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mercredi 29 septembre 2021

EM. Pour la justice européenne, aucune activité au Sahara Occidental sans les Sahraouis

Aujourd’hui 29 septembre 2021, la cour de Justice de l’UE a annulé les accords de pêche durable et de libéralisation des échanges conclus avec le Maroc et qui intègrent le Sahara Occidental.

Dans sa décision, la cour redit que le Sahara Occidental est un pays différent de tout autre pays au monde et donc que toutes les activités sur sa terre doivent avoir reçu le consentement du peuple sahraoui - via son représentant le Front Polisario - pour être légales. Les arguments du colonisateur marocain et de ses complices d’un bénéfice des activités pour les populations locales n’a aucune valeur. Seul l’accord des Sahraouis compte.

La cour européenne a entendu le peuple sahraoui. Tant qu’il n’a pas consenti, il refuse. La cour reconnaît la validité du refus de toute exploitation et exploration des ressources sahraouies par le Maroc et ses complices du monde entier.

Les bateaux de pêche européens doivent quitter les eaux du Sahara Occidental parce que le peuple sahraoui n’ont pas donné son accord à leurs activités. Elles sont illégales et de plus destructrices des écosystèmes et du monde marin.

À la flotte de pêche espagnole, s’ajoutent les navires suivant actuellement impliqués : Cap Blanc, omi 8814665, pavillon Hollande ; Ieva Simonaityte, omi 8607218, pavillon Lituanie ; Fishing Success, omi 9121091, pavillon Lettonie ; Helen Mary, omi 9126364, pavillon Allemagne ; Kapitan Morgun, omi 9120308, pavillon Lettonie ; Simonas Daukantas, omi 8607220, pavillon Lituanie ; Alida, omi 8224418, pavillon Hollande.

Pour la même raison d’illégalité, les entreprises françaises, Idyl, Azura doivent arrêter leurs activités agricoles et d’aquaculture (huîtres, palourdes…) dans la région de Dakhla, et partir.

Les plantations de tomates, melons, myrtilles épuisent les réserves en eau potable de la zone et la stérilisent pour l’avenir.

Les accords successifs de l’UE ont été passés avec le mauvais interlocuteur, l’occupant marocain a reçu à tort les paiements correspondants. Les exonérations à tort des frais de douane des produits sont maintenant des dettes à l’Europe.

La justice européenne ayant clairement tranché. Il va falloir que le peuple sahraoui reçoive ce qui lui est dû, ainsi que la compensation inhérente aux années de malpratique éthique et écologique de non respect de la terre et de la mer du Sahara Occidental.

Équipe Média le 29 septembre 2021
El Aaiun, Sahara Occidental occupé

mardi 28 septembre 2021

EM. Confiscation et accaparation de grarats au Sahara Occidental occupé

Le 18 septembre 2021, des bulldozers, des camions et des pelleteuses ont encerclé la zone d’Izik au nord-est de El Aaiun et commencé à démolir 100 maisons sahraouies. Ces maisons sont des habitations permanentes ou secondaires auxquelles sont accolées des tentes quand nécessaire. Elles sont sur des grarats.

Les Grarats sont des terres tribales qui ont des palmeraies ou des arbres du désert comme l'acacia. Il a des puits, ce qui rend superflu de chercher de l'eau ou de poursuivre la pluie.

Chaque Grarat compte des petites maisons et une ou deux khaimas (tentes). Certaines cabanes ont été construites au moment de la colonisation espagnole. Les sahraouis y habitent selon les modes de vie de leur culture et leur identité. Les terres sont transmises de pères en fils.

Les familles habitantes permanentes des cabanes tirent leur subsistance de l'élevage des chèvres et chameaux. Certains ont fait le choix d’habiter là après le confinement, pour échapper à la répression, aux menaces et intimidations des autorités d’occupation marocaines, plus particulièrement virulentes pendant la période de restriction sanitaire.

Les Sahraouis qui ont protesté contre les démolitions de leurs maisons ont été battus par la police, et poursuivis en justice. Certains sont restés impuissants face à cette destruction et se sont enfuis avec leurs enfants vers El Aaiun. Pour ceux qui ont accepté de parler aux journalistes d’Équipe Média, ils ne savent pas quels arguments opposer à l’accaparement violent de leur terre par le colonisateur marocain, parce qu’ils doutent qu’il existe un document écrit attestant de leur propriété familiale depuis des générations.

Le 22 septembre, 6 familles sahraouies vivant dans des cabanes similaires au sud ouest d’El Aaiun ont été attaquées. La zone est située entre l’aéroport et les grayer Boutabaa dit « Brareik Ethamban » (les cabanes des mouches).

Une des familles, la famille Boutabaa, a expliqué que c’est la troisième fois que les forces d’occupation démolissent leur maison, dont la première a été construite en 1960.

Les deux familles Boutabaa et Baija ont subi la violence policière pendant les destructions de leurs maisons. Leurs familles campent encore sur les terrains pour protester contre la décision des autorités d’occupation.

Il semble que les opérations de démolition et expulsion aient été surveillées par un hélicoptère militaire qui a été observé au-dessus de la zone sud ouest d’El Aaiun au même moment.

Selon les informations disponibles, il serait prévu que soient construits à Izik au moins 5 logements destinés à la police marocaine.

Il semble que la croissance des mafias, des cartels fonciers et de la spéculation immobilière effrénée sont en cause. Des terrains situés au Sahara Occidental occupé sont vendus par des intermédiaires sahraouis ou marocains avec des faux titres de propriété, ce qui alimente une spéculation foncière ne reposant sur rien.

En 2015, après une intervention similaire de destruction de maisons et expulsion des habitants sur des grarats situés à 15 km au nord d’El Aaiun, les terres avaient été confisquées. Les autorités d’occupation ont construit à cet endroit un centre de formation des agents d’intervention rapide.

Le 26 septembre 2018, à Edaoura, à 40 km au nord de El Aaiun, les autorités d'occupation avaient confisqué des terres appartenant à des Sahraouis et exercé des pressions sur leurs habitants pour qu'ils partent. Les gendarmes avaient également recouru à la force pour obliger les familles sahraouies à signer des contrats, ou à céder leurs droits au titre du contrat devant l’Agence Nationale de la Conservation Foncière, du Cadastre et de la Cartographie.

La raison des expulsions était un projet Nour du Masen (entreprise marocaine d’énergie durable), de parc de production d’énergie d’origine solaire qui n’a toujours pas été construit.

Équipe Média, le 28 septembre 2021
El Aaiun, Sahara Occidental occupé

dimanche 21 février 2021

Sahara Marathon 2021, tout autour du monde

Le Sahara Marathon, édition 2021 tout autour du monde

La course solidaire avec les réfugiés sahraouis se déroulera cette année de manière virtuelle, dans les campements et partout dans le monde

Ce sera donc du 22 au 28 février, chacun chez soi, sur votre distance de prédilection, mais tous solidaires pour soutenir le projet humanitaire. 

Pour les inscriptions, l'app, les dons... rdv ici ( ou copiez collez le lien
https://sportmaniacs.com/en/services/inscription/sahara-marathon-2021 )

Le Sahara Occidental a besoin de nous. Le Covid19 frappe le monde entier, et les camps sahraouis de Tindouf vivent une situation extrêmement compliquée. Les conditions de vie précaires sont aggravées par l'impact de la pandémie et les conséquences de la reprise de la guerre après trente ans de cessez-le-feu.

Dans ces circonstances, il est impossible de courir le Marathon du Sahara dans les campements, l'organisation de la course solidaire a inventé une édition très spéciale avec un événement virtuel.

Les coureurs et supporters de la cause sahraouie pourront participer à la prestigieuse course grâce à une application qui sera disponible après l'inscription (15 €) et qui permettra aux athlètes de courir partout dans le monde.

Le Marathon du Sahara est une course solidaire organisée par le ministère sahraoui de la jeunesse et des sports et un groupe de bénévoles de différents pays. Au cours des vingt dernières années, la course dans le désert a servi de plate-forme pour dénoncer l’injustice de la situation du Sahara Occidental et pour soutenir des projets de solidarité dans les camps de réfugiés.

Des milliers de coureurs de tous les continents ont voyagé jusqu’au désert algérien où sont les campements pour vivre une des courses et tisser des liens avec des familles de réfugiés. Pour cette édition exceptionnelle de 2021, les objectifs de l'événement demeurent, seules les modalités et expériences sont différentes.

Les participants pourront effectuer leur course durant la dernière semaine de février. Ils pourront choisir un jour et une distance - 5, 10, 21 ou 42 km - ou courir d’autres distances, ou répéter la course tout au long de la semaine (le meilleur temps sera validé).

L'application invite également les coureurs à télécharger leurs vidéos et messages de solidarité avec le Sahara Occidental sur leurs réseaux sociaux.

Tout l'argent versé pour les inscriptions, les dons ou le pack solidaire (T-shirt, écharpe tube, numéro de dossard, livre 42ans-42Km), seront utilisés dans le projet de solidarité Sahara Marathon, qui à cette occasion soutiendra les familles sahraouies ayant besoin d'une aide directe, par l'achat et la distribution d'un panier alimentaire de base acheté sur place pour favoriser l'économie locale.

Le 26 février, la date traditionnelle pour la tenue du Sahara Marathon, trois courses (5, 10 km et course des enfants) seront organisées dans les camps de réfugiés sahraouis. Y participeront des athlètes sahraouis, qui feront vivre et perdurer l'esprit du Sahara Marathon.

La pandémie a provoqué des restrictions importantes de l’action et de l'aide humanitaire pour les camps de réfugiés sahraouis au cours de l'année dernière conduisant les camps de réfugiés dans une crise humanitaire qui s'ajoute à la crise sanitaire mondiale.

Et c’est sur le maillot officiel de la course : "Le vent du désert portera la voix sahraouie autour le monde". ("The desert wind will spread the Saharawi voice around the world.")

 Les règles de l'édition 21

RULES OF THE 2021 SAHARA MARATHON
ARTICLE 1. XXI SAHARA MARATHON 2021. The Sahara Marathon is a solidarity race with Sahrawi refugees who are living in exile for several decades in the Tindouf camps in Algeria. In these difficult moments in which Covid19 prevents the celebration of the 21st edition of the Sahara Marathon under normal conditions, the organization promotes the event virtually so that all runners can participate and show their solidarity anywhere in the world. It will be held from February 22nd to 28th, 2021 in a virtual way, that is, each one can run the race from the place they want, from 00:00 on February 22nd until 23:59 on February 28th.

ARTICLE 2. PARTICIPATION All those people over 16 years of age (16 years included) who wish may take part in this virtual competition, as long as they are correctly registered, both in time and in form. The registered runner must download the APP to take the race. From that moment on, the user with their registration code will be able to use the APP as training. The valid time will be:
• Only the one carried out within the dates of the race.
• The final time will be the best of the records obtained in the RACE option in the APP. To do this, you will have to press the race start button in said option and complete the registration distance, the registrations made in the Training option both in the days before and after are NOT VALID.

• You will also be able to participate (between February 22 and 28) with your GPS device and upload the GPX track at the following link: https://exercise-upload.copernico.cloud/sahara-marathon-2021/

ARTICLE 3. DISTANCE AND TRAVEL The distance options selectable in the APP are: 5k, 10k, 21k and 42k. The distance is selected at the time of registration. As it is a virtual test, each participant chooses the route, within the health regulations of the moment, as attractive as possible, helping to give the maximum in their run. Each runner is solely responsible for complying with the specific prevention measures against Covid19 in force in their city. The route chosen to carry out the race is free, therefore it will also be the responsibility of the participant to comply with the traffic regulations and necessary safety measures. In addition, it is very important to make sure that the chosen route allows good mobile coverage for the correct functioning of the GPS. It is very important to have the APP downloaded on the day of the test at the latest, although the ideal and recommended by the organization is to have it the previous days and test it with the trainings.

ARTICLE 4. CATEGORIES. The following categories are established for each of the races: Individual categories (Years completed on the day of the race) • Absolute • Junior (up to 18 years) • Senior (from 19 to 34 years) • Master A (from 35 to 44 years) • Master B (45 to 54 years) • Master C (55 and over)

ARTICLE 5. REGISTRATION Online from February 10th to February 28th. Registration has a cost of 15 euros that includes participation in the race and the contribution to the solidarity project Sahara Marathon 2021 * Participants who wish can purchase the official solidarity pack of the test (T-shirt, tubular skarf, bib dorsal and book “42 years = 42 km”) for the price of 25 euros (shipping costs included to any point in Spain, 10€ for all other countries).

ARTICLE 6. CLASSIFICATIONS The unofficial general classification will be published on the website www.saharamarathon.org and on the event’s APP.

ARTICLE 7. DISQUALIFICATIONS The following will be grounds for disqualification: • The athlete who does not complete the entire course. • The athlete who shows non-sports behavior.

ARTICLE 8. ACCEPTANCE All participants, by registering, accept these regulations and in case of doubt or any situation not reflected in it arises, the Organizing Committee will follow. • Each runner will participate under his own responsibility, he claims to have a sufficient level of physical condition to face the race and undertakes to accept these regulations. • Registration is personal and non-transferable and implies acceptance of these regulations. Under no circumstances, once the registration is made, may the participation be transferred to another person, friend or family member due to not being able to take the race. • Runners who are not registered or run without the Official Sahara Marathon App will not be admitted, preventing them from having access to the race in defense of the rights of those registered by regulation.

PRIVACY POLICY OF THE SAHARA MARATHON 2021 APP
Localization permissions:
-This application collects location data to allow the route you have done in your race to be tracked and consulted by you and by the timekeepers even when the application is closed or not used.
Camera permissions:
-This app requires camera permissions if the user is interested in uploading a photo to the gallery.

dimanche 13 décembre 2020

A paraitre Apso Editions : La dernière poignée de sable - Ursula A

La dernière poignée de sable
Ursula A.

Le roi Mohammed VI fouilla un jour la salle du trésor du Maroc et trouva au milieu de toutes les richesses une petite lampe en or. Lorsqu’il l’effleura de sa main, un génie apparut et gronda d’une voix profonde : « Quel est ton vœu ? Dis-le moi et je l’exaucerai ! ». Le roi répondit sans réfléchir un instant, « génie, je voudrais que tu ramènes mon père Hassan II à la vie pour que je puisse une dernière fois le voir et lui demander conseil. » Le génie hocha lentement la tête : « impossible de ramener quelqu’un du pays des morts, seul Allah peut faire cela ». « Alors dans ce cas, ce que je souhaite le plus au monde est que le Sahara Occidental demeure éternellement marocain ! » Le génie le regarda en soupirant. « Très bien, attends-moi ici, je vais chercher ton père ! »

Au moment où Sam prend son poste d’ethnologue au sein de la Mission des Nations Unies, le meurtre de son meilleur ami vient tout changer. L’enquête anthropologique qu’il mène au Sahara Occidental est comme liée à ce crime. Une plongée dans la géopolitique, de Genève aux camps de réfugiés sahraouis en Algérie, jusque dans les étendues désertiques de la dernière colonie d’Afrique.

APSO 2020
280 pages - 12 euros
ISBN 978-2-9552413-4-9

A paraitre le 23 décembre 2020 

Pour commander, écrivez nous : apsolument[@]yahoo.fr ou apsoeditions[@]gmail.com 

Pour en Savoir plus sur nos parutions, RDV apsoeditions.wixsite.com/home

 

jeudi 19 novembre 2020

JfD. Protectorat et indépendance

Le royaume du Maroc est encore sous protectorat de la France. Sa dépendance s’est même étendue depuis quelques décennies à l’aide israélienne, notamment militaire et à l’aide des pays du golfe, notamment financière. Trahison puis allégeance n’étant pas incompatibles aux demandeurs d’une protection !*

Les anciennes colonies françaises ont combattu pour acquérir leur indépendance dans des guerres meurtrières. Les anciens protectorats n’ont pas été aussi loin dans leur lutte et sont restés plus ou moins attaché à leurs « protecteurs ». Ce protectorat de fait, mais jamais nommément cité, permet à la France de poursuivre sa politique « France-Afrique ».

Le pouvoir marocain se satisfait de cet état au point de proposer depuis des années aux « territoires du Sud » un plan d’autonomie sous autorité chérifienne, là encore une forme de protectorat, déclinaison du principe des poupées russes, qui a bien sûr l’aval de la France. Demeurer protecteur d’un protecteur permet de garder dans l’ombre une main paternaliste et dirigeante sur la situation.

C’est pourquoi les Sahraouis souhaitent un référendum d’autodétermination dont le résultat permettrait une réelle indépendance. Une indépendance proposée par l’ONU dans le cadre de la décolonisation. Il ne faut donc pas confondre plan d’autonomie marocain et référendum d’autodétermination proposé par l’ONU. En tant que membre permanent du conseil de sécurité la France devrait logiquement soutenir cette option onusienne. Elle tient en fait un double discours de confusion : Celui de soutenir le plan d’autonomie marocain et d’autre part de s’en remettre aux décisions de l’ONU, décisions qu’elle sape à la fois par un lobbying diplomatique et en s’opposant par veto ou abstention aux décisions du conseil de sécurité qui ne peuvent s’appliquer qu’à la majorité absolue.

L’interdépendance de tous les pays est aujourd’hui plus que jamais une réalité, la mondialisation l’atteste. L’absence de ressources ou le sacrifice de certaines d’entre elles dans le deal des accords internationaux met en place une dépendance économique dont les crises environnementales et sanitaires montrent les limites. Et la frontière reste ténue entre dépendance économique et dépendance géostratégique, voire politique.

Les ressources en matières premières du Sahara Occidental (Phosphate et pétrole off-shore), ses ressources halieutiques et agricoles, - dont le pillage condamné par la justice internationale continue malgré tout -, limite la dépendance marocaine en cas de plan d’autonomisation, pas en cas de référendum d’autodétermination favorable au peuple sahraoui. Le makhzen est tiraillé entre deux contradictions qui lui permettraient de demeurer une puissance, son expansionnisme délirant (l’ayant conduit à revendiquer la Mauritanie, une partie du Sénégal et de l’Algérie, le Sahara Occidental) et sa dépendance d’ancien protectorat.

L’objectif du pouvoir marocain était de passer d’un état de colonialisme occupant le territoire du Sahara Occidental condamné mais hypocritement admis par les instances internationales à un état de protectorat lui garantissant « le timbre et le drapeau » (dixit Hassan II), c’est-à-dire excluant toute réelle autonomie interne.

L’époque où le Maroc, comme le disait Hassan II, était dans une position confortable et n’était pas pressé : « Le Maroc n’est pas assis sur une baïonnette mais sur un rocking chair » (Hassan II) semble révolue.

Depuis des années le Maroc, soutenu par la France, fait obstruction au calendrier international du processus de décolonisation et « grignote » jusqu’aux accords qu’il a signés. La brèche de Guerguerat aura été, dix années après Gdeim Izik, l’ultime provocation d’une politique coloniale actuelle ou d’un protectorat souhaité de la part du Maroc.

La France ne retrouvera pas sa dignité, depuis longtemps perdue avec son image effacée de nation défendant les Droits Humains. On peut juste espérer qu’elle puisse enfin respecter le Droit.

En reprenant les armes, le peuple sahraoui continue d’affirmer son désir d’indépendance, sachant pour l’avoir déjà vécu dans sa chair à quels sacrifices il lui faudra consentir.

Jean-François Debargue
Le 18 novembre 2020

*Trahison d’Hassan II envers la ligue arabe permettant à Israël d’être prévenu de la guerre des 6 jours.



mercredi 4 novembre 2020

Crime de colonisation - Entreprises françaises et Sahara Occidental, Apso Editions

A paraitre le 11 novembre 2020

Crime de colonisation par peuplement 

Étude de cas sur les activités économiques des entreprises françaises au Sahara Occidental 

Antoine Quéré

 Phosphates, poissons, marchés publics, tourisme. 

Les ressources économiques du Sahara Occidental sont nombreuses et attirent les entreprises étrangères, dont les entreprises françaises. 

Mais le Sahara Occidental est un territoire au statut juridique particulier et le droit pénal français pourrait contrarier les stratégies de ces acteurs privés : l’article 461-26 du Code pénal réprime sévèrement le crime de colonisation par peuplement. Ce travail vise à définir si des entreprises transnationales françaises peuvent être coupables de ce crime. 

Une question préalable vise tout d'abord à déterminer si le juge français peut être "diplomate" ou s'il doit appliquer le droit sans détour. En effet, pour retenir le crime de colonisation par peuplement, il faut qualifier le Sahara Occidental de territoire occupé, et démontrer que cette occupation découle d’un conflit armé international. 

Si c’est le cas et si cette situation est notoire, cela participe aussi à qualifier en grande partie l’élément intellectuel ou moral de l’infraction : la conscience et la connaissance de l’occupation par les entreprises. 

Quant au défi de l’imputation du crime aux entreprises, il s’agit de montrer en quoi des activités d’entreprises françaises pourraient constituer matériellement une colonisation par peuplement ou une complicité de celle-ci. L'ultime problématique juridique est de mettre ce crime sur le compte des entreprises transnationales françaises, des groupes de sociétés sans responsabilité pénale unifiée.

96 pages - 8 euros - ISBN 978-2-9552413-3-2

Pour commander, écrivez nous : apsolument[@]yahoo.fr ou apsoeditions[@]gmail.com 

Pour en Savoir plus sur nos parutions, RDV apsoeditions.wixsite.com/home

jeudi 27 décembre 2018

Occupation : acceptation ou résistance. 2ème partie, acceptation

Le texte suivant est une partie d'un diptyque qui propose de suivre le destin de deux Sahraouis dont les chemins se sont croisés dans les mêmes lieux aux mêmes périodes : au campement de El Aaiun occupée en 1991, année du cessez-le-feu. Par leurs choix opposés, acceptation ou résistance, ils illustrent ce que l’histoire a malmené les hommes, quand rien n’est simple et que le prix à payer est lourd.
Ci-dessous, Mohamed Ardoun accepte pour survivre, et en meurt ignoré et méprisé des autorités d'occupation. Mohamed Mayara refuse pour survivre à la mort de son père, de sa sœur, et que leurs mémoires ne soient pas effacées... Cliquez ici pour lire le texte.
Le diptyque a été publié dans Informations et Commentaires, le développement en questions, septembre 2016
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Témoignage des sœurs de Mohamed Ardoun, citoyen sahraoui, décédé à l’hôpital de Casablanca le 26 décembre 2011.

C’était en marge d’une manifestation à El Aaiun occupée, le 6 janvier 2012. Des Sahraouis dont de nombreuses femmes, revendiquaient le respect de leurs droits, criaient contre les discriminations. Présent dans des locaux proches de la manifestation, un membre d’Apso avait rencontré les sœurs de Mohamed Ardoun. Elles étaient entrées se reposer, Mahjouba blessée au pied et très enceinte, Jamila la soutenant… Elles avaient tenu à témoigner, et Mahjouba avait raconté dans un français hésitant mais très correct, l’inconcevable, la disparition de leur frère annoncé mort, mais pour lequel la famille n’avait ni vu le corps ni d’information sur l’endroit de son enterrement.

Les « moukhayemat* de Hassan 2 » sont les habitants des campements déplacés à partir de 1991 de la zone sahraouie du sud du Maroc vers le Sahara Occidental pour grossir le corps électoral « du roi », soient les Sahraouis qui lors de la consultation référendaire voteraient "non" à l’indépendance du Sahara Occidental, en échange de promesse de conditions socio-économiques améliorées. Le référendum d’autodétermination est la condition de la conclusion de l’accord de cessez-le-feu entre Maroc et Polisario en 1991. Il n’a toujours pas eu lieu.
Pendant presque deux décennies, des Sahraouis ont vécu à l’entrée de la ville d’El Aaiun dans ces campements aux allures de bidonvilles, encadrés par des « distributeurs d’alimentation » chargés de veiller à ce que tous aillent sagement acclamer le roi à chacune de ses venues. Les termes marocains officiels sont « les campements de l’unité ». L’unité nationale ou intégrité nationale, est la périphrase destinée à nier l’existence du Sahara Occidental comme pays, occultant l’occupation et le mur, les mines et la guerre…

Mohamed Ardoun est né en 1964, il était au moment de sa mort, marié et avait deux enfants. Il était l’aîné d’une fratrie de 12 enfants. Son père avait eu 2 femmes.
Il était marchand de produits alimentaires dans une petite boutique et distributeur occasionnel de l’aide alimentaire donnée par le makhzen* aux « moukhayemat de Hassan 2 ». La famille habitait en 2011 à El Aaiun le quartier du 25 mars, dit « les blanet » (les plans), bloc X.

La famille est originaire de Guelmim, au sud du Maroc. Elle était très pauvre. Tous les membres en ont été déplacés pour habiter sous les tentes à El Aaiun à partir de 1991. Le père est venu en premier en 1991, poussé par la peur et la pression, puis Mohamed la même année, puis le reste de la famille 5 ans plus tard.
Mahjouba explique que le roi Hassan 2 voulait garder le Sahara donc il donnait de l’aide alimentaire pour les plus pauvres qui acceptaient de se déplacer. La condition était de voter pour le Maroc au référendum sur l’autodétermination du Sahara Occidental. Elle ajoute comme en aparté qu’il était fou (le roi), jamais ils n’auraient voté pour lui, et jamais ils ne le feront.

Mohamed, bénéficiaire de la carte de promotion nationale alors qu’il était à Guelmim en avait perdu le bénéfice en arrivant à El Aaiun sans avoir jamais reçu d’explication. Il protestait auprès du Pacha chaque fois qu’il arrivait à le voir. La carte de promotion nationale est la matérialisation d’une allocation minimale et précaire de subsistance versée par le gouvernement marocain à certains Sahraouis. Le Walli peut décider à son bon vouloir de la supprimer.

Mohamed travaillait comme agent marocain d’encadrement des moukhayemat et de distributeur alimentaire, en échange de l’alimentation qu’il recevait. Il protestait sur des aspects économiques pour sortir de la misère, et n’a jamais exprimé de position politique ou militante quelconque.

En 2008, le roi donne « des plans » aux moukhayemat. « Le roi donne un terrain, les plans d’une maison, et 3 millions. 1,5 million en argent, 1,5 million en matériaux de construction soit du ciment, des briques, des tiges de fer... » (3 millions = 30 000 dirham = env 3000 euros)

Mohamed refuse le « plan ». Il demande une maison finie dans laquelle vivre correctement, comme condition à quitter la tente.
Il est sévèrement battu par le makhzen pour cela, en conséquence de quoi il passe 5 jours dans le coma à l’hôpital Ben El Mehdi, puis un mois à l’hôpital Hassan 2, les hôpitaux respectivement urgence/court séjour et plus long séjour, de El Aaiun.

Le rapport de force le contraint à accepter le « plan ». Cela persuade aussi son père et sa belle mère qui cèdent à leur tour. Mohamed construit sa maison avec le plan qui lui est imposé, du style et couleur des constructions de Marrakech, et les matériaux qui lui sont remis.

En 2009 après le départ du préposé, il remplace le distributeur de l’aide alimentaire donnée aux moukhayemat (thé, couscous, riz, pâtes, lait en poudre, sucre, sardine en boite, fromage…).
Les conditions qui lui sont réservées ainsi qu’aux membres de sa tribu, les Azouafit ne sont pas satisfaisantes selon lui et il « défend les droits de chacun à une vie meilleure ». Il continue d’autre part à défendre son dossier individuel de revendication, mais le Pacha refuse d’en transmettre le contenu au Wali, et Mohamed ne parvient pas à obtenir un rendez vous directement auprès de ce Wali. Suite à une précédente promesse de ce dernier, il souhaitait être Cheikh, c'est-à-dire fonctionnaire au grade le plus bas de l’échelle du ministère de l’intérieur, connaisseur de la population et chargé de faire des rapports oraux sur chacun au Caïd, dont il l’est l’assistant. (Les Sahraouis appelle en général les Cheikh les mouchards)

Le 23 novembre 2011, il est convoqué à la willaya avec les autres membres de la tribu à propos de l’organisation des élections. C'est-à-dire comment il faut dire aux gens de voter. Il part avec son dossier, décidé à profiter de l’occasion pour exposer son problème. Il est accompagné d’un ami proche, Kamour.

Le Pacha refuse à nouveau d’entendre et de transmettre le dossier. Mohamed s’énerve, et la conversation se poursuit avec le Pacha sur le toit de la willaya. Mohamed veut mettre la pression et menacer. Le Pacha dit que ce n’est pas son affaire. Il y a confrontation physique entre le Pacha et Mohamed qui a une bouteille d’essence avec lui. La bouteille explose. Mohamed est aspergé d’essence.
Selon Mohamed, le Pacha met le feu. Mohamed tente d’éteindre le feu avec ses mains (d’où les brûlures au 3ème degré sur ses avants bras).
Le pacha est brûlé aux mains quand il repousse Mohamed. Les agents du makhzen interviennent pour aider le Pacha et faire des photos de ses mains. La version officielle dit qu’il a voulu sauver Mohamed.

Mohamed est conduit à l’hôpital Ben El Mehdi par le Makhzen. Il est brûlé sur tout le corps sauf les pieds. L’ami qui accompagnait Mohamed est enfermé dans la willaya. Il parvient à casser une fenêtre pour alerter des passants, qui informent la famille que Mohamed a été conduit à l’hôpital.
Suite aux pressions et intimidations du Makhzen, cet ami refuse ensuite de raconter à la famille ce qui s’est passé à la willaya.

Il faut 1h30 à la famille pour localiser enfin Mohamed, qu’ils ne sont autorisés par le makhzen qu’à entr’apercevoir quelques secondes à l’hôpital. Les docteurs disent qu’il faut « stériliser Mohamed », mais à voir l’hôpital qui est plein de bactéries, l’argument est plus que douteux.
Alors que la famille attend Mohamed devant la porte de l’hôpital où stationne une ambulance, il est évacué par derrière. Ce n’est que plus d’une heure après son départ que le docteur vient dire à la famille que Mohamed a été transféré vers Agadir. Lorsque la famille arrive à l’hôpital d’Agadir le lendemain, elle apprend que Mohamed a été transféré à l’hôpital Morizgo à Casablanca.

La femme de Mohamed, un frère, Mahjouba, Jamiila et le père de Mohamed font le voyage.
A Casablanca, Mahjouba se casse le pied, elle effectue néanmoins des visites régulières à son frère. Mohamed guérit bien, il parle. Il explique à sa sœur les conditions de la brûlure, et affirme qu’il n’avait aucune intention de se suicider mais que son but était de faire pression sur le Pacha pour qu’il transmette son dossier au Walli.

Les docteurs l’informent qu’ils vont pratiquer une greffe de chair pour ses avant bras, où il n’y a plus que les os. L’opération est fixée au 26 décembre. La veille au soir, selon sa femme qui est avec lui, Mohamed mange bien, il plaisante, joue…
Le matin à 7h quand la femme apporte le petit déjeuner de Mohamed, le médecin l’arrête et l’informe du décès de son mari.
L’information est donnée à la famille à El Aaiun. Un membre de l’AMDH, M. Charqaoui, qui avait soutenu les démarches de la famille le premier jour, puis n’était ensuite plus intervenu, propose d’aider le frère pour aller à Casablanca où le makhzen l’a appelé à venir reconnaître le corps.
Puis le makhzen change d’avis et c’est la belle sœur de Mohamed (la soeur de la femme) qui se déplace à Casablanca. A partir de ce moment la famille n’a plus d’information. Les parents et frères et soeurs n’ont pas vu le corps, ni le certificat de décès et ne savent pas où Mohamed est enterré.

La femme de Mohamed ne répond pas au téléphone, pas plus que le Charqaoui, qui n’est pas à El Aaiun actuellement mais à Rabat. La famille soupçonne de la corruption et de la pression sur la femme et la belle sœur pour qu’elles se taisent, sans savoir ce qu’il y aurait à cacher.

La famille de Mohamed veut savoir la vérité sur la responsabilité de la mise à feu, sur le sort de Mohamed, vivant ou mort, sur les causes du décès éventuel et les responsabilités engagées, sur l’emplacement de la tombe si Mohamed est décédé, et demande qu’une enquête sérieuse et impartiale soit faite, et que les responsables d’actes répréhensibles soient punis par la loi pour ce qu’ils ont fait.

C’était en janvier 2012.

Septembre 2016.
Mahjouba est maintenant divorcée, elle a deux enfants. Elle travaille quelques heures par semaine comme professeur de français et gagne 1500 dirhams par mois (150 euros), ce dont elle est fière. Elle vit avec ses enfants et ses vieux parents, 3 de ses sœurs et 2 de ses frères dans une petite maison, bloc Y des « blanet » (les plans). C’est une famille qui est toujours très pauvre et continue à recevoir 3 fois par mois l’alimentation gratuite due par le gouvernement marocain à tous ceux qui ont été inscrits dans « les campements ».

Les autorités disent que le corps de Mohamed est enterré dans le cimetière Khat Errahma à El Aaiun, banlieue sud. Mais la famille n’a aucun moyen d’identifier la tombe. Elle n’a reçu aucun document administratif ni médical.
La famille est brouillée avec la femme de Mohamed qui habite toujours au bloc X. Ils lui reprochent d’avoir accepté une carte de promotion nationale alors que les autorités ont enterré sont mari en cachette et contre la volonté de la famille. Les 2 enfants ont maintenant 8 et 17 ans.
L’ami Kamour n’a jamais rien expliqué, et il a disparu depuis 2011. Il a changé de ville.

Mahjouba répète avec désolation que la misère empêche toute résistance.

Le 29 septembre 2016. Mahjouba, Jamila et les Apso.

* Moukhaiyat, de khaima = la tente.
* Le Makhzen est, dans le langage courant et familier au Maroc, l'État marocain et les institutions régaliennes marocaines. Le mot veut dire le magasin.

samedi 22 décembre 2018

JfD. L’oubli, cette autre nuit

Le jour s’étire sous le drap de sa nuit, tranquillement, sans bruit. Dans la poussière de la Hamada, la prière des hommes accompagne cet enfant né de l’aube et le berce dans son refuge rouge sang. Ces hommes qui prient sont eux-mêmes réfugiés.

Depuis plus de trois générations. Ils savent tendre avec respect une couverture à l’hôte et au jour passant.

À mes côtés gazouille joyeusement une toute petite fille aveugle, Fahrida, comme un oiseau dans l’épaisseur à jamais sombre de sa forêt.

Ce n’est pas le malheur qui blesse, c’est d’avoir eu connaissance du bonheur. Les vieux Sahraouis portent dans leurs yeux ridés cette blessure que ravivent les souvenirs des jours heureux. Ils enseignent douloureusement ce bonheur d’avoir été libres à ceux qui ne l’ont pas connu pour ne pas faire du malheur une simple insouciance.

Seul le premier déracinement compte. En perdant tout on se quitte vraiment. On n’emporte que sa vie et le sac sans poids des souvenirs. Vous n’êtes plus vous, vous êtes déjà un réfugié qui court à vos côtés. Du presque rien de ce sac il faut refaire une identité. Les départs suivants ne sont plus arrachements mais pas encore des choix. Ce sont mouvements de nage pour ne pas couler, pas forcément pour vivre, mais pour ne pas mourir.

Fahrida sautille dans ses feuillages. Faudra t’il lui dire ce qui lui manque ? Sous le drap de sa nuit, rêve t’elle en noir et noir ?

Seul un comportement de grand nomade permet paradoxalement de survivre à la sédentarisation des camps. Mais la capacité à s’adapter aux pires des situations survit elle à la succession des générations ? à la perte mémorielle faute de vécu ? à l’inanité des institutions faute de présent et d’avenir ? à l’étouffement instrumentalisé de l’assistanat humanitaire ? à la diaspora provisoirement définitive ?

Faut-il taire aux nouvelles générations nées dans les camps leurs droits spoliés ?

Faut il en arriver à souhaiter que la cécité de ceux qui détiennent la solution contamine les réfugiés, comme un refuge ultime ?

Dans ce monde plus profond encore d’absence et d’oubli, sous le drap de nos nuits, Fahrida avance en éclaireuse.

Jean-François Debargue
Décembre 2018



mercredi 13 septembre 2017

"Drôle d'occupation pour une grand-mère" est paru, édition Apso

Pas de préavis, parution immédiate !

"Drôle d'occupation pour une grand-mère - histoire de prisonniers politiques sahraouis, petite histoire du conflit". Marie-Jo Fressard, édition Apso

Passionnée par le Maroc, Marie-Jo Fressard en découvre peu à peu la face cachée.

D’abord la répression envers les opposants au régime, puis l’annexion et le pillage du Sahara Occidental. Dans ce livre généreux, et son style si vivant et si humain, elle nous parle de sa relation avec des prisonniers politiques sahraouis.

S’entrecroisent ainsi l’Histoire et les destins de Salek, Hassan et Salah Eddine.

Pour éclairer son témoignage Marie-Jo rappelle les étapes clés du conflit, les stratégies des différents acteurs, les évolutions récentes.

Un livre qui contribue à briser le silence qui entoure cette colonisation illégale, et à redonner espoir à ceux qui, en dépit du cynisme des puissances dominantes, croient encore en la force du droit international.

Pour l'acheter :
Commander à APSO, en écrivant à APSOlument  @  yahoo.fr

ISBN 978-2-9552413-2-5
84p.  8 €

mardi 8 août 2017

Occupation : acceptation ou résistance. 1ère partie, résistance

Le texte suivant est une partie d'un diptyque qui propose de suivre le destin de deux Sahraouis dont les chemins se sont croisés dans les mêmes lieux aux mêmes périodes. Les campements de El Aaiun occupée en 1991, année du cessez-le-feu. Par leurs choix opposés, acceptation ou résistance, ils illustrent ce que l’histoire a malmené les hommes, quand rien n’est simple et que le prix à payer est lourd.
Ci-dessous, Mohamed Mayara refuse pour survivre à la mort de son père, de sa sœur, et que leurs mémoires ne soient pas effacées... Mohamed Ardoun accepte pour survivre, et en meurt ignoré et méprisé des autorités, le texte sera publié ultérieurement.
Le diptyque a été publié dans Informations et Commentaires, le développement en questions, septembre 2016
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Je suis militant sahraoui pour le respect des droits de notre peuple. Je suis un parmi d’autres. Les autorités marocaines utilisent tous les moyens possibles pour nous empêcher de mener notre combat, par de l’intimidation, de la discrimination, des humiliations, en nous faisant prendre du temps et de l’énergie, ou en compliquant nos moyens économiques de subsistance.
J’ai connu les arrestations et longs interrogatoires répétés, les fouilles irrespectueuses, et les espionnages divers, les coupures de téléphone et d’électricité intempestives, l’encerclement très visible de ma maison par des dizaines de véhicules de la police…
Je suis né le 6 décembre 1975, j’avais 1 mois le jour de l’invasion militaire du Sahara Occidental. Mes parents, originaires de El Aaiun, habitaient alors Tantan au sud du Maroc. Je suis le dernier de ma fratrie. Nous sommes 5 sœurs et 3 frères.
Mon père Haiba Mayara a disparu le 27 février 1976, jour de la proclamation de la République Sahraouie, un peu plus de deux mois après ma naissance. Il avait 55 ans.
La police est venue dans notre maison à Tan Tan, Les agents ont mis de force un bandeau sur les yeux de mon père et l’ont menotté. Ils ont emmené de la même façon mes trois oncles, avec comme seule explication qu’ils étaient tous du Polisario. 
Mon père est resté enfermé vers Agadir, dans une prison secrète marocaine où il est mort en 1977. Il est mort sous la torture des Marocains. Mon oncle était avec lui en prison, il a été libéré en 1991 et nous a appris la mort de mon père et ses circonstances. J’avais presque 16 ans.
Un grand frère, une grande sœur et ma mère ont aussi connu une période de disparition forcée et de torture. Mon grand frère Med Salem, né en 1958, était maitre dans une école de Essmara quand il a été arrêté en juin 1976. Il était soupçonné d’avoir des relations avec le Polisario. Il a disparu pendant 6 mois. Il a ensuite été constamment menacé et harcelé, il l’est toujours.
En juin 1976, Aicha, ma grande sœur née en 1954 a été arrêtée à Glimim, pas très loin de chez nous. Elle aussi a disparu pendant 6 mois. Elle s’était mariée en 1968 et avait deux enfants nés en 1969 et 1975. Son mari qui travaillait en France avant de rejoindre le Polisario en 1975 est mort pendant la guerre contre le Maroc, en 1984. Aicha est morte en 1987, des suites des tortures parce que la famille n’a pas pu la conduire au Maroc pour y être soignée. Ses enfants ont été élevés avec moi. Son deuxième fils Rachid, né la même année que moi, est mort une nuit de 1997, à 22 ans. Le docteur a dit qu’il avait fait une crise cardiaque.
En 1977, avec 17 autres femmes sahraouies, ma mère est allée à Rabat pour « chercher son mari » comme elle dit. Elle n’a rien appris sur lui, et a été arrêtée à Guelmim à son retour. Elle a disparu pendant 3 mois. J’avais un an et demi et j’étais avec ma grand-mère.
Je suis allé à l’école à Tan Tan en 1981, et je n’en ai pas de bon souvenir. Dès le début je me suis trouvé dans des bagarres avec les enfants marocains, et le père de l’un deux m’a frappé. J’ai alors réalisé que personne ne pouvait m’aider que des femmes : ma mère et les femmes de mes oncles. Cette prise de conscience de l’absence des hommes m’a profondément marqué.
Je suis allé au collège à Tan Tan jusqu'à la quatrième année. (3ème dans le système français)
La famille a déménagé vers El Aaiun en 1991. Nous attendions avec impatience la libération les disparus sahraouis. Ils ont été relâchés en juin 1991 mais mon père n’était pas parmi eux.
Nous avons d’abord habité sous la tente dans les campements de Sahraouis qui étaient à l’entrée nord de El Aaiun. Nous y sommes restés 3 ans, le temps de trouver un logement dans la ville.
Après mon bac en 1997, j’avais essayé de faire des études universitaires à Rabat, mais les conditions étaient trop difficiles, et j’ai abandonné. Il n’y a pas d’université au Sahara Occidental, et les conditions pratiques et pédagogiques que nous devons supporter sont décourageantes.
Si la conscience de mon identité sahraouie et de ses conséquences est ancrée dans mon histoire familiale, j’ai choisi la résistance à l’occupant et à l’oubli en étant membre du comité des familles des martyrs dans les centres secrets. Il est des vérités qu’il est nécessaire de connaître pour vivre.
J’avais 24 ans en 1999 lors de ce que nous appelons la première intifada.
Notre énorme manifestation a été attaquée par les forces d’occupation, et j’ai fui vers Rabat pour échapper à la répression, les arrestations, les tabassages. Là j’ai décidé d’apprendre une langue pour immigrer et défendre ma cause depuis l’extérieur. J’ai commencé par prendre des cours d’anglais à l’American Language Center puis j’ai décidé de m’inscrire au Goethe Institut. J’ai obtenu le Zertifikat Deutsche Als Fremdsprache, diplôme d’Allemand. Il validait un an d’étude. Cette période est pour moi le début de la conscience qu’il ne faut pas se laisser massacrer sans le faire savoir en dehors du pays. J’ai commencé à faire des vidéo, à écrire des informations. Finalement je ne suis pas parti à l’étranger, mais j’avais acquis des bases précieuses en allemand et anglais.
En 1999 aussi, après la mort d’Hassan 2, le Maroc de Mohamed 6 veut couper avec le passé. Il met en place l’instance indépendante pour la compensation matérielle pour la réconciliation.
Un agent de cette instance à El Aaiun m’a donné un chèque de 12 mille dirhams sans un mot. Je n’ai reçu ni explication ni information sur ce que mon père avait vécu pendant toutes les années de disparition. Je n’ai pas eu de preuve de sa mort, ni l’endroit de sa sépulture s’il était vraiment mort. Je n’ai pas su si les responsables de son enlèvement et ses tortionnaires ont été jugés… C’était ça qui m’importait.
J’ai donné l’argent à ma mère pour qu’elle puisse construire une maison. Tous les membres de la famille ont reçu un chèque. Ma mère a reçu 43 mille dirhams. Il n’y avait pas de barème ni de logique entre les familles sahraouis pour les montants des chèques.
Cette instance a été très critiquée par nous, mais aussi au niveau international.
En 2004, suite aux pressions, le royaume crée donc l’Instance Equité et Réconciliation (IER).
Cette instance doit rendre des comptes aux familles sur les disparus, dire où sont ces hommes et ces femmes et s’ils sont morts ou vivants, remettre les dépouilles ou objets personnels, juger et condamner les responsables des violences.
En 2006 une délégation est envoyée à El Aaiun pour rencontrer les familles des victimes des années du règne de Hassan 2 et organiser les négociations.
 Je vais à la rencontre de cette délégation avec d’autres membres du comité des martyrs des prisons secrètes. Mais les représentants de l’IER refusent de nous rencontrer. Le Makhzen veut voir quelques représentants de chaque familles une par une, et négocier avec eux, et non discuter avec des comités ou associations.
Avec 2 de mes sœurs, nous représentons donc la famille. L’agent qui nous reçoit, un sahraoui nommé Melainin Melainin qui travaille pour le Maroc, nous informe que le corps de mon père est dans une fausse commune à Agdiz au nord de Ouarzazat, - où de nombreux sahraouis sont morts sous la torture-, et que le roi va construire à proximité un cimetière dans lequel les tombes seront en marbre.
L’agent nous informe que le roi va affréter un avion spécial pour y conduire les familles. Il nous flatte et nous enjôle pour obtenir notre acceptation de tout cela. Il fait la même chose avec toutes les familles. La proposition était ridicule, risible et lamentable face à notre souffrance.
Je le remercie, et décline la proposition avec des arguments. Nous ne pouvons accepter sans la présence d’organisations étrangères capable notamment d’identifier les restes de notre père.
Il ne m’a pas laissé finir et m’a dit en criant : «  je sais que tu travailles pour le Polisario. Sachez tous que le Maroc est très fort et qu’il peut vous donner les os des chats ou chiens », ce qui voulait dire à la place des restes de mon père. C’était très violent pour nous.
Je lui ai fait remarquer que s’il cherchait la réconciliation, il lui faudrait du courage comme en Amérique latine, au Ghana et Afrique du sud et pas des mascarades comme celle-ci, destinée à la propagande. J’ai demandé la levée de l’impunité des tortionnaires et de leurs responsables.
Après ce jour là nous n’avons jamais eu de nouvelles. Nous avons vu que les média marocains ont fait la visite du cimetière avec des sahraouis payés pour l’occasion. Aucune famille des martyres n’était sur place.
Lors de l’intifada de 2005, nous étions plus nombreux à transmettre l’information vers l’extérieur, et notre stratégie de transmission était facilitée par le développement d’internet et son accessibilité pour nous. La même année, le 7 mai 2005, l’ASVDH a été créée par des grands militants, et je suis devenu membre actif dès la création. L’association défend les victimes des violations des droits de l’homme par les autorités marocaines. J’ai commencé à utiliser les rudiments de français que j’avais de l’école, à essayer de trouver des cours, à m’entrainer à la grammaire et à la conjugaison sur internet. Les échanges avec les militants français m’ont appris l’utilisation quotidienne de cette langue, qui n’est pas celle des communiqués des droits de l’homme.
Nous informions principalement sur les violences faites à nos compatriotes. Coups, incarcérations arbitraires… Au Sahara Occidental nous manifestons tous, femmes, enfants, anciens, hommes. Les policiers, les militaires marocains frappent tout le monde. Parfois Il semble qu’ils attaquent en priorité les femmes. C’est insupportable pour nous. La femme sahraouie est le pilier de notre société.
En septembre 2007 et à cause de mes activités de résistance, j’ai perdu le travail que j’occupais depuis 2005 pour la municipalité de El Aaiun, comme responsable technique des éclairages publics. Cette décision m’a été donnée directement après ma participation à la 6ème session du Conseil des droits de l’Homme de Genève.
Sachant que j’entrais dans une période noire pendant laquelle tous les emplois me seraient inaccessibles, j’ai repris des études universitaires grâce au soutien de ma famille. J’ai entrepris un cursus d’histoire à l’université de Fez au Maroc. 
Parmi les faits majeurs de la persécution à but d’intimidation que j’ai subi régulièrement, un épisode peut les résumer tous, alors que j’étais au chômage et militant actif. En janvier 2008, sans évènement ni raison logique, les autorités d’occupation marocaine m’ont arrêté et gardé à vue pendant 24 heures. J’ai été frappé, menacé et puis finalement relâché. Rien avant, rien après. Il fallait probablement que je me souvienne que j’étais étroitement surveillé et à la merci de l’arbitraire.
Je me suis marié en 2008. Ma femme est née à El Aaiun d’une famille sahraouie résistante.
Notre fille Ismahan est née en 2009. Elle est scolarisée depuis ses 3 ans dans une petite école privée marocaine. A l’école publique, les enfants sahraouis sont laissés à eux même, seuls comptent la stimulation et le suivi des enfants marocains. Nos enfants n’ont pas de droit de parler hassanya, notre langue, ils sont au fond de la salle et reçoivent des coups pour n’importe quelle raison. Les policiers marocains entrent dans les écoles, et font peur à nos enfants. Ismahan parle Hassanya à la maison et dans la famille, et elle entend aussi d’autres langues quand nous recevons des étrangers. Ma femme parle un peu français.
Avec des amis, nous avons constaté que le modèle proposé dans le cadre de la défense des droits de l’Homme tel qu’il était appliqué par les militants sahraouis avait pour sujet les individus un par un, souvent les violences faites à leurs corps, et ne permettait pas de donner d’information d’ordre sociétal, environnemental, politique... ce que nous voulions aussi transmettre et faire connaître à l’extérieur de notre pays occupé. Les média marocains ne donnent jamais une information exacte sur ce qui se passe pour nous. Si une information échappe à la censure c’est très rare, et souvent peu important.
En 2009, nous avons créée l’Equipe Média, EM, et j’en suis coordinateur. Nous sommes journalistes de presse écrite, audio, et audiovisuelle, autodidactes et bénévoles.
Nous essayons de faire sortir des territoires occupés des informations sur la zone sahraouie ou sur les Sahraouis en croisant nos sources, en cherchant les différents points de vue. Nous traduisons nos textes, parce que le monde arabe peut nous lire mais nous voulons être accessibles dans au moins une langue occidentale. Il est important pour nous que nos informations soient diffusées en français, parce que c’est avec cette langue que les Marocains mentent au monde sur ce qui se passe dans la partie occupé de notre pays. Depuis 2009, nous faisons des photos et nous filmons les événements sur lesquels nous écrivons. Nous améliorons constamment notre travail, sa rigueur, l’étendue des sujets que nous traitons.

Nous savons que nous prenons beaucoup de risques, mais nous devons le faire. Nombreux de nos camarades ont été arrêtés pour cela, emprisonnés et passibles de la cour martiale. Nous ne céderons pas à la violence et à l’intimidation. Nous continuons.
En 2010 quelques jours avant la construction du camp de Gdaim Izik, j’ai participé à Alger, avec 70 activistes sahraouis à un colloque consacré au droit des peuples à la résistance.
A mon retour, à l’aéroport de El Aaiun occupée, j’ai été violemment  attaqué par un policier marocain. J’ai choisi de ne pas aller à l'hôpital parce que je craignais d’y être arrêté, j’ai été soigné dans une ambulance où j’ai reçu plusieurs points de suture à la tête et la lèvre. J’étais accompagné de l’acteur espagnol Willi Toledo qui a tenté d'enregistrer les assauts avec son téléphone portable, avant d’être également ciblé et attaqué. La présence de témoin étranger n’a pas garanti la sécurité de mes actes, n’a jamais protégé nos actes de militants pacifiques.
La période du campement de Gdaim Izik en octobre 2010, a été intense et extraordinaire. Je faisais tout ce que je pouvais pour transmettre les informations sur ce qui se passait sur place, cet incroyable mouvement de revendication de la liberté, finalement.
Quand je suis allé dans ce campement, c’était la première fois de ma vie que je pouvais sur la terre de mes ancêtres, parler en hassanya librement et dire ce que je voulais en politique comme en poésie sans craindre pour ma vie. Cela m’a fortement troublé, et j’y ai puisé de la force il me semble, pour continuer malgré tout. Et encore maintenant, alors que sont revenues pour moi les grandes difficultés matérielles. Les suites de Gdaim Izik, ce sont les arrestations, disparitions, tortures de nombreux de mes amis et collègues. 3 membres de l’Equipe Média sont toujours en prison. Ils sont dans le groupe de prisonniers politiques que nous appelons « de Gdaim Izik », et ils ont été condamnés par un tribunal militaire à des peines de 20 ans et 30 ans de prison. D’autres militants avec qui nous travaillions ont été condamnés à perpétuité.
En juin 2011, j’ai obtenu une licence en histoire et civilisation à l’université Sidi Mohamed ben Abdellah de Fez avec une mention bien. Selon l’IER dans les suites de ce dont j’ai déjà parlé, j’ai droit à un emploi de fonctionnaire. Une de mes sœurs y a droit aussi, les autres frères et sœurs non. Il n’y a pas de logique.
Mi-septembre 2011, j’ai été invité par la section CNDH (centre national marocain des droits de l’homme) de El Aaiun pour écouter mes vœux. Je fais partie d’une groupe de 7 sahraouis, 6 à El Aaiun, 1 à Smara. Je demande à travailler dans le secteur du phosphate, au bureau de la pêche ou à la douane.
Fin décembre, je suis nommé professeur de l’enseignement secondaire 2ème grade, information donnée par le chef du personnel du ministre de l’éducation nationale marocaine de Rabat,  je reçois la confirmation par le ministre de l’éducation à Rabat. Je ne sais pas à quoi à servi que j’exprime des « vœux ». Je ne suis pas formé à être professeur, pas plus que je n’ai de goût pour l’enseignement et la pédagogie.

6 autres victimes des violations marocaines sont aussi nommées "professeurs". Ils ne sont pas plus formés que moi. Ceux qui n’ont pas la licence sont embauchés comme fonctionnaires dans le secteur de la justice. Ceux qui ont le bac et moins sont embauchés comme fonctionnaires au ministère de l’intérieur.
En mars 2012, la déléguée régionale du ministre de l’éducation nationale m’informe de mon affectation au lycée Errazi dans la banlieue de El Aaiun occupé. J’y travaille comme professeur de l’histoire géographie jusque la fin de l’année scolaire. En septembre, le directeur de lycée Errazi m’informe de mon affectation dans le lycée Ibnou Zouher qui ce trouve loin de la ville. J’y ai enseigné comme professeur de l’histoire géographie toute l’année  scolaire 2012 et j’ai corrigé les examens du bac, pour l’histoire géographie.
Je continue mes activités militantes, j’accueille des étrangers, je les guide et les informe, je travaille avec l’Equipe Média à l’écriture de textes et à leur diffusion dans le temps qui me reste, après les cours et les corrections, les moments consacrés à la famille.

En septembre 2013, le groupe des 7 professeurs que nous sommes, nommés par la même décision de l’IER décide de se mettre en grève tant que le secrétaire général de la ministre et le chef personnel ne respectent pas leurs engagements pris en mars 2012 de changer les affectations des membres du groupe, de personnel enseignant vers des postes administratifs. Après 1 an et demi de démarches dans l’habituel désordre administratif, que rien d’évolue signifie du mépris ou une stratégie. Nous arrêtons donc de travailler.

Dans le groupe, sur les 6 de El Aaiun, deux avaient refusé de travailler en signe de protestation, et cela dès leur nomination. Les 4 autres dont moi, avons travaillé deux ans. Durant ces 2 années, le directeur de l’académie régionale nous a affirmé que notre dossier, optionnel (parce que avons eu notre poste suite à un compromis entre l’Etat et les victimes et non après avoir suivi un processus traité par le président du gouvernement) était en cours et qu’il lui fallait attendre la décision finale pour valider le changement de poste.
En signe de protestation, j’ai refusé de travailler pendant toute l’année 2014. Les autres membres du groupe aussi.
En 2015, tous les 7, nous avons été convoqués par le délégué de l’éducation pour la surveillance du Bac, en juin et juillet. Nous avons tous surveillé les candidats au bac. La surveillance ne requiert pas de compétences pédagogiques.

En août 2015, mon salaire a été suspendu sans préavis ni explication. Après avoir vérifié que le problème ne venait pas de la banque, puisque j’étais le seul du groupe des 7 dans cette situation, je me suis tourné vers mes responsables hiérarchiques.
En septembre, après avoir interrogé les instances de l’éducation nationale à différents niveaux, je reçois l’information du ministre de sa décision de suspendre  mon emploi et mon salaire selon l’article 73 de la fonction publique.
Je fais une recherche et je trouve ; article 73 – « En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute, peut être immédiatement suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. La décision prononçant la suspension d'un fonctionnaire doit préciser si l'intéressé conserve pendant le temps où il est suspendu le bénéfice de son traitement ou déterminer la quotité de la retenue qu'il subit. Exception est faite des prestations à caractère familial qu'il continue à percevoir en totalité. En cas de suspension, le conseil de discipline doit être convoqué dans les plus brefs délais possibles. La situation du fonctionnaire suspendu doit être définitivement réglée dans un délai de quatre mois à compter du jour où la décision de suspension a pris effet. Lorsqu'aucune décision n'est intervenue au bout de quatre mois, l'intéressé reçoit à nouveau l'intégralité de son traitement. Lorsque l'intéressé n'a subi aucune sanction ou n'a été l'objet que d'un avertissement, d'un blâme ou d'une radiation du tableau d'avancement ou si à l'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent il n'a pu être statué sur son cas, il a droit au remboursement des retenues opérées sur son traitement. Toutefois, lorsque le fonctionnaire a fait l'objet de poursuites pénales, sa situation n'est définitivement réglée qu'après que la décision rendue par la juridiction saisie est devenue définitive. En ce cas, ne sont pas applicables les dispositions de l'alinéa 3 ci-dessus, relatives au délai prévu pour le rétablissement du versement de l'intégralité du traitement. »
Je cherche la définition de la "faute grave" et je trouve à l’article 17 de la même loi 
« Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal. »
Ce n’est encore pas la définition de la faute grave. Je ne sais pas où chercher, et lorsque je demande conseil aux collègues, à mes responsables et aux syndicats, ils restent perplexes.
Le même ministre m’informait d’autre part que je devais justifier de mon absence du travail devant un conseil de discipline dans un délai de quatre mois. Sur le groupe des 7 je suis le seul à avoir reçu cette information. Les autres continuent à percevoir leur salaire même sans travailler.
Ma femme bénéficie de l’allocation dite « promotion nationale » depuis 2010, soit 2000 dirham par mois. En octobre 2015, le Walli Yahdih Boucha’ab a suspendu le bénéfice de cette allocation sans explication ni justification.

Le 3 novembre 2015, J’ai essayé de rester planté devant le siège de l’académie régionale de l’éducation pour protester, mais les agents des services de sécurité m’ont forcé sans ménagement à dégager. C’était un geste dérisoire et symbolique mais il fallait que je fasse quelque chose face à l’absurde et l’injuste.

Le 15 novembre, l’Académie a tenu le conseil de discipline, qui a décidé ne pas me poursuivre. La décision dit donc que je ne fais aucune faute. 

En décembre 2015, quatre mois après la suspension de mon salaire, je n'avais toujours pas reçu de nouvelles d'une quelconque décision à mon sujet. Contrairement à ce que stipule l'article 73 invoqué pour la décision de la suspension de mon salaire, je ne touche aucun traitement, ni n'ai reçu de remboursement des sommes non payées.

Les conséquences de l’absence de revenu de notre foyer, la grande précarité dans laquelle nous sommes, ressemble à du chantage contre ma femme et de la pression contre moi, pour les activités militantes que je mène en  parallèle de mes activités professionnelles d'information sur la situation dans notre territoire occupé militairement… J’en ai la confirmation par la visite d'un « cousin », envoyé par le Makhzen. Il souhaitait arranger une rencontre entre les services secrets royaux et moi. Selon lui, je pouvais oublier mon poste et l'allocation de ma femme tant que je persistais à mener des activités avec l’ASVDH et l’Équipe Média. Voila enfin qui était clair !

J’ai continué néanmoins les démarches légales et logiques inhérentes à une société qui dit fonctionner démocratiquement et non en magouille et corruption.
Le 12 janvier 2016 je rencontre à Rabat M. Abdel Razak El Idrissi, secrétaire général de l’UMT, l’union marocaine des travailleurs (la voie démocratique), un syndicat indépendant.
M. Abdel Razak El Idrissi et moi rencontrons le directeur des personnels au ministère de l’éducation nationale. Il confirme que le conseil de discipline n'a pas retenu les accusations contre moi. Il s'engage à intervenir pour régler le problème du non versement de mon salaire. Il ne donne pas de délai néanmoins.

Le 3 avril, je fais une nouvelle demande de rencontre avec le secrétaire général du ministre de l’éducation, refusée par le directeur de son cabinet qui me renvoie vers les responsables de la sécurité et les services. Je dois leur demander que mon salaire soit rétabli et remboursé. 

Le 5 mai, des avocats (dont Mohamed Fadel Lili) m'informe que faute de documents écrits attestant de ma situation et des décisions des responsables de l'éducation nationale, je ne peux saisir le tribunal administratif.
Le 10 mai, je reçois une décision d’expulsion du travail. Je saisis le tribunal administratif dès que je reçois la notification écrite. En français il y a l’expression « guerre d’usure », c’est ce qu’il se passe pour moi.
‘Un avocat m’a représenté devant la cour administrative le 27 septembre 2016. J’attends le résultat. Je sais seulement qu’il y a une autre audience pour mon affaire le 8 novembre 2016.
C’est un moyen de pression très efficace de la part des autorités de nous priver de toutes ressources économiques et de nous laisser livrés à la solidarité de la famille et des amis. Il faut trouver à manger bien sur, payer le loyer, l’eau et l’électricité, mais il faut aussi payer l’école de notre fille. Il faut aussi trouver de quoi financer les communications téléphoniques et internet de mes activités militantes que je ne veux pas arrêter.
C’est la bataille du quotidien et du rétablissement de notre bon droit qui prime évidement sur la bataille pour notre peuple… mais néanmoins nous existons et nous résistons.
Le 29 septembre 2016. Mohamed Mayara et les Apso.