samedi 7 mai 2011

Sahara Occidental : Immolation lente

Immolation lente

Une fois de plus un accord des Nations unies vient de sceller pour une année supplémentaire le sort des Sahraouis en reconduisant pour la vingtième fois le mandat de la Minurso. Les responsables et les médias s'étonneront encore de n'avoir rien vu venir. On peut craindre cependant que ne finissent par arriver des actes désespérés, bien que jusqu'ici maitrisés par un peuple qui préfère mourir à petit feu dans les négociations plutôt que de recourir au terrorisme.

Face à ce peuple oublié, la barbarie peut se réclamer de son pouvoir et de ses richesses, s’affubler des Droits de l’homme, elle n’en demeure pas moins la barbarie, lorsqu’elle met en exergue l’un de ses principes les plus cyniques: « Il n’est pas de problème politique qu’une absence de solution ne finisse par résoudre ! » Car la reconduction du mandat de la Minurso est bien « une absence de solution ». La démission politique, le laisser faire des majorités silencieuses et l’aide humanitaire prennent alors possession de ce désert.

Face aux décideurs arbitraires, un peuple. Un peuple séparé en deux par un mur miné de plus de 2500kms de long. Un peuple dont la moitié vit en exil depuis 35 ans, réfugiée dans le Sahara algérien, zone à ce point inhospitalière que même les nomades les plus avertis ne s’y hasardaient pas. L’autre moitié est restée dans son pays, le Sahara Occidental, dernière colonie d’Afrique, classé «non autonome» depuis les années 60 par les Nations unies et à qui l’ONU promettait «un référendum d’autodétermination ». Que l’on soit de part ou d’autre de ce mur de la honte séparant l’exil du colonialisme, la vie y est en danger ; et ne cessera de l’être. Pour combien de temps encore ?
Qui expliquera à ces enfants que leur situation n’est pas le choix d’une décision familiale mais la résultante d’une démission internationale ? Face à des intérêts économiques et géopolitiques, que pèsent les générations nées dans les camps, frappées d’anémies chroniques, de retards de croissance harmonieuse, de diabètes, de problèmes de thyroïde …Quels arguments faudra t’il trouver pour mener à bien des missions souvent financées par des filiales humanitaires d’ Organisations ou d’Unions qui leur refusent par ailleurs la possibilité de choisir un retour prôné par des décisions internationales ou de garantir leurs droits élémentaires ? Qui convaincra qu’un mieux vivre dans les camps peut remplacer une terre promise ? Qui peut accepter que des innocents payent les pénalités de ceux qui ne se donnent aucune obligation de résultat depuis vingt ans ?  

Je pense à tous ces amis sahraouis, prisonniers chez eux ou à ciel ouvert dans les camps à qui l'aide humanitaire est une honte offerte en compensation d'une réparation de justice qui ne viendra pas, d'une restauration de dignité qu'on a choisi d'ignorer, d'une application des Droits de l'Homme à chaque fois rejetée. Chacun sait que les positions défendues par les deux parties sont inconciliables. Le problème est là et pourtant l’Onu dont le rôle est d’organiser un référendum ne mandate pas sa mission pour le faire expressément, préférant geler une situation de rente en des discussions informelles et inutiles. 
L’heure n’est pas à de nouvelles propositions de moins en moins négociables mais à la mise en œuvre du référendum prévu en 1992 sur lequel chaque partie s’accordait, proposant soit le rattachement au Maroc, soit l’autonomie sous responsabilité marocaine ou, troisième alternative, l’indépendance totale. Le refus reïtéré d’habiliter la seule mission de l’Onu au monde qui n’ait pas ce droit, de l’observation de l’application des Droits de l’Homme, notamment par le pouvoir d’abstention ou de véto d’un état membre du Conseil de sécurité, la France, pose cette seule question : Faut il que les enjeux soient si importants pour brader jusqu’à l’honneur ? Avant même qu’on ne le lise en Une, j’ai entendu des voix sahraouies le dire : « ONU, dégage ! » Il nous faut souhaiter aujourd'hui la violence d'un ultime engagement pacifique afin d'éviter l'engagement d'une violence destructrice.

Jean-François Debargue
Publié par APSO le 7 mai 2011.

mardi 3 mai 2011

Nouveau mandat de la Minurso : ni Droit de l’Homme, ni référendum


La résolution 1979 a été adoptée le 27 avril 2011 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la question du prolongement du mandat de la Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental, la Minurso.

Présente depuis aujourd’hui 20 ans au Sahara Occidental, la mission onusienne a pour tâche la surveillance du cessez-le-feu entre les forces marocaines et les forces sahraouies du Polisario, ainsi que l’organisation du référendum prévu par l’ONU. 20 ans de présence sur place pour des résultats pourtant bien maigres, car non seulement le référendum paraît plus dur à réaliser aujourd’hui que dans les années 90, mais surtout, la situation sur place n’a jamais été aussi tendue.

La Minurso est la seule mission actuelle de maintien de la paix des Nations Unies qui ne possède pas de mandat pour la surveillance des Droits de l’Homme. Depuis des années, les associations militantes d’un côté et les ONG qui surveillent les Droits de l’Homme de l’autre (tels Amnesty International et Human Rights Watch) demandent au Conseil de Sécurité de pourvoir la Mission de ce mandat afin que les exactions contre les civils soient enfin surveillées dans la zone occupée par le Maroc.

Or, une fois de plus, suite notamment aux pressions françaises, cette demande a été ignorée par le Conseil de Sécurité dans sa résolution 1979. Pas de surveillance des Droits de l’Homme dans une région où l’armée et la police surveillent tous les activistes sahraouis, où les arrestations arbitraires sont quotidiennes, où les violences policières sont de règle, où l’impunité règne, où la liberté de la presse et d’expression est inexistante. Pas de surveillance des Droits de l’Homme mais l’optimisme du Conseil "Se félicitant de la création d’un Conseil national des droits de l’homme au Maroc et de son antenne envisagée pour le Sahara occidental, ainsi que de l’engagement qu’a pris le Maroc d’accorder un accès sans réserves ni restrictions à tous les titulaires de mandats relevant des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme"

Mais plus encore, c’est le projet même du référendum qui a disparu de la résolution. Plus de référendum, mais la recherche d’une "solution politique juste, durable et mutuellement acceptable".

Ni Droits de l’Homme, ni référendum.

La Minurso repart donc pour un an, pour aller dans une direction qui semble être celle du statu quo, alors même qu’aux yeux des Sahraouis, qu’ils vivent dans les campements de réfugiés ou bien dans les territoires occupées, cette mission a depuis longtemps déjà perdu beaucoup de son sens et de sa crédibilité.

APSO, le 2 mai 2011