu’il est plus facile de bafouer les droits les plus élémentaires, d’emprisonner, de torturer, d’assassiner, même ouvertement, devant une humanité à peine troublée et des organismes impuissants que de respecter la vie d’un enfant.
Parce qu'il est plus facile d'user de son droit de véto que d'essuyer les larmes d'une mère anémiée dans un camp sahraoui.
Parce qu’il est plus important pour toutes les parties concernées de faire de la stratégie géopolitique  et de penser cyniquement qu’il n’est pas de problème qu’une absence de solution ou que le temps qui passe ne puisse finir par régler.
Parce que les responsables des parties concernées par un conflit devraient négocier jusqu’à aboutissement, entourés de leurs familles dans les conditions et lieux d’exil ou de guerre pour en comprendre l’inhumanité et trouver rapidement les solutions.

Parce que, petit garçon, tu ne pourras jamais demander : »Pourquoi ? » ; Moi qui aurait aimé te répondre « parce que… »
Parce qu’aux larmes de tes parents qui supplient « pourquoi ?», j’ai honte de répondre « parce que »…

Jean-François Debargue

30 juin 2012. Publié par APSO avec l'autorisation de l'auteur.

jeudi 26 avril 2012

Quelques droits de l’homme bafoués ne suffisent pas pour l’ONU !

"Et encore une fois pour rien"… se sont rencontrés le Polisario et le Maroc sous l’égide de Christopher Ross, envoyé spécial de Ban Ki-moon pour la résolution du conflit sur le Sahara Occidental. C’était en mars. Pas d’avancées.
"Et encore une fois pour rien "… les Sahraouis et leurs amis ont tenté de faire ajouter au mandat de la Minurso la surveillance des droits de l’Homme, en avril. Pas d’avancées.

La position de la France ne change honteusement pas pour bloquer prise en compte et la surveillance de la violence quotidienne subie pas les Sahraouis en territoires occupés. Et pourtant, dans son rapport au conseil de sécurité pour cette année, le très peu objectif Ban Ki-moon dénonce l’espionnage du travail de la Minurso, les signes extérieurs de sa corruption par les Marocains…

Il a oublié d’ajouter les emprisonnements abusifs et les tortures physiques et psychologiques.
23 Sahraouis prisonniers politiques sont enfermés dans la prison de Salé au Maroc des suites de la grande manifestation populaire de Gdaim Izik en octobre et novembre 2010. Ce sont des civils en attente depuis 1 an et demi de comparution devant un tribunal militaire qui ne sait que faire de cette charge dont il n'a pas la compétence juridique.

27 Sahraouis raflés après les agressions des colons marocains sur les Sahraouis en septembre 2011 ont été condamnés abusivement à 8, 10 ou 12 mois - 12 mois de prison pour le mineur du groupe -, ou sont toujours en attente de jugement. (voir Asvdh)

Il a oublié les violente répression contre les manifestations pacifiques qui se multiplient en territoires occupés. Malgré l’interdiction de s’exprimer, les slogans se précisent. Au-delà de la demande de respect de l'autodétermination, de la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques sahraouis, c'est aussi contre le vol des richesses de leur terre, et pour l'indépendance qu'éclatent au quotidien des manifestations dans les villes du Sahara Occidental occupé.

Il a oublié aussi la discrimination pour les Sahraouis n’est pas seulement l’interdiction d’exprimer son opinion, c’est aussi dans l’accès ou les conditions de travail, au logement ou à l’éducation.
A Casablanca, au moins 33 étudiants sahraouis ont manifesté dans l’université pendant plus de deux mois pour faire falloir leur bon droit à s’inscrire en Master, et pour demander des comptes sur le blocage dont ils faisaient l’objet. À situation identique les étudiants marocains n’avaient pas eu de problèmes pour s’inscrire. (voir http://www.youtube.com/zacaria1986)

Il a oublié que des pêcheurs sahraouis ont séquestré cette semaine un navire pour protester contre leur exclusion des emplois sur les gros navires. Ils dénoncent aussi la surexploitation des ressources halieutiques qui seront épuisées dans la mer sahraouie d’ici deux ans. (Voir info ASVDH)

Une manifestation pacifique a fait aujourd’hui 11 blessés dont 5 femmes. Deux jeunes ont été arrêtés. La coordination Gdaim Izik appelle à manifester tous les mardis et les jeudis dans deux lieux. Comment comprendre cette attaque violente des forces armées quelques jours après le refus international d’adjoindre au mandat de la Minurso la compétence d’observation des droits de l’homme ? (voir vidéo EM et info ASVDH)

Et la visite du roi annoncée pour samedi avec son cortège de décorum et de brimades sur le peuple sahraoui est-elle une autre provocation lancée à la face de l’ONU, lui renvoyant son incapacité à exercer des pressions pour le régime Marocain pour que cessent l’occupation brutale du Sahara Occidental et le pillage de sa terre et de sa mer ?

APSO, 26 avril 2012
Sources Apso Sahara, EM, ASVDH, Zacaria

jeudi 29 mars 2012

Droit au logement discriminatoire à l’OCP au Sahara Occidental

Le groupe national marocain OCP exploite notamment le phosphate à Phosboucraa au Sahara Occidental occupé, en contravention du droit international selon l’avis juridique de l’ONU de 2002.

Les droits des travailleurs sahraouis du phosphate ont été progressivement annulés à partir de l'invasion et de la colonisation marocaine en 1975. Suivant une politique visant la dissolution ou disparition du peuple originaire Sahraoui, les travailleurs de Phosboucraa ont été massivement remplacés par des colons marocains, surtout aux postes à responsabilité.
Les avantages sociaux acquis par les sahraouis pendant la période coloniale espagnole ont été supprimés pour les sahraouis, dont certains revendiquent toujours le respect de leur droit à la retraite par exemple, ou d'être traités de la même façon que les travailleurs marocains au regard des grilles de salaire et promotion. (Cf CSTS)

Depuis 1975, pour inciter les travailleurs, l'OCP fournit des logements à leurs familles. Tous ces logements se trouvent au Maroc. Les travailleurs Sahraouis, habitant sur leur terre et sous la colonisation, n'ont jamais bénéficié de cet avantage, l'OCP n'ayant jamais construit d'habitations au Sahara Occidental.
Les travailleurs Sahraouis du phosphate qui ne sont pas intéressés par un logement au Maroc demandent donc que leur soit accordé en argent ce qui est donné en nature aux autres travailleurs, pour pouvoir construire leurs maisons eux-mêmes au Sahara Occidental.
1000 à 1500 travailleurs sahraouis pourraient n’avoir jamais bénéficié de l’aide au logement qui semble conditionné à la localisation de la maison au Maroc et non au Sahara Occidental. Cela constitue donc un avantage discriminatoire, favorisant les colons marocains.

Lors d’une réunion entre le directeur de société Phosboucraa et la société Al Omran ( société de constructions immobilières) ceux ci se sont accordés pour construire des logements à Agadir et Marrakech pour les employés de la compagnie. De nouveau des employés ont revendiqué des logements à El Aaiun ou bien une compensation. Cela devait être traité lors de la réunion du 29 février 2012.

Pendant cette réunion, les représentants de l’employeur ont prétexté le besoin d’une pause cigarette pour partir sans discuter le problème. C’était une fois de trop pour le syndicaliste sahraoui Mouloud Amaidan qui a refusé de partir de la salle de réunion. Selon lui la réunion n’était pas finie, et il en avait assez des promesses constamment non tenues. La protestation s’est par la suite transformée en Sit-in, la direction refusant de poursuivre la réunion.
Lors d’une réunion organisée le 8 mars et à laquelle Mouloud Amidan n’est pas invité, il semble que les représentants des salariés présents ont donné leur accord à la compagnie pour les constructions qu’elles proposaient, au Maroc. (détails voir info EM)

Mouloud Mohamed M'barek Amidan est né en 1965 à El Aaiun. Il est employé depuis 1986 comme cadre de OCP Phosboucraa, au département de gestion à El Marsa. Il est membre du bureau national du syndicat UGTM (Union Générale des Travailleurs au Maroc), élu représentant des travailleurs depuis deux mandats et membre du comité du dialogue avec l'administration.

Alors qu’on lui refuse le PV de la réunion qu’il soupçonne d’être un faux, mais aussi de pouvoir recevoir la visite du médecin du travail, et que s’exercent des pressions sur sa famille et les travailleurs sahraouis, Mouloud Amidan mène une grève de la faim du 9 au 14 mars, dans la salle de réunion qu’il n’a toujours pas quittée.

Il reçoit, daté du 13 mars, un avis l’informant qu’il sera « rayé des contrôles de la société » s’il ne justifie pas son « absence irrégulière depuis le 1er mars ». Une réunion avec le directeur le 27 mars n’aboutit à rien.

Le 29 mars, un Sit-in de protestation pour le respect des droit des travailleurs et de solidarité avec les syndicalistes a réuni 120 personnes. Un appel est lancé pour de nouveaux Sit-in lundi et mardi prochain.

Pour l’anecdote, les équipes de sécurité de l’entreprise ont été renforcées par plus d’une centaine d’agents de sécurité de compagnie privées et 12 chiens. 1 syndicaliste Sahraoui agacé et déterminé est donc très dangereux pour les dirigeants marocains !

APSO, 28 mars 2012
Sources : EM, APSO Sahara, les Syndicalistes

mercredi 28 mars 2012

Légumes du Sahara vendus en France : illégaux, immoraux

Les légumes qui poussent au Sahara Occidental ne peuvent être étiquetés Maroc, de même que les légumes qui poussent en Palestine ne peuvent être étiquetés Israël...

Et pourtant, se trouvent partout en France dans nos épiceries et supermarchés des tomates, courgettes et melons des producteurs Idyl, Azura, Les Domaines, affichés comme venant du Maroc... (voir quelques photos ici)
Or, ces producteurs, dont on trouve les produits sous ces noms, mais aussi "étoiles du sud", Tomates cerises Carrefour... possèdent des immenses surfaces de serres à Dakhla au Sahara Occidental.
Donc, les fruits et légumes de ces entreprises productrices étiquetés Maroc, le sont de façon illégale, puisque tout ou partie des produits viennent du Sahara Occidental.

C'est là une question de logique mais aussi de droit international. Comme la Palestine, le Sahara Occidental est une colonie.
Le droit international, - et sur cette question particulière l’avis du conseiller juridique Hans Corel au Conseil de Sécurité en 2002, précisé en 2008 - dit clairement que les ressources naturelles, ce qui pousse sur la terre d'un Territoire Non Autonome, une colonie, peuvent être exploités avec l’autorisation des peuples originaires, et si cela leur bénéficie... Et notamment pour aller dans le sens inéluctable de la décolonisation, du choix du peuple à décider librement de son avenir.

Double condition qui n’est pas satisfaite dans le cas des productions de Dakhla. Les entreprises citées sont implantées et produisent sans l'accord des Sahraouis qui n’en bénéficient à aucun titre, ni directement ni indirectement. À l’opposé même, les profits faits par le Roi du Maroc, par exemple, dans cette économie, (lire « le roi prédateur » Catherine Graciet, Eric Laurent) ne l’encouragent pas à conduire son pays vers le respect du droit international, et à mettre fin à la colonisation violente de son voisin.

Les Sahraouis en territoires occupés dénoncent le pillage de leur terre, l’épuisement de l’eau fossile, le ballet des camions qui emportent les productions… Les sahraouis qui survivent de l’aide internationale depuis 37 ans dans les campements de réfugiés ne mangent que très peu de légumes frais et ne peuvent agréer ce trafic qui collabore à les priver de leur terre. Les Sahraouis qui ont dû fuir les territoires occupés pour leur sécurité parce qu’ils revendiquent leur identité affirment aussi leur désaccord par des actes militants de dénonciation. (voir des photos ici)

Un dossier très documenté signé WSRW et EMMAUS Stockholm déploie la problématique, situe les serres, leurs propriétaires, les trajets effectués par les légumes, directement de Dakhla vers Perpignan ou Château Renard.

Depuis décembre 2011, les entreprises et groupes Carrefour, Auchan, Intermarché, ED/Dia, Aldi, Casino, Leclerc, Simply ont été questionnés par APSO sur la quantité de légumes vendus par eux et provenant des territoires occupés du Sahara Occidental. Mais aussi sur leur action éthique en connaissance des faits, puisque lorsqu’ils revendent ils se mettent en position de soutenir une colonisation.

Seul Carrefour a répondu en janvier par l’affirmation de sa neutralité, laissant espérer un retrait rapide des produits concernés des ventes. Un courrier demandant l’échéance du retrait est resté sans réponse à ce jour et d’évidence, les produits Idyl, Azira, Les domaines sont toujours dans les supermarchés, et toujours étiquetés Maroc.

Nous préférerions grandement que ces tomates courgettes, melons… malhonnêtes qui font des milliers de kilomètres, vendus moins chers que les fruits et légumes cultivés ici ou en Espagne soient interdits comme ils le sont en Norvège.
Parce que le Maroc ne respecte ni quota, ni éthique d’étiquette, et que le deal met en péril les petits producteurs européens.

Si les revendeurs s’affichent éthiques et continuent à vendre ces produits, qu’ils respectent ce beau mot, et qualifie plutôt leur pratique d’hypocrite.

APSO, 28 mars 2012

samedi 4 février 2012

Sahraouis et Marocains, un même oppresseur soutenu par la France

La France politique soutient les lointains peuples libyens, syriens à grand renfort de déclarations.
Mais la France politique est sourde aux souffrances des Sahraouis, à 2000 km.

Alors que les eurodéputés ont reconnu la légitimité des revendications juridiques des Sahraouis sur leur terre et ses ressources naturelles, par le rejet de la prolongation de l'accord de pêche UE-Maroc, la France risque de recommencer la même erreur de positionnement envers les peuples Sahraoui et Marocain que lors du soulèvement populaire tunisien. Même erreur qui entraînera la même conséquence : la mésestime de la France par les Peuples en lutte.

La France ignore les Sahraouis, et concourt à les détruire par une partialité complice. Cette ignorance maintes fois décriée n'est paradoxalement pas nouvelle, et persiste malgré les massifs soulèvements sahraouis, comme la manifestation de Gdaim Izik d’octobre et novembre 2010.

Mais la France ignore aussi le formidable mouvement marocain du 20 février, ses morts violentes et immolations de désespoir. Ce mouvement du peuple marocain parviendra un jour à se débarrasser du régime féodal et dictatorial en place, ce roi soutenu par l'hexagone pour des intérêts néocoloniaux évidents. Le peuple jettera hors de chez lui tous les profiteurs de main d'œuvre pas cher et autres cautionneurs d'inégalités et de corruption massive, de détournement de l'argent public national et international.

Les tortures physiques et psychologiques sont quotidiennes au Sahara Occidental, ou sur les prisonniers politiques sahraouis incarcérés au Maroc.
Le colonisateur marocain pratique les petites mesquineries domestiques comme l’interdiction pour les Sahraouis de prénommer leurs enfants de prénoms vénérés comme Aminatou ou Elouali, l’interdiction de parler hassanya à l’école, ou pour les hommes de porter des chèches ou des vêtements kaki.
Il y a aussi les pratiques inhumaines caractérisées, quand 23 civils sahraouis sont emprisonnés et torturés depuis plus d’un an en attente d’un procès devant la cour militaire. Ils ont fait partie du groupe des négociateurs avec les autorités marocaines lors de la manifestation de Gdaim Izik, ou ils ont transmis des informations sur ce qui se passait pendant cette période d’intense ébullition qui s’est soldée par une démonstration de la violence de l’occupation marocaine. Discuter démocratiquement, communiquer les informations aux familles et amis est donc aussi interdit.

Le peuple marocain est aux prises avec le même oppresseur qui ne renouvelle pas ses méthodes, sus les yeux d’une communauté internationale sourde à ses appels à l’aide. Des jeunes Marocains sont eux aussi actuellement emprisonnés arbitrairement, torturés, condamnés à mort, tués … le couvre-feu a été décrété à Taza. Tout cela avec ce qui ressemble à la complicité de la cécité de la France, meilleure amie du Roi, meilleure ennemie des peuples.

Il est à craindre dans le désordre et l'absence de clairvoyance politique actuelle, que la France joue à nouveau un rôle aberrant lorsqu'il s'agira pour l'ONU en avril de renouveler le mandat de la Minurso.
Cette mission onusienne chargée de surveiller le cessez-le-feu entre le Maroc et le Polisario, front armé de libération du Sahara Occidental, n'a pas pour mandat de surveiller tout ce qui concerne les droits humains et leurs violations dans cette situation larvée de "ni paix, ni guerre".
En avril, les pays du monde se prononceront sur la prolongation de la présence de la Minurso, et sur la définition de son rôle. Il est à souhaiter que la France, membre permanent du conseil de sécurité, et membre du groupe de « amis » du Sahara Occidental ne mettra pas à nouveau sa dignité de pays des droits de l’homme en berne, au point de refuser l'adjonction d’une mandat surveillance des droits humains à la mission.

La bataille de la campagne présidentielle française ne devra pas s’affranchir de ce point incontournable qu’est notre responsabilité dans la décolonisation inachevée du Sahara Occidental, ni occulter les conséquences éthique et économique que cela a jusque dans nos foyers.

APSO, le 4 février 2012


mardi 6 décembre 2011

"L'autre côté du mur", les indignés du désert...

"L'autre côté du mur" est un nouveau film documentaire sur le Sahara Occidental.

A suivre les Sahraouis nous confiant leur histoire, ou les images des derniers mouvements massifs de résistance, nous découvrons comment plus de 35 ans de lutte du peuple Sahraoui ont mené au tout premier soulèvement du Printemps Arabe.

Dernière colonie d’Afrique, le Sahara Occidental voit depuis 35 ans sa population coupée en deux. D’un côté, les Sahraouis vivent sous l’occupation marocaine, sans aucune liberté d’expression et confrontés à la violente répression du régime ; de l’autre, plus de 165.000 réfugiés subissent l’exil en survivant dans les campements de réfugiés de la région de Tindouf en Algérie.
Séparées par un mur de sable de 2700 km érigé par le Maroc, les familles sahraouies ne perdent pourtant pas l’espoir d’être un jour réunies pour pouvoir exercer leur droit : celui à l’autodétermination.

Fin 2010, les Sahraouis se réunissent à Gdeim Izik en territoires occupés, pour un mouvement de protestation historique. Un soulèvement qui sera le premier du “Printemps Arabe”.
Le film donne la parole aux Sahraouis pour qu’ils nous racontent l’Histoire de leur pays, son passé, son présent et l’espoir qu’ils placent dans l’avenir. Des deux cotés du mur, les témoins et les acteurs de l’Histoire Sahraouie nous emmènent à la rencontre des indignés du désert.

"L'autre côté du mur", 2011, 49 minutes, réalisation Denis Véricel, production APSO, est disponible.
Pour voir la bande annonce, les autres informations utiles, rdv sur http://lautrecotedumur.wordpress.com

Pour tout renseignement concernant les projections publiques, projections-débats, pour les commandes du DVD du film, ...
Envoyez nous un message à : lautrecotedumur(@)yahoo.fr
ou à l'adresse mail d'Apso : apsolument(@)yahoo.fr (Les parenthèses sont à ôter)

Le DVD est disponible aux amis à 10 € l'unité + les frais de port pour l'envoi en France (1,45 €)
Paiement par chèque ou virement :
Compte APSO, Crédit Mutuel
IBAN : FR7610278073130002019410194, BIC ou Swift : CMCIFR2A

Pour les envois en nombre, voir les détails des frais de port ici http://ap-so.blogspot.com/p/lautre-cote-du-mur-le-film.html

jeudi 10 novembre 2011

Sahara Occidental, la guerre des pierres


À El Aaiun, au Sahara Occidental occupé, alors que les services municipaux de ramassage des ordures ne font plus leur travail depuis de nombreux mois, laissant cette fonction de la collectivité aux initiatives individuelles, d'autres fonctionnaires du royaume, policiers et miliaires, se montrent très actifs et caillassent les Sahraouis pour les empêcher de rester dans les rues.
Voir http://youtu.be/qLziWmOJwW0 édifiant à partir de la 6ème minute, et http://youtu.be/pXg-Z6LU-kA idem à partir de la 2ème minute.

Les rues sont donc autorisées aux ordures mais pas aux Sahraouis. Si cette politique qui semble s'être instaurée depuis un an est un défi à la propagande angéliste du Maroc sur le territoire occupé, c'est aussi une technique inédite de promotion du tourisme !

Les terrains vagues couverts de poubelles jalonnent la ville occupée autant que les débuts de constructions en parpaing toutes identiques qui témoignent de la volonté effrénée du Maroc d'attirer toujours plus de colons marocains dans ce désert qu'ils n'apprécient que pour les subventions qu'on leur donne pour s'y installer.

Pour les touristes non avertis, le Sahara Occidental est un territoire non autonome, la dernière colonie d'Afrique, qui attend qu'aboutisse le processus de l'autodétermination de son peuple originaire, le peuple Sahraoui. Le Sahara Occidental n’est pas le Maroc.

Les Marocains qui y vivent, et qui par pan-Sahraouisme peuvent s'affirmer sahraoui et porter les vêtements traditionnels, sont des instruments de la colonisation, déplacés là en pleine infraction à la légalité internationale.

Les tonalités orangées des murs des bâtiments, - couleur de crépis imposée de force par les autorités -, comme les places publiques en carton-pâte digne des cartes postales, sont des mirages proposés aux crédules, pour démontrer la bienveillance des autorités coloniales. Cela n'a cependant pas de rapport avec les immenses profits que le roi, ses généraux, les invités étrangers de marque, les entreprises marocaines, espagnoles, françaises... tirent directement ou indirectement des ressources naturelles volées à la terre sahraouie, contre la volonté du peuple.

Bien sûr, les choses dites ne sont pas les choses écrites, et les mensonges ont des impacts plus durables que la réalité qui se doit de se démontrer… alors il faut lire entre autres, l’avis du conseil de sécurité de 1975 et la déclaration 34/37 de l’ONU en 1979 :
"L'Assemblée générale [...] déplore vivement l'aggravation de la situation découlant de la persistance de l'occupation du Sahara occidental par le Maroc et de l'extension de cette occupation au territoire récemment évacué par la Mauritanie"…

Dans notre 21ème siècle, il reste une colonie en Afrique, la Sahara Occidental. L’Espagne son ancien colonisateur n’assume pas la responsabilité de l’administration qui lui échoit, pas plus qu’elle n’est cohérente dans son attitude avec le Maroc qui a colonisé partiellement le territoire à partir de 1975.

Les sahraouis vivent dans des campements de réfugiés, ou sous l’occupation avec ses violences quotidiennes. En territoires occupés, ils résistent contre le colonisateur quand la valse des diplomaties internationales ne démontre que leur inefficacité. Ils ripostent à coups de pierres au caillassage débridé des autorités.

APSO, le 10 novembre 2011

mardi 8 novembre 2011

Il y a un an, le Maroc attaque Gdem Izik, c'est la guerre civile à El Aaiun

Le 8 novembre 2010, au Sahara Occidental, les autorités marocaines lancent l'assaut contre un village de 7000 tentes dans lesquelles dorment des civils sahraouis, femmes enfants et vieillards.
20 000, 30 000 sahraouis s'étaient rassemblés dans le désert à proximité d'El Aaiun pour protester contre la confiscation de tous leurs droits dans leur pays occupé, dont celui primordial à l'autodétermination.

L'attaque a été d'une violence sans commune mesure, doublée d'un blocus sur la ville empêchant les familles sahraouies de venir secourir les leurs. Les colons marocains ont surenchéri à la violence, comme dans le plus mauvais des scénarii d'une occupation armée. Les scènes de guerre civile qui ont suivi ont laissé des traces encore visibles aujourd'hui sur la ville occupée.

Lors de l'attaque du campement par toutes les forces répressives marocaines associées, ce sont les postes de surveillance qui ont été d'abord neutralisés.
Parmi les jeunes hommes qui composaient les équipes de protection, Lfrir Kaziza, 21 ans, explique aujourd'hui comment la violence s'est déchaînée sur lui et ses compagnons, le 8 novembre avant l'aube et les jours suivants.

Les blessures et tortures que lui ont infligé les militaires marocains, restées sans réels soins depuis un an, le font souffrir constamment surtout après qu’il ait été récemment roué de coups par la police. Mais aller à l'hôpital pour les Sahraouis, c'est risquer d'y être refusé ou enlevé, torturé par les forces répressives marocaines.


Si c'est aujourd'hui le bras en écharpe de Lfrir qui attire l'attention, la douleur qui lui fait perdre connaissance quand il s'agit de changer ses bandages, l'insensibilité dans sa main qui semble morte, on remarque aussi ce qu'il tait. Une boiterie dont il dit finalement que c'est une autre trace de violence de la police marocaine, dans une bataille précédente pour l'indépendance de son pays.

Il est amaigri, fragile et comme aiguisé, mais la conscience de son identité sahraouie, l'aspiration à la liberté de son peuple, pour laquelle il agit depuis son adolescence ont lentement forgé une force qui dépasse sa souffrance, et qui le pousse à agir, et à oser parler aussi.

Lire ci-dessous son témoignage.

APSO, le 8 novembre 2011

Témoignage de Lfkrir KAZIZA

Je suis né le 15 octobre 1990 à El Aaiun, au Sahara Occidental occupé, j’ai 21 ans.
J’habite Avenue Smara, quartier Qouts, El Aaiun

En 2005, j’ai participé à l’intifada. J’étais dans les manifestations au collège et toutes les manifestations dans la rue. Je n’étais pas connu de la police marocaine qui ne m’a jamais attrapé.

En 2008, tous les Sahraouis ont commencé à parler de la question sahraouie : des violences et de la revendication pour l’autodétermination.
J’étais en 4ème dans un collège public, et j’ai été exclu de l’école.
Je participais puis j’organisais les manifestations dans mon école depuis 2005. On appelle ça les manifestations scolaires.
Je faisais aussi les drapeaux sahraouis sur les murs de la ville, mais personne ne savait que c’était moi.
La police venait régulièrement me chercher à l’école parce que je participais aux manifestations dans les rues et je me sauvais à chaque fois.
Une nuit, je suis entré dans l’école pour descendre le drapeau marocain et le remplacer par le drapeau Sahraoui. Le directeur m’a vu.
Ensuite il m’a convoqué pour me dire que j’étais exclu. J’ai demandé un document pour changer d’école, ce que le directeur m’a remis. Mais aucun directeur des autres écoles n’a accepté de me prendre.

Depuis que je suis jeune, je suis musicien, je joue de la guitare et je chante dans un groupe avec des amis.
Après 2005, nous avons écrit et composé des chansons pour la résistance et l’intifada.
Nous avons enregistré les chansons et filmé. Nous les avons mises sur youtube, et les Sahraouis se les transmettaient par leurs téléphones. Beaucoup de Sahraouis connaissaient nos chansons qui parlaient de la révolution, du pays, de chaque actualité, des événements de la lutte, comme Aminatou Haidar, les violences sur les militants…

En octobre 2010, je suis allé avec les premiers qui ont planté la tente à Gdem Izik. Nous avons planté la tente avec des amis.
Quand les familles ont commencé à être nombreuses, j’ai appelé ma mère qui est venue aussi avec la famille.
Je participais à l’organisation de notre campement et ma fonction était la surveillance du barrage des Marocains. Je faisais aussi les patrouilles qui surveillaient les alentours du camp pour la sécurité des femmes, des enfants et des vieux dans le camp.

La nuit d’avant l’attaque du campement par les forces de sécurité marocaines, j’étais de garde pour la sécurité d’une partie du campement.
Les Marocains nous ont attaqué en premier avant d’entrer dans le campement.
Nous étions 4 jeunes sahraouis, les soldats marocains sont arrivés dans deux camionnettes pour nous frapper et nous emmener dans les voitures.
A ce moment-là, j’ai été frappé violemment à l’épaule, avec la crosse d’une Kalachnikov.
La voiture dans laquelle j’étais et beaucoup d’autres sont allées dans le désert. Nous avons su après qu’il y avait une immense manifestation dans El Aaiun.
Dans le désert, nous sommes restés jusqu’à 16h.
Les soldats m’ont accroché les mains et bandé les yeux, et dans la voiture, ils m’ont frappé avec leurs mains leurs pieds, les matraques.
Il y avait 8 soldats pour me battre, j’étais tout seul, et je ne savais pas ce qui se passait pour mes amis. J’ai su après que c’était la même chose pour eux.
Ils m’ont battu jusqu’à ce que je perde connaissance. Je me suis réveillé dans le bâtiment dans lequel je suis resté au secret pendant 20 jours. Ma famille pensait que j’étais mort.

Ce bâtiment, je l’ai reconnu en sortant, il est avenue de Smara, proche de la caserne militaire, et c’est un orphelinat qui n’a jamais été en service. Un bâtiment vide d’habitude mais nous savons que c’est un endroit où les militaires de renfort sont hébergés et cachés quand il y a la guerre ici (les manifestations).

Dans le bâtiment où j’étais retenu, j’étais dans un groupe de 40 personnes. Nous étions dans une petite pièce. Chaque jour à partir de 6h du matin, les soldats venaient nous chercher par 5 pour nous emmener et nous torturer pendant 1 à 2 h.
Tous les jours j’ai été torturé d’une manière différente. J’étais blessé à l’épaule droite, je n’avais pas été soigné et j’avais très mal.
J’ai été brûlé avec les cigarettes et suspendu et battu dans la position que nous appelons le poulet en méchoui.
Un jour, on m’a conduit dans une pièce dans laquelle des cordes descendaient du plafond.
Les soldats m’ont demandé à quelle épaule j’étais blessé et j’ai répondu en pensant que c’est par l’autre qu’ils voulaient me suspendre.
Pendant 7 heures, ils m’ont suspendu par le bras de mon épaule blessée et ils m’ont frappé jusqu’à ce qu’elle casse. Les os de ma clavicule sont sortis de ma peau et l’os de mon bras s’est détaché de mon épaule.

J’ai été libéré au bout de 20 jours, le 28 novembre 2010. Ils m’ont conduit jusque ma maison, les yeux bandés. Après la libération d’un premier groupe 15 jours après Gdem Izik, ma famille avait appris que j’étais dans ce lieu.
Je suis allé tout de suite à l’hôpital, mais il était plein de militaires qui m’ont empêché d’entrer.

Je suis retourné à l’hôpital deux semaines après parce que mon bras était tout bleu et très gonflé.
Le médecin a dit qu’il ne pouvait rien faire d’autre que me couper le bras, et qu’il fallait que j’aille chercher une autre solution ailleurs.
Je suis retourné plusieurs fois à l’hôpital et on m’a toujours dit la même chose.
J’ai décidé de rester à la maison et d’utiliser les médicaments sahraouis : dsem et el hemera. C’est comme une crème qu’on fait avec des herbes et de la terre, et qu’on m’a mis tous les jours sur mon bras et mon épaule avant de bander.
Les hématomes et les gonflements sont petit à petit partis. Mais l’épaule était toujours cassée.
J’ai peur d’aller à l’hôpital parce que qu’un ami y a été attaqué par la police qui a essayé de le tuer. D’autres amis y ont été frappés et torturés par la police marocaine.

C’est un ami infirmier qui m’a soigné. Mon bras est bandé. Mon épaule et mon bras sont immobilisés depuis un an. Le bandage sert à me protéger du froid.
Petit à petit j’ai perdu la sensibilité dans mon avant-bras et dans ma main droite. Maintenant je ne peux plus rien attraper ni rien faire avec ma main droite. La douleur est toujours très forte dans mon épaule.

Il y a une semaine, la police m’a attrapé et m’a frappé à nouveau sur tout le corps.
Nous avons fait une manifestation dans la cour de notre école avec tous les étudiants pour fêter le retour du prisonnier politique El louali Amaidan. Au début il n’y avait que nous puis tous les Sahraouis des environs sont arrivés.
J’ai fait monter le drapeau sahraoui et nous avons crié les slogans pour l’indépendance.
La police est arrivée et tout le monde a essayé de fuir. Les élèves sont entrés dans les classes et ceux qui n’étaient pas étudiants sont sortis en courant de l’école.
La police m’a attrapé et conduit au grand commissariat. Je suis resté là 1 jour et demi. Les policiers m’ont frappé avec la nouvelle arme qu’ils utilisent. Une grosse matraque en bois.
Ils m’ont interrogé pour savoir pourquoi nous étions calmes depuis un an et que maintenant nous faisons des manifestations.

La douleur à mon épaule est devenue plus forte après les coups. C’est difficile de changer mon bandage. Il m’arrive de perdre connaissance dans la journée.

Je n’ai pas le droit d’étudier, ni de travailler. Le Maroc occupe mon pays par la force. Plutôt lutter et risquer la mort plutôt que de ne rien faire.

Recueilli par APSO Sahara, le 21 octobre 2011, à El Aaiun.

Pour tout complément d’information
Lfkrir Kaziza : 00212 6 23 43 75 09
Sliman Kaziza 00212 6 70 52 91 16